Ramadan en Türkiye : la communauté africaine recrée un « chez soi » loin du continent
- « Cette fraternité nous donne la chaleur du pays. On a l’impression de se retrouver en Afrique et cela nous rend vraiment très heureux », affirme Sandrine Coulibaly
Istanbul
AA/Istanbul/ Adama Bamba et Sanaa Amir
Alors que le mois sacré du Ramadan touche à sa fin, l’équipe d'Anadolu s’est rendue dans le quartier d’Aksaray, au cœur d’Istanbul, pour rencontrer la communauté africaine résidant en Türkiye et recueillir leurs expériences ramadanesques loin de leurs pays d’origine.
Dans ce secteur marqué par une forte présence africaine, plusieurs résidents se retrouvent chaque soir au restaurant « 225 Food Africa », devenu un lieu de convivialité et de partage durant cette période.
À la tête de l’établissement, sa propriétaire, Sandy Coulibaly, décrit une ambiance particulièrement animée à l’approche de la rupture du jeûne :
« Nous passons très bien le mois de Ramadan avec des clients qui viennent à partir de 17h, 18h pour la rupture. Nous leur préparons uniquement des plats africains qu’ils ont l’habitude de manger pour rompre leur jeûne, comme la “bouillie de mil” ou le “Ngiomi”. Tout se passe bien », confie-t-elle.
Elle souligne également la diversité de sa clientèle, reflet de la mosaïque africaine présente en Türkiye.
« Ils viennent nombreux, les Maliens, les Burkinabés, les Ivoiriens, les Camerounais… en tout cas tout le monde vient. Nous recevons tous les pays, parce que nous faisons des plats de toute l’Afrique », explique-t-elle.
Les moments de partage sont particulièrement précieux pour les clients, « Les moments qui nous marquent, ce sont les moments de partage. Les clients viennent ici entre amis ou collègues. Cette fraternité nous donne la chaleur du pays. On a l’impression de se retrouver en Afrique et cela nous rend vraiment très heureux », ajoute Sandy Coulibaly.
- Cuisine africaine
Côté cuisine, le restaurant propose des plats emblématiques du continent, particulièrement recherchés durant le Ramadan :
« Nous proposons la “bouillie de mil”, le “dégué”, l’attiéké poisson appelé “garba”, l’attiéké poulet, le poisson braisé, le “choukouya”, le “riz sauce arachide” appelé “mafé”, la “chikwangue” ou encore le “ndolé”. Les plats les plus demandés sont le “garba” et le “tchep” », précise la propriétaire.
Le restaurant attire aussi une clientèle non africaine, curieuse de découvrir ces saveurs.
« Nous avons des Français qui viennent goûter le “foutou”. Il y a aussi des Turcs qui viennent découvrir nos plats avec leurs proches », indique Sandy Coulibaly.
Malgré cet engouement, la gestion d’un restaurant africain en Türkiye nécessite une adaptation constante.
« Nous sommes loin de notre pays, chaque pays a ses lois et ses réalités. Certaines choses sont différentes de ce que nous connaissons. C’est parfois difficile de s’adapter, mais nous faisons de notre mieux pour réussir », reconnaît-elle.
- Échanges et solidarité
Pour les clients, le restaurant joue un rôle essentiel pour maintenir un lien avec le pays d’origine.
« Avec 225 Food, c’est un moment où l’on se sent au pays. Nous avons la possibilité de manger des plats comme le “Ngiomi” ou la bouillie de mil appelée “Ngombaga”. Cela nous apporte du confort. On vient aussi avec des amis pour rompre le jeûne. Ce n’est pas trop difficile, parce que nous partageons ce moment important ensemble », témoigne un habitué.
Un commerçant burkinabè souligne la dimension collective de ces rencontres, « Le Ramadan se passe très bien ici, surtout dans un restaurant africain. Cela montre que nous pouvons nous retrouver autour d’une même table, une table africaine », dit-il.
Même constat du côté des étudiants africains installés à Istanbul.
« Le Ramadan se passe bien. Nous sommes entre frères, nous nous retrouvons souvent dans ce genre de restaurants pour faire l’iftar ensemble », explique une étudiante.
La communauté africaine en Türkiye s’organise également en réseaux solidaires, souvent structurés autour d’associations étudiantes ou de groupes intercommunautaires. Ces structures jouent un rôle clé dans l’organisation d’iftars collectifs, favorisant à la fois les échanges interculturels et la transmission des pratiques culinaires et sociales africaines.
Sur le plan démographique, les données de 2026 de la Direction de la gestion des migrations ne détaillent pas le nombre de ressortissants africains, évoquant plus de 4 millions d’étrangers au total. Selon des données du centre de recherche SETA publiées l’an dernier, plus de 62 000 étudiants issus de 43 pays africains poursuivent leurs études en Türkiye.
