Analyse, Afrique

Quel avenir pour le G5 Sahel après le retrait du Mali ?*

- Si certains observateurs estiment que le G5 Sahel peut continuer à travailler avec les quatre pays membres restants, d’autres soutiennent que le retrait du Mali sonne le glas de l'organisation.

Fatma Bendhaou   | 25.05.2022
Quel avenir pour le G5 Sahel après le retrait du Mali ?*

Niger

AA / Salif Omar

Le retrait annoncé du Mali de la coalition regroupant cinq pays du Sahel engagés dans la lutte contre le terrorisme, dénommée G5 Sahel, continue de susciter des interrogations sur l’avenir de cette organisation.

Si certains pensent que l’organisation peut continuer à travailler avec les quatre pays membres restants, d’autres soutiennent que le retrait du Mali sonne le glas du G5 Sahel.

Composé du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad, le G5 Sahel est «un cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale en matière de politiques de développement et de sécurité ».

Il a été créé en 2014 par les cinq pays concernés, avec pour mission d’assurer l’intégration régionale en matière de développement et de lutte contre le terrorisme.

Dans le domaine du développement, les pays du G5 Sahel prévoient de créer une compagnie aérienne régionale pour améliorer les dessertes en leur sein et de construire une ligne de chemin de fer qui va les connecter.

Dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, le G5 Sahel s’est doté, depuis 2017, d’une force conjointe composée des armées des différents pays membres.

Une école de guerre est aussi prévue dans le cadre de la formation des armées des différents pays. Pour coordonner ses actions, le G5 Sahel est doté d’un secrétariat permanent dont le siège est basé Nouakchott en Mauritanie. L’organisation sous-régionale bénéficie du soutien de l’Union européenne, à travers la France, des Etats-Unis et des Nations unies.


- Le retrait controversé du Mali


Dans un communiqué lu par son porte-parole le colonel Abdoulaye Maïga, le gouvernement malien a annoncé le retrait du Mali de toutes les instances du G5 Sahel.

« Le gouvernement de la République du Mali informe l'opinion nationale et internationale qu'à l'issue des travaux de la 7ème session ordinaire de la Conférence des chefs d'Etat des pays membres du G5 Sahel, tenue le 15 février 2021 à N'Djamena, les Chefs d'Etat avaient convenu de tenir la 8ème session ordinaire à Bamako, en février 2022 », a indiqué le communiqué publié le dimanche 15 mai courant.

Selon la même source, « conformément à la pratique établie, cette session devrait ainsi consacrer le début de la présidence malienne du G5 Sahel. Cependant, près d'un trimestre après le terme indiqué, ladite session de la Conférence des chefs d'Etat des pays membres du G5 Sahel ne s'est toujours pas tenue, en dépit des multiples initiatives prises par le Mali dans ce sens auprès des instances du G5 Sahel, pour y attirer leur attention ».

Estimant que « la non tenue à Bamako de la 8ème session ordinaire de la Conférence des chefs d'Etat des pays membres du G5 Sahel, ainsi que des réunions statuaires des autres organes constitue une violation d'une décision prise par l'Institution, mais aussi celle des textes de base du G5 Sahel », le gouvernement malien a affirmé que « l'opposition de certains Etats du G5 Sahel à la présidence du Mali est liée aux manœuvres d'un Etat extra-régional visant désespérément à isoler le Mali », sans toutefois nommer l’Etat concerné.

Constatant « une perte d'autonomie de décision, une instrumentalisation et un dysfonctionnement grave des organes du G5 Sahel, notamment la Conférence des chefs d'Etat et le Secrétariat exécutif dont le programme de travail annuel et le budget 2022 ne sont toujours pas adoptés par le Conseil des ministres de l'institution », Bamako a soutenu que « l'instrumentalisation d'une institution comme le G5 Sahel dont le mandat est de mutualiser les moyens pour garantir des conditions de développement et de sécurité dans l'espace des pays membres est fondamentalement contraire aux intérêts de nos pays et de nos peuples qui font face à d'importants défis dans le domaine de la lutte contre le terrorisme ».

La décision des autorités maliennes a suscité de nombreuses réactions de désapprobation, notamment de la part de la présidence de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement du G5 Sahel assurée par le Président tchadien Mahamat Idriss Deby, de l’Union européenne et du Conseil de sécurité de l’ONU.


- L’avenir incertain du G5 Sahel


Malgré le retrait du Mali, certains observateurs pensent que le G5 Sahel peut et doit continuer son chemin.

« Un régime de transition ne saurait engager le pays dans des voies sans issue, brouiller le Mali avec l’Afrique et le Monde », a indiqué l’ancien ministre nigérien de la Défense nationale, Kalla Moutari, dans un commentaire posté sur sa page Facebook.

« Le Mali ne participe au G5 qu’en ce qu’il en capte les financements et la protection militaire. Le Mali n’a participé ni à son financement ni jamais apporté sa part de contingent militaire. Ce sont les Tchadiens et les Français (en territoire malien), les Burkinabè et les Nigériens qui assurent la lutte contre les jihadistes », a-t-il poursuivi.

Selon l’ancien ministre nigérien, « les autres pays se doivent de prendre les dispositions pour assurer le fonctionnement du secrétariat permanent, de l’état-major ainsi que de l’école de guerre de notre organisation qui doit continuer à nous servir, y compris sans le Mali ».

Cependant, selon d’autres observateurs, le retrait du Mali aura un impact certain sur le fonctionnement et l’avenir du G5 Sahel.

« Il est vrai que le Mali n’a pas intérêt à quitter le G5 Sahel. Mais il a été acculé par la France qui parraine cette organisation, depuis qu’il a fait venir les Russes pour l’aider dans la lutte contre le terrorisme », a expliqué Moussa Aksar, journaliste nigérien spécialiste des questions des conflits, dans un entretien avec l'Agence Anadolu.

« Le G5 Sahel ne peut pas prospérer parce que, d’une part, le Mali est un de ses piliers et, d’autre part, cette organisation n’a réussi à venir au bout de l’insécurité dans aucun de ses pays membres », a-t-il estimé.

« Le G5 Sahel est une création de la France pour servir de supplétif à sa force Barkhane pour pérenniser sa présence au Sahel », indique, pour sa part, l’analyste géopolitique, Ibrahim Hamidou, dans un entretien accordé à l’Agence Anadolu.

Estimant que « le Mali a plus intérêt à quitter le G5 Sahel étant donné que c'est en réalité Barkhane qui se cache derrière cet improbable regroupement qui n'a pas encore produit de résultats probants dans la lutte contre le terrorisme au Sahel », l’analyste soutient que l’organisation sous-régionale « mourra de sa belle mort », expliquant que le Mali a une « position géostratégique » au sein du G5 Sahel.


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