Nadia Chahed
21 Août 2021•Mise à jour: 21 Août 2021
AA/Pascal Mulegwa
Le gouvernement ougandais a annoncé vendredi qu'il avait décidé la suspension des activités de 54 organisations non gouvernementales (ONG) jugés "non conformes à la loi".
Une décision perçue comme une escalade majeure visant le renforcement du contrôle sur la société civile.
Parmi les ONG ciblées figurent, entre autres l'organisation de défense des droits humains Chapter Four (chapitre quatre) ainsi que des organisations de défense de la démocratie religieuse, environnementale et électorale.
La fermeture de ces ONG a été ordonnée "avec effet immédiat", a indiqué le Bureau national des ONG, qui relève du ministère de l'Intérieur, dans un communiqué.
Il a, en outre, précisé que ces organisations n'avaient pas respecté la législation couvrant leurs activités, notamment en opérant avec des permis expirés, en ne déposant pas de comptes ou en ne s'enregistrant pas auprès des autorités.
Certaines des organisations sommées de fermer avaient participé à une opération d'observation des élections le jour du scrutin en janvier, qui a été perquisitionnée par les forces de sécurité et au cours de laquelle plusieurs de leurs dirigeants ont été arrêtés, selon les journaux locaux.
Le scrutin très disputé a vu le président Yoweri Museveni revenir pour un sixième mandat après une campagne violente marquée par le harcèlement et l'arrestation de personnalités de l'opposition, des attaques contre les médias et la mort de plusieurs dizaines de personnes.
Le directeur exécutif du chapitre quatre, Nicholas Opiyo, a confirmé que son groupe avait reçu l'ordre du gouvernement de fermer et a qualifié la situation de "grave".
La direction Afrique de la Commission internationale des juristes a déclaré sur Twitter qu'elle était "profondément préoccupée" par la suspension de l'ONG chapitre quatre. “Nous encourageons les autorités à résoudre d'urgence cette situation pour permettre au chapitre quatre de reprendre ses activités”, selon l’organisation.
En décembre 2020 – un mois avant les élections – les autorités ougandaises ont arrêté Opiyo pour blanchiment d'argent présumé. Opiyo – qui a reçu plusieurs prix prestigieux des droits humains pour son activisme – a passé Noël en détention dans une prison avant d'être libéré sous caution une semaine plus tard.
Un groupe de 14 grands donateurs internationaux, dont l'Union européenne et les États-Unis, avait protesté contre l'arrestation d'Opiyo, poussant le Président Yoweri Museveni à accuser des groupes occidentaux de s'ingérer dans les affaires intérieures de ce pays d'Afrique de l'Est.
Charity Ahimbisibwe, qui dirige la Coalition des citoyens pour la démocratie électorale (CCEDU) - une autre des organisations fermées - a qualifié l'action du gouvernement de "extrêmement malheureuse" sur Twitter.
L'ONG a déclaré que le permis d'exploitation de son organisation avait expiré, mais qu'elle avait demandé une prolongation car il n'était pas possible de le renouveler pendant le long verrouillage du coronavirus et les blocages administratifs.
Samedi dernier, Museveni avait publiquement réprimandé les forces de sécurité ougandaises pour avoir utilisé une "violence excessive", alors que l'opposition fait état de disparitions et de morts suspectes dans ses rangs à la suite de la violente répression électorale.
Le président vétéran, qui a été réélu malgré de nombreux rapports d'irrégularités, a accusé "l'indiscipline" et la "paresse" des forces de l'État pour les incidents qui ont entraîné la mort d'Ougandais.
Au moins 54 personnes ont été tuées en novembre alors qu'elles manifestaient contre l'arrestation du principal opposant politique de Museveni, le rappeur devenu député Bobi Wine.