AA/ Beni(RDC)/ Fiston Mahamba Larousse
La République Démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda ont entrepris une course peu ordinaire ces derniers temps, le point d'arrivée n'est autre qu'un trésor enterré dans le fin fond du parc des Virunga..
A la mi-mars dernier, faisant prévaloir le principe international de la souveraineté d’un Etat sur ses ressources naturelles, le gouvernement congolais a annoncé son intention de déclasser certaines zones du parc national des Virunga de la zone protégée, en vue de mettre en valeur l’or noir, dont regorge le bloc 5 du rift Albertin (territoires de Beni, Lubero et Ruthsuru au Nord-Kivu).
Pour le docteur Guy Atalia, directeur scientifique et technique de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), il est possible de concilier l’exploitation du pétrole avec la conservation de la diversité de ce patrimoine mondial.
Selon lui, plusieurs motivations animent l'enthousiasme du gouvernement congolais: «Le fait que l’Ouganda va exploiter le pétrole du même bloc du rift Albertin situé sur la partie relevant de son territoire met la RDC dans l’obligation de lancer aussi l’exploitation. Il est de son droit naturel de bénéficier de cette richesse. »
Il y a également, la peur que le pétrole se trouvant dans la partie congolaise ne soit exploité par l’entreprise Soco International qui est déjà à l’œuvre du côté Ougandais, comme «ce fut le cas avec les minerais du Katanga, exploités à partir de la Zambie au détriment de la RDC», ajoute l'expert.
Le revenu financier que pourrait générer l’exploitation de l’or noir dont regorge cette zone du parc des Virunga dépasse de loin ce que rapporte l’industrie touristique, fait observer M.Atalia.
«Bien entretenu, le tourisme lié au parc national des Virunga peut générer 1 milliard de dollars américains par an et créer 45 mille emplois. Par contre, les estimations indiquent que l’exploitation des gisements pétroliers dans ce même parc peut rapporter 30 milliards d’euros par an au gouvernement congolais. S'y ajoutent les nombreux postes d’emploi qui seront crées et les infrastructures qui seront construites pour faciliter le désenclavement des localités riveraines», explique-t-il.
Abondant dans le même sens, le directeur de l’ICCN note que plusieurs projets de développement ont été exécutés sous d’autres cieux dans les aires protégées «sans avoir porté préjudice à l’environnement et avec un accompagnement des organismes environnementaux qui s’opposent aujourd’hui à ce projet que veut lancer le gouvernement de la RDC dans le parc national des Virunga ».
De ce point de vue, il se réfère à l’expérience réalisé par la Tanzanie avec un grand projet d’autoroutes dans le parc national de Serengeti, au Gabon qui exploite le pétrole dans le parc de la Longwé et à d’autres projets similaires à Madagascar « qui ont bénéficié du soutien de l’Unesco et d’autres organismes internationaux à l’instar du Fonds Mondial pour l’Environnement, WWF ».
Pour les environnementalistes, exploiter le pétrole dans le parc national des Virunga représente une menace réelle pour l’équilibre écologique de cette réserve riche en biodiversité.
Dans ce sens, Delphin Nganzi, chef de projet du Programme Environnemental autour du Parc des Virunga, PEVI, trouve que «le déboisement d’un espace considérable dont 60% se situerait dans le parc, le traçage des routes adaptées aux activités d’exploitation pétrolière et la pollution de l’air et de l’eau », conduiront à « la destruction de l’habitat naturel de plusieurs espèces menacées d’extinction, dont le gorille des montagnes».
Après l’obtention du renoncement de Soco International à son projet d’exploitation pétrolière dans le parc national des Virunga l’année dernière, le Fonds Mondial pour l’Environnement, WWF, estime que la lutte n’est pas encore finie avec ce nouveau défis que vient de lancer le gouvernement congolais pour décrocher une exploitation pétrolière dans ce site du patrimoine mondial.
Lors d’une interview exclusive avec Anadolu, Augustine Kasambule, chargée de communication au sein du bureau de WWF en RDC a déclaré « j’ai visité l’exploitation pétrolière dans le Queen Elisabeth National Parc en Ouganda, qui est l’équivalent du parc des Virunga et j’ai vu des animaux fuyant ahuris devant cette activité qui est venue perturber leur milieu naturel. Ce sera le même scenario chez nous ».
Elle a, du reste salué la position de l’Organisation des Nations Unies pour la Science, la Culture et l’Education, l'Unesco, qui a déclaré avoir ignoré la requête du gouvernement congolais pour déclasser la zone pétrolière du parc national des Virunga.