Afrique

Niger : le redéploiement des forces françaises et européennes ne fait pas l'unanimité

- Une bonne décision pour certains, un mauvais choix pour d'autres.

Fatma Bendhaou   | 23.02.2022
Niger : le redéploiement des forces françaises et européennes ne fait pas l'unanimité

Niger

AA / Niamey / Kané Illa

Jeudi dernier, lors d'une conférence de presse avec des chefs d'État africains, dont Mohamed Bazoum, président du Niger, le président français Emmanuel Macron a déclaré qu'après leur retrait du Mali, les forces françaises de l'opération Barkhane et européennes de l'opération Takuba seront redéployées au Niger.

"Avec l'accord des autorités nigériennes, des éléments européens seront repositionnés aux côtés des forces nigériennes dans la région frontalière du Mali", a-t-il expliqué. Le Président Mohamed Bazoum a confirmé l'information, soulignant que "notre objectif est que notre frontière avec le Mali soit sécurisée".

Lancée le 1er août 2014, Barkhane est composée de plusieurs militaires français et a succédé à deux autres opérations françaises, Serval et Épervier.

Les effectifs de Barkhane ont évolué au fil du temps et en fonction des besoins sur le terrain des opérations. Le nombre le plus élevé a été atteint en 2021 avec 5100 hommes déployés dans cinq pays du Sahel africain, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad.

Toutefois, suite à des pertes successives en vies humaines notamment au Mali, (plus de 50 soldats français perdus en moins de 8 ans), la France a décidé de réduire de moitié les effectifs de Barkhane à l'horizon 2023. Elle a commencé effectivement de se retirer en décembre-janvier derniers des bases les plus au nord dans ce pays.

Mais les événements sont allés plus vite que la programmation française, avec notamment l'arrivée d'instructeurs russes de la société Wagner, jugée incompatible par Paris, avec sa présence au Mali. Mais pour les autorités maliennes, le retrait de Barkhane du nord du pays laisserait un vide immense qu'il faudrait combler.

La crise entre Paris et Bamako a atteint son paroxysme lorsque le Mali a décidé, fin janvier 2022, d'exclure l'ambassadeur français à Bamako, Joël Meyer, suite à des propos virulents du chef de la diplomatie française à l'égard du Mali et ses nouveaux partenaires russes...

L'opération Takuba, en revanche, a été lancée en mars 2020 et est composée des forces spéciales de plusieurs pays européens dont la France, la Belgique, le Danemark, l'Estonie, l'Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Roumanie, la Suède, la République Tchèque et la Hongrie.

Sa mission diffère de celle de Barkhane, dans la mesure où elle ne prévoit pas d'intervention armée directe sur le terrain.

Elle est composée d'environ 900 soldats, essentiellement déployés au Mali.

À l'instar des autres pays du Sahel, Barkhane et Takuba sont déjà présentes au Niger. Mais le nombre de leurs soldats va augmenter dans le pays avec l'arrivée des troupes délocalisées du Mali.

Le détail de ce redéploiement n'est pas encore dévoilé, que ce soit du côté français ou nigérien. La question fait même débat dans les deux pays.

- Le Parlement bientôt saisi

Dans une interview accordée à des médias français, le ministre nigérien des Affaires étrangères, Hassoumi Massaoudou, a indiqué que le Parlement nigérien sera bientôt saisi pour donner son avis sur le redéploiement des forces françaises et européennes du Mali au Niger.

Au sein de l'opinion nigérienne, la décision ne semble pas faire l'unanimité.

Si pour certains elle constitue une aubaine pour le Niger, pour d'autres elle est tout simplement inopportune.

"L'intérêt pour le Niger d'accueillir les forces françaises et européennes est qu'il va renforcer sa coopération avec la France et les autres pays européens", a expliqué Oumarou Souley, président de l'organisation de la société civile, Forum pour une citoyenneté responsable (FCR), à l'Agence Anadolu.

"Le Niger sera désormais le pivot de la diplomatie européenne au Sahel et pourra profiter de cette occasion pour poser des conditions par rapport à des actions de développement que l'Europe va financier", a-t-il expliqué, ajoutant que le pays va aussi profiter de la présence des forces de Barkhane et TAKUBA pour réussir sa lutte contre le terrorisme.

"Nous comprenons parfaitement le sens de l'engagement des Européens au Sahel. L'existence et l'expansion des groupes terroristes constituent une menace pour nos pays sahéliens et une source de réel et grave danger pour l'Europe et ses citoyens", a indiqué, pour sa part, Abdoulmoumouni Ousmane, président du Cadre d'actions pour la démocratie et les droits humains (CADDRH) et conseiller du président de la République sur les questions de la société civile, dans une tribune publiée sur sa page Facebook.

"Cette guerre asymétrique à laquelle nos partenaires et nous faisons face nécessite la mutualisation des intelligences et des moyens", a-t-il expliqué.

Dans un communiqué de presse publié mardi, le Réseau des organisations pour la démocratie et associations de défense des droits humains (RODADDH) a, de son côté, salué la décision de redéployer les forces françaises et européennes, estimant qu'elle "vient renforcer le dispositif déjà opérationnel de Niamey équipé de drones et autres avions chasseurs qui permettent aux opérations Barkhane et TAKUBA d'identifier et de contrôler les terroristes en temps réel".


- Un redéploiement "inopportun"


Pour d'autres Nigériens, la décision de redéployer les forces françaises et européennes dans le pays est tout simplement inopportune.

"Dans l'argumentaire officiel, on nous explique que ces forces viendront protéger le Niger. Mais on oublie que nous savons que ces forces sont restées pendant neuf ans au Mali sans arriver à sécuriser ce pays", a expliqué l'analyste géostratégique Elhadj Idi Abdou, à l'Agence Anadolu.

"On veut juste trouver des arguments pour justifier la présence de ces forces au Sahel", a-t-il ajouté, estimant que le Niger n'a pas besoin de cette présence.

"Les forces françaises et européennes sont là pour uniquement défendre les intérêts de leurs pays au Sahel qui regorge d'importantes richesses minières. Après leur échec au Mali, leur présence est inacceptable au Niger", a estimé Maikoul Zodi, coordonnateur du mouvement "Tournons la Page Niger", dans un entretien accordé à AA.

Seulement une partie des dépêches, que l'Agence Anadolu diffuse à ses abonnés via le Système de Diffusion interne (HAS), est diffusée sur le site de l'AA, de manière résumée. Contactez-nous s'il vous plaît pour vous abonner.
A Lire Aussi
Bu haberi paylaşın