Afrique

Niger : Entre le spectre de la France et la hantise des coups d'Etat

- Le pays célèbre aujourd'hui le 61ème anniversaire de son indépendance

Fatma Bendhaou   | 03.08.2021
Niger : Entre le spectre de la France et la hantise des coups d'Etat

Niger


AA/Niamey/Kané Illa

Le Niger célèbre ce mardi 3 août le 61ème anniversaire de son accession à l’indépendance. Ancienne colonie française, le Niger a acquis sa souveraineté internationale le 3 août 1990, après près de 70 ans sous la tutelle de la France.

« En ce haut moment de notre histoire, c’est un sentiment de profonde fierté qui emplit le cœur des hommes et des femmes du Niger », avait indiqué le premier Président du Niger, Diori Hamani, dans son discours annonçant l’indépendance du pays. « La France reconnaît aujourd’hui que nous sommes en mesure de continuer, en voyageurs désormais avertis, conscients des obstacles et des embûches de la route », avait-t-il ajouté.

Aujourd’hui, de nombreux Nigériens, notamment les jeunes, estiment que l’indépendance du Niger vis-à-vis de la France n’est que «théorique» car l’ancienne métropole continue d’être présente dans les différents secteurs stratégiques du pays. « Malgré notre indépendance, la France continue de contrôler notre économie en détenant le monopole de l’exploitation de l’uranium qui est la principale ressource minière du Niger. La même France est présente dans nos affaires politiques et désormais dans la sécurité au nom de la lutte contre le terrorisme», a protesté Ridouane Al Mansour, étudiant à la Faculté des lettres de l’Université de Niamey, dans une déclaration à Anadolu.

« On ne peut pas sincèrement parler de l’indépendance pour les pays francophones au sud du Sahara, quand on voit comment la France continue à s’ingérer dans leurs affaires intérieures. Contrairement à ceux de l’espace anglophone, ces pays sont toujours sous la tutelle de la France », a déclaré à Anadolu l’analyste politique Lawali Moussa. « La situation est encore plus flagrante pour les pays du Sahel où la présence française se manifeste sur le plan militaire. Le seul prétexte de lutte contre le terrorisme ne peut pas justifier une telle présence d’une armée étrangère dans des pays censés avoir acquis leur indépendance depuis plus de soixante ans », a ajouté l’analyste. «La présence française au Sahel n’a rien à voir avec la lutte contre le terrorisme ou l’immigration clandestine. Les Français sont au Sahel pour sécuriser ce qu’ils considèrent comme leurs ressources vitales, à savoir les ressources des pays du Sahel », a commenté l’activiste politique Ibrahim Hamidou interrogé par Anadolu. De nombreuses organisations de la société civile nigérienne ont, à maintes reprises, publié des déclarations et même organisé des manifestations, pour demander la révision des accords de partenariats économiques entre le Niger et la France et exigé le départ des forces françaises déployées au Niger dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

-Au rythme des coups d’Etat

Outre ce spectre de la France omniprésent, le Niger cohabite avec une autre réalité, non moins pesante : celle des coups d'Etat quasi-réguliers. De son accession à l’indépendance à ce jour, le Niger a connu plusieurs coups d’Etat ou tentatives de coups d’Etat, ainsi que des menaces sécuritaires. Le 15 avril 1974, le premier Président Diori Hamani a été renversé par un coup d’Etat mené par un groupe d’officiers dirigé par le Colonel Seini Kountché, alors chef d’Etat-major des forces armées. Ce dernier a dirigé le Niger jusqu’en 1987 où il est décédé suite à une maladie. Il a échappé à plusieurs tentatives de coup d’Etat dont une en 1983 pendant qu’il effectuait une mission de travail en France. Le 27 janvier 1996, le « premier président démocratiquement élu » Mahamane Ousmane a aussi été renversé par un groupe de militaires dirigé par le chef d’Etat-major des armées le Colonel Ibrahim Baré Maïnassara. Le 9 avril 1999, ce dernier a aussi été victime d’un coup d’Etat, au cours duquel il a été tué, de la part du Commandant Daouda Malam Wanké, le chef de la sécurité présidentielle. Le 18 février 2010, après dix ans et cinq mois d’exercice du pouvoir, le Président Mamadou Tandja a, lui, aussi, été renversé par un coup d’Etat dirigé par le Commandant Djibo Salou, chef de la principale caserne militaire de Niamey. Elu en 2011, après la transition dirigée par Djibo Salou, le Président Issoufou Mahamadou a déclaré, à maintes reprises, avoir échappé à des tentatives de coups d’Etat et d’assassinat. Le 31 mars dernier, à deux jours de l’investiture du nouveau Président Mohamed Bazoum, des tirs d’armes lourdes ont été entendus aux alentours du palais présidentiel. Plusieurs officiers et hommes de rang ont été arrêtés pour «tentative de coup d’Etat», dont le capitaine de l’armée de l’air Sani Gourouza présenté comme le cerveau de l'opération.

- Deux rebellions armées

Sur le plan sécuritaire, le Niger a fait face à deux importantes rebellions armées entre 1990 et 2007 dans la région d’Agadez (nord) frontalière de la Libye et celle de Diffa (sud-est) voisine du Lac Tchad. Il a fallu de fortes médiations internationales menées par la France, l’Algérie, la Libye et le Burkina Faso pour que les mouvements armés et le gouvernement acceptent de signer des accords de paix. Depuis 2013, le Niger est confronté aux attaques terroristes sur ses frontières avec le Nigéria, le Mali et le Burkina Faso. Des centaines de militaires et de civils ont été tués dans des attaques menées par Boko Haram dans la région de Diffa et les groupes terroristes opérant au Mali dans les régions de Tahoua et Tillabéry. Samedi dernier, 18 militaires ont été tués dans une embuscade tendue par des hommes armés non identifiés dans la localité de Boni, dans l’ouest du Niger, près de la frontière du Burkina Faso.








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