Esma Ben Said
19 Août 2017•Mise à jour: 20 Août 2017
AA/Bamako/Moussa Bolly
Le président Ibrahim Boubacar Kéita a annoncé avoir accepté de "surseoir" à son projet de révision de la Constitution, contesté depuis des mois dans la rue par l'opposition et la société civile.
Le chef d'Etat malien qui s'exprimait à la télévision nationale tard dans la soirée de vendredi, a déclaré : «…En considération de l’intérêt supérieur de la nation et de la préservation d’un climat social apaisé, j’ai décidé, en toute responsabilité, de surseoir à l’organisation d’un referendum sur la révision constitutionnelle».
IBK a indiqué que les toutes les explications données sur la nécessité et le bien-fondé de cette révision «peinent à être entendues et acceptées». D’où cette décision de surseoir à ce projet.
«Pour le Mali, aucun sacrifice n’est de trop», a martelé Ibrahim Boubacar Kéita ajoutant : «je l’ai fait, parce qu’à l’heure où notre pays est confronté à tant de défis majeurs, on ne saurait ajouter aux périls existants ceux que font naître la mésentente, la polémique et le malentendu».
«J’ai constaté que ce qui était à l’origine des divergences est hélas devenu au fil du temps de profonds clivages menaçant d’ébranler durablement notre cohésion nationale. J’ai enregistré avec inquiétude la montée des radicalités…», a ajouté le président malien.
Avant son allocution télévisée, Ibrahim Boubacar avait reçu en audience en début de soirée une délégation de la Plateforme «Antè Abana», en présence des leaders religieux et des notabilités de Bamako.
Depuis le 12 août dernier, ceux-ci étaient engagés dans la médiation entre le pouvoir et les forces vives de la nation rassemblées au sein de la Plateforme,
qui dénoncent la violation de l’article 118 de la Constitution en vigueur qui n’autorise pas une révision de la loi fondamentale alors que le pays ne jouit pas de son entière intégrité territoriale (en référence à certaines zones du nord sans administrations).
Lors de son assemblée générale du 7 août, la plateforme qui juge en outre que le nouveau texte constitutionnel renforce les pouvoirs du président, avait décidé à l’unanimité d’exiger du président Kéita, le retrait pur et simple de son projet de révision constitutionnelle avant le 15 août 2017 à minuit.
A défaut elle allait exiger sa destitution pour «haute trahison» et était prête à lancer la désobéissance civile pour y parvenir.
«L’une des grandes chances de notre pays réside dans le fait que dans les périodes les plus complexes, il se trouve toujours des hommes et des femmes qui se dévouent pour réduire les divergences et pour entretenir les chemins du dialogue», a souligné le président Kéita en saluant les leaders religieux et les notables de la capitale.
Cette décision a suscité déjà beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux. De nombreux maliens se sont félicités que la «sagesse l'ai finalement emporté sur la passion» pour permettre au Mali, une fois de plus, de «sortir par la grande porte du dialogue».