Esma Ben Said
19 Août 2017•Mise à jour: 20 Août 2017
AA/Bamako/Moussa Bolly
La justice malienne a condamné à 10 ans de prison, Aliou Mahamar Touré, surnommé le "coupeur de mains" de Gao, ville du nord malien contrôlée par les "jihadistes" entre 2012 et 2013, a appris Anadolu de source juridique.
“La Cour déclare l’accusé coupable de tous les faits qui lui sont reprochés, mais avec des circonstances atténuantes, et le condamne à une peine de 10 ans de réclusion criminelle”, a déclaré vendredi soir le président de la Cour d’assises à l’issue d’un procès qui s‘était ouvert le matin dans la capitale malienne.
Aliou Mahamane Touré, commissaire du groupe armé malien Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), était accusé "d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, détention illégale d’armes, association de malfaiteurs ainsi que coups et blessures aggravés".
Lors de l'audience, l’ancien bourreau de Gao a nié toutes les accusations malgré la présence de nombreuses victimes et témoins à la barre, a rapporté le correspondant de Anadolu.
Le 9 août dernier, les juges de la Cour d'assises de Bamako avaient reporté de l'ouverture du procès afin de permettre aux parties civiles d'y participer. En effet, celles-ci n'avaient pas pu se rendre à l'audience, aucune mesure n'ayant été prise pour les faire venir de Gao jusqu'à la capitale.
La FIDH et l'AMDH (Association malienne de défense des droits de l’Homme) ont organisé le voyage des parties civiles à Bamako et leur accompagnement judiciaire.
«Depuis mon amputation, j'attendais le moment où je pourrais dire, en face d'Aliou Mahamane Touré, ce que j'ai subi en 2013 et ce que je vis depuis lors. Je suis heureux d'avoir pu le faire aujourd'hui. Mais, je regrette que les tortures que nous avons subies n'aient pas été pleinement reconnues. C'est donc une victoire en demi teinte pour moi et pour les victimes de Gao», a déclaré une victime d'Aliou Mahamane Touré citée dans le communiqué publié sur l’AMDH à l’issue du procès.
«Nous sommes satisfaits de la condamnation d'Aliou Mahamane Touré, mais la portée symbolique de ce procès est entachée par les infractions retenues, d'autant que l'ancien commissaire était poursuivi pour crimes de guerre», a déploré Me Moctar Mariko, président de l'AMDH et avocat des parties civiles, lors d’un point de presse animé après la sentence.
«Qualifier de coups et blessures les amputations commises à Gao est un véritable euphémisme. Ce procès montre tout le chemin qu'il nous reste à parcourir dans la lutte contre l'impunité au Mali», a-t-il dénoncé.
Au Mali, les groupes terroristes liés à Al-Qaïda qui avaient pris, en 2012, le contrôle de larges pans du territoire Nord malien, ont été en grande partie chassés par l' intervention militaire internationale, lancée en janvier 2013 à l'initiative de la France.
Toutefois, aujourd'hui encore, des zones entières échappent encore au contrôle des forces maliennes, françaises et de l'ONU, régulièrement visées par des attaques meurtrières qu'ils ne parviennent pas à endiguer.