Merve Gül Aydoğan Ağlarcı
20 Mars 2024•Mise à jour: 21 Mars 2024
AA / Toronto / Merve Gul Aydogan Aglarci
Les Nations unies ont alerté mercredi sur l'augmentation rapide de l'insécurité alimentaire au Soudan et dans la région, et ont exhorté la communauté internationale à prendre des mesures immédiates.
"Nous sommes ici aujourd'hui pour vous alerter sur une situation d'insécurité alimentaire de grande ampleur et qui se détériore rapidement au Soudan - une situation provoquée par 11 mois de conflit brutal et incessant", a déclaré Edem Wosornu, la directrice de la division des opérations et du plaidoyer au Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), devant le Conseil de sécurité des Nations unies.
Edem Wosornu a indiqué que les attaques contre les civils et les infrastructures civiles se poursuivent au Soudan, notamment à Khartoum, au Darfour et au Kordofan, où vivent 90 % des personnes confrontées à des niveaux d'urgence d'insécurité alimentaire aiguë.
Qualifiant la situation au Soudan de "l'une des pires catastrophes humanitaires de mémoire récente", la responsable de l'OCHA a alerté sur le risque de "catastrophe" alimentaire dans certaines régions du Darfour d'ici le mois de mai.
"Une récente étude a révélé qu'un enfant meurt toutes les deux heures dans le camp de Zamzam à El Fasher, au nord du Darfour. Selon les responsables humanitaires, 222 000 enfants de la région pourraient mourir de malnutrition dans les semaines à venir.
Edem Wosornu a souligné le besoin urgent des autorisations pour permettre le flux transfrontalier de l'aide, ainsi que la nécessité pour les parties de protéger le personnel et les ressources humanitaires afin de répondre efficacement à la crise de la faim croissante.
"Une parodie humanitaire se déroule au Soudan sous le couvert de la passivité et de l'inaction de la communauté internationale. En d'autres termes, nous manquons à notre devoir envers le peuple soudanais", a-t-elle affirmé.
- 18 millions de personnes menacées par la crise alimentaire
Maurizio Martina, directeur général adjoint de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), a qualifié de "très préoccupant" le niveau de la faim au Soudan.
"La propagation et l'escalade des combats ont un impact direct sur la sécurité alimentaire, d'autant plus que le conflit s'étend à de nouvelles zones. Les hostilités s'étendent à l'ensemble des États du sud-est", a-t-il déploré.
Selon Maurizio Martina, 18 millions de personnes au Soudan risquent d'être confrontées à une crise alimentaire et il a insisté sur la nécessité de préserver le système agricole.
"Avec plus de 8 millions de personnes déplacées, le Soudan est la plus grande crise de déplacement au monde", a-t-il précisé.
Carl Skau, directeur exécutif adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM), a pour sa part déclaré que près de 28 millions de personnes dans la région sont confrontées à l'insécurité alimentaire.
Selon Carl Skau, les opérations de secours du PAM sont gravement entravées par le manque d'accès et de ressources.
"Actuellement, 90 % des personnes en phase 4 de l'IPC (classification de la phase de sécurité alimentaire intégrée), qui ont besoin d'urgence d'une aide alimentaire vitale, sont piégées dans des zones largement inaccessibles aux agences humanitaires", a-t-il noté.
Il a alerté sur le manque de temps et a souligné la nécessité d'une action du Conseil de sécurité pour assurer la mise en œuvre de la résolution 2417 pour le Soudan, affirmant que cela pourrait empêcher la crise de la faim au Soudan et dans la région.
La résolution vise à lutter contre l'insécurité alimentaire due aux conflits, notamment la famine. Elle condamne les entraves illégales à l'accès humanitaire et l'utilisation de la famine comme tactique de guerre.
Le Soudan est en proie à des combats entre l'armée, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan, chef du Conseil souverain au pouvoir, et les Forces de soutien rapide (FSR).
Le conflit, qui a débuté en avril 2023, a fait au moins 13 900 morts et plus de 8 millions de déplacés, selon les chiffres de l'ONU.
Plusieurs accords de cessez-le-feu négociés par l'Arabie saoudite et les médiateurs américains n'ont pas permis de mettre fin aux violences.
* Traduit de l’anglais par Alex Sinhan Bogmis