Afrique

"L'homme plastique" du Sénégal lutte contre les déchets plastiques dans les rues de Dakar

Ayvaz Çolakoğlu  | 17.08.2021 - Mıse À Jour : 17.08.2021
"L'homme plastique" du Sénégal lutte contre les déchets plastiques dans les rues de Dakar

Ankara

AA/Dakar - Fatma Esma Arslan

Adam Fall, 52 ans, habitant dans la banlieue Cambrenne de la capitale Dakar, organise des causeries et divers événements pour sensibiliser à la pollution de l'environnement et au changement climatique.

Fall, qui a quitté son poste dans l'armée, est également président de l'association "Sénégal Propre" qui lutte depuis 2006 contre l'usage des déchets plastiques.

Fall décrit les méfaits de l'utilisation de sacs en plastique dans les rues de Dakar avec une note sur laquelle on peut lire "pas de sac en plastique", qu'il porte sur sa poitrine, dans un costume confectionné avec des sachets en plastique, qui traîne jusqu'au sol.

Surtout dans les marchés de la localité et les lieux de rassemblement bondés, le militant écologiste récupère les sacs en plastique des mains des citoyens et leur remet des sacs en papier à la place.

Il attache ensuite les sacs en plastique pris des mains des citoyens à l'un des centaines de sacs déjà collectionnés.

"L'homme plastique" a fait le tour de la plage de Soumbedioune et du marché de Colobane, l'un des endroits les plus fréquentés de la capitale, avec le journaliste de l'AA, et a évoqué l'utilisation du plastique dans le pays.

- "On jette du plastique dans l'océan, et plus tard on le mange"

Fall estime que le monde ne prend pas au sérieux les dangers posés par les déchets plastiques, en particulier au Sénégal, bien que l'utilisation des produits en plastique à usage unique soit interdite depuis 2020, le public n'est pas très au courant de cette question.

Il a noté que les déchets plastiques envahissent le Sénégal au fil des jours.

"Je m'intéresse aux questions environnementales depuis 2005. Un jour, je me suis dit, 'pourquoi ne sortirais-je pas dans la rue pour dire au public à quel point ces déchets peuvent être dangereux. Ainsi, les gens pourront cesser d'utiliser et même de fabriquer des sacs en plastique. Tout est parti de cette intention", a-t-il précisé.

Modou Fall a souligné que sensibiliser le public à cette question n'est pas facile, et souhaite continuer dans cette lancée, ajoutant que certaines personnes lui prêtent une oreille attentive, tandis que d'autres ne croient toujours pas à la dangerosité des déchets plastiques.

"Les sacs en plastique que nous utilisons sont en fait un poison, qui tue lentement. C'est ce que j'essaie de dire aux populations. Nous jetons du plastique dans l'océan, le poisson en mange, puis nous mangeons le poisson. C'est la même chose pour les petits animaux. Ils mangent nos déchets plastiques et nous les mangeons", a déclaré Modou Fall qui pense que les gens mangent du plastique sans s'en rendre compte.

- "5 millions de sacs plastiques sont utilisés quotidiennement dans la région de Dakar"

Modou Fall a noté que l'utilisation de sacs en plastique est toujours très courante malgré l'interdiction, ajoutant qu'il est difficile de lutter contre l'utilisation des sacs en plastique sans développer une alternative à utiliser à la place.

"5 millions de sacs plastiques sont utilisés quotidiennement dans la seule région de Dakar, je vous laisse le soin de calculer pour l'ensemble du Sénégal. Chaque année, nous utilisons plus de 200 000 tonnes de déchets plastiques, et 6 000 sont recyclés. Le reste se retrouve dans les égouts, nos océans et nos rues", a poursuivi le militant écologiste.

Modou Fall a affirmé recevoir les menaces de la part des personnes qui sont mal à l'aise à cause de son activisme.

"Bien sûr, il y en a beaucoup qui sont mal à l'aise avec la guerre que j'ai ouverte contre l'utilisation du plastique. Après tout, le Sénégal a une industrie. Après tout, il y a l'industrie de ce secteur au Sénégal. Les sacs en plastique sont à la fois produits et importés au Sénégal. A un moment, j'ai réalisé que ma vie était en danger. Parce que toutes les personnes impliquées dans l'industrie des sacs en plastique me détestaient. Ils m'ont accusé de jouer avec leur pitance. Mais rien de tout cela ne m'a empêché de dire la vérité. Le plastique a fait beaucoup de dégâts à ce pays, à ce monde. Nous devons désormais le comprendre. A la place des sacs en plastique, nous pouvons utiliser des sacs en papier ou en tissu. Les personnes vivant dans un environnement aussi pollué sont moins susceptibles d'être en bonne santé", a-t-il poursuivi.

- Il y a 5 milliards de plastique dans les océans

Selon une étude menée pendant six ans intitulée " Pollution plastique dans les océans du monde "publiée dans la revue" Plos ONE", 5 milliards de déchets plastiques, pesant 268 mille tonnes, se retrouvent dans les océans du monde.

73% des déchets jetés sur les plages sont en plastique, tels que les mégots de cigarettes, les bouteilles en PET, les emballages alimentaires.

Les experts préviennent que si des mesures ne sont pas prises, tous les oiseaux de mer mangeront régulièrement du plastique d'ici 2050.

Selon les données de l'Association "Sénégal Zéro Déchet", le Sénégal est le 21ème pays le plus polluant des océans du monde.

La quantité annuelle de déchets produits par personne dans le pays atteint les 190 kilogrammes. La plupart de ces déchets sont soit incinérés, soit rejetés dans l'environnement.

Bien que les produits en plastique à usage unique soient interdits au Sénégal depuis 2020, il semble très difficile d'empêcher l'utilisation de sacs en plastique, appelés "mbouss" en langue locale wolof.

*Traduit du turc par Alex Sinhan Bogmis
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