Les Musulmans centrafricains comptent sur la nouvelle Constitution pour garantir «leur liberté de croyance»
"Je ne peux que lancer un appel à mes compatriotes, Musulmans comme Chrétiens, de voter pour cette Constitution" (Imam).
Bangui
AA/ Bangui/ Sylvestre Krock
La communauté musulmane de Centrafrique, victime de nombreuses exactions durant près de deux ans, aspire désormais à tourner une page tragique de son histoire en se rendant aux urnes, dès dimanche, afin d’approuver une nouvelle Constitution.
D’après les témoignages recueillis par Anadolu, les Musulmans, minoritaires dans ce pays (10%), prendront part "en grand nombre" à ce referendum constituant, notamment parce que cette Constitution se veut garante de "la liberté de conscience."
Pour l'Imam Omar Kobine Layama, président de la Communauté islamique centrafricaine (CICA), le vote de dimanche est "crucial". S’agissant particulièrement des intérêts de la communauté musulmane, ce guide religieux estime que la nouvelle constitution est « équilibrée » et qu’elle permettra aux Musulmans, comme à tout Centrafricain, de vivre librement sa foi, pratiquer pleinement son culte.
«Ce projet de Constitution est basé sur la laïcité de l’Etat. C'est à dire que chacun est libre dans sa foi et de la manifester. Il consacre également l’unicité de la République centrafricaine, ce qui veut dire que notre pays est un et indivisible. Donc, je ne peux que lancer un appel à mes compatriotes, Musulmans comme Chrétiens, de voter pour cette Constitution», a déclaré l’Imam.
L'Article 18 de ce projet dispose, en effet, que "la République Centrafricaine est un Etat de droit, souverain, indivisible, laïc et démocratique". Cette disposition existait dans l'ancienne constitution de 2004, que sépare de ce projet une dizaine d'années et trois guerres civiles. D'où l'espoir des Musulmans que ce texte sera traduit sur le terrain, "cette fois-ci".
Pour l'imam Naminguina Youssouf, Imam de la Mosquée de Ngaragba, (7ème arrondissement de Bangui), "l'accompagnement de la Communauté internationale pourrait garantir la bonne application de cette Constitution, contrairement à la précédente."
Mais il s'agit bien, en tout état de cause, pour ce guide religieux, joint par Anadolu, d'une "bonne Constitution", dans la mesure où elle ouvre la voie à la reconnaissance des fêtes musulmanes, comme celle de l' Eid El Fitr, ou la fête du Sacrifice.
"Ce sera, selon l'article 66 de la Constitution, la responsabilité du Parlement de définir ces fêtes légales", dit-il à Anadolu, un fascicule du projet de referendum dans les mains.
"Ce sera une nouveauté ! De même que la création du Sénat, puisque ses membres seront élus par le conseil municipal, qui est lui-même élu par les Centrafricains. Une autre innovation que je trouve importante est le fait que désormais, en ce qui concerne les ressources naturelles, l’octroi des permis d’exploitation ou autres contrats doit passer par le Parlement pour une meilleure transparence et visibilité", a-t-il ajouté, en décrivant son pays comme "fondamentalement riche" mais "manifestement pauvre" en raison de la mauvaise gestion de ses ressources minières.
"Nous allons voter cette Constitution. Contrairement aux précédentes, elle ne semble pas taillée sur mesure au bénéfice d'une partie prédéterminée", s'est réjouit Ousman Abakar, porte-parole des Musulmans de PK5, l'enclave musulmane de Bangui, dans une déclaration à Anadolu.
Les femmes musulmanes de PK5 ont été conviées, jeudi, à la Mosquée centrale dans le cadre d'une sensibilisation organsée par "Les femmes musulmanes de PK5"
Cette organisation n'exclut pas, d'ailleurs, l'adoption d'une position commune dans le sens du vote "oui", selon Hadja Saada, Présidente des femmes musulmanes de PK5.
Après deux ans de transition chaotique et sous pression de la Communauté Internationale, la Centrafrique marche enfin vers des élections, qui s’ouvriront dimanche avec un référendum. Le processus électoral se poursuivra, ensuite, avec le premier tour de la présidentielle et des législatives, prévu le 27 décembre, censé remettre le pays sur les rails.
Depuis plus deux ans, deux milices s'étaient affrontées, principalement à Bangui, la capitale. Il s'agit des Anti-Balaka, à majorité chrétienne, et des Seleka, à majorité musulmane, aujourd'hui dissoute. Pour l'un de ses chefs, Mohamed Moussa Dhaffane, le "Oui" au projet de Constitution est "la seule voie possible" pour ramener la paix à ce pays.
« J’appelle à voter ‘’oui’’ à cette constitution car, l’essentiel est qu’elle accorde une place de choix aux minorités" dit Dhaffane à Anadolu, en faisant référence au Préambule du Projet de constitution.
Celui-ci rappelle, en effet, que le peuple centrafricain est "résolu" à garantir "la protection des plus faibles, notamment les personnes vulnérables, les minorités".
Dhaffane s'est d'ailleurs félicité que ce projet de Charte n'ait pas consacré le souhait de certaines parties qui voulaient inscrire une certaine forme de partage du pouvoir entre Chrétiens et Musulmans.
"Une telle revendication est de nature à destabiliser davantage le pays. Au Sénégal, au Mali, par exemple, les Chrétiens sont minoritaires. Au Burkina Faso, les Musulmans représentent 15% de la population. Pourquoi dans ces pays, le partage de pouvoirs n’est-il pas inscrit dans la Constitution ?" se demande Dhaffane.
L'ancien dirigeant de la Séléka se veut toutefois pragmatique: " Nous traversons une période très sensible de l’histoire de notre pays. Tout ne peut pas se régler en un jour. Dans la durée, beaucoup d’autres victoires pourraient être remportées".
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