Le mvet, instrument ancestral d’Afrique centrale, allie mythologie et musique
- L’artiste camerounais de mvet, François Alimar, explique : « Le mvet servait à transmettre le récit d’un peuple qui possédait le secret de l’immortalité »
Yaounde
AA / Yaoundé / Ahmet Emin Dönmez
L’instrument traditionnel mvet, issu de la culture Fang-Beti d’Afrique centrale, continue d’exister comme un patrimoine culturel pluriel, mêlant musique et mythologie.
Considéré comme l’un des plus anciens outils narratifs au Cameroun, au Gabon, en Guinée équatoriale et en République du Congo, le mvet n’est pas seulement un instrument de musique : il est aussi perçu comme un système de transmission orale servant à diffuser la mythologie, l’histoire et les valeurs sociales.
Dans la tradition, les maîtres du mvet sont également reconnus comme des sages. Épopées, généalogies, récits de migrations et histoires de bravoure sont transmis au cours de ces performances. L’apprentissage au sein de la communauté étant essentiellement oral, les jeunes acquièrent, à travers ces récits, les notions d’histoire, de morale et d’ordre social.
Dans certaines régions, les récits du mvet font aussi partie des rites d’initiation. À ce titre, l’instrument est considéré non seulement comme un objet artistique, mais aussi comme un outil éducatif et rituel.
– Utilisé pour motiver les soldats
L’artiste camerounais de mvet François Alimar a expliqué à Anadolu la place du mvet dans la mythologie africaine, ainsi que son histoire et ses usages contemporains.
Soulignant l’importance du mvet dans la mythologie africaine, Alimar a indiqué :
« Le premier mvet aurait été fabriqué par un guerrier du peuple Fang-Beti, Oyono Ada Ngone. Lors d’une bataille, Ngone serait entré dans un état de conscience initiatique, proche du coma. C’est dans cet état qu’il aurait reçu la révélation du mvet et appris la création du monde, l’apparition des êtres humains et la structure hiérarchisée des dieux. À son réveil, il se rendit dans la forêt, coupa un bambou, prépara des calebasses et fabriqua le premier mvet. »
À l’origine, le mvet servait à motiver les soldats, a-t-il ajouté :
« À travers le mvet, on racontait l’histoire d’un peuple détenant le secret de l’immortalité, un peuple qui ne mourait jamais. Selon la mythologie, le peuple Ekang-Mbom possède ce secret, tandis que le peuple Kwii cherche à s’en emparer. Des guerres éclatent entre les deux peuples et les immortels l’emportent toujours. »
– Un lien entre le monde des vivants et celui des morts
Évoquant la dimension pédagogique du mvet, comparable à celle des fables, Alimar a poursuivi :
« Le mvet accompagne les contes. Avec le mvet, on racontait des histoires aux enfants, on leur enseignait les valeurs morales et les règles de comportement en société. Autrefois, le mvet était considéré comme un pont entre le monde des vivants et celui des morts. On croyait qu’il permettait d’entrer en contact avec les défunts et de leur transmettre les problèmes des vivants. Lors d’une nuit de mvet, en chantant, on proposait des solutions aux difficultés de la communauté. C’était là son rôle fondamental. »
– Le mvet inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO
Aujourd’hui, le mvet est principalement utilisé comme instrument de musique, sans pour autant perdre sa dimension spirituelle, a souligné Alimar.
« Au Cameroun et au Gabon, on raconte qu’il existe encore de grands maîtres du mvet capables de se rendre dans le monde des morts et d’en rapporter des messages. Toutefois, dans le contexte actuel, le mvet est surtout utilisé comme instrument musical, lors de mariages, d’anniversaires, de séances de contes, de spectacles de théâtre et de récits. »
Rappelant que le mvet est reconnu par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel, Alimar a insisté :
« Nous devons promouvoir le mvet et expliquer qu’il fait partie de notre culture, car avant de se tourner vers d’autres cultures, il est essentiel de connaître la sienne. »
– Structure et système sonore du mvet
Le mvet est construit autour d’un corps principal horizontal. Dans les modèles traditionnels, ce corps est fabriqué en bambou de raphia, tandis que certaines versions modernes utilisent le bois afin d’obtenir une sonorité différente.
Un chevalet central divise les cordes en deux zones sonores, droite et gauche, la production du son se faisant par les cordes. Autrefois confectionnées à partir de fibres végétales, celles-ci sont aujourd’hui le plus souvent en métal, offrant une sonorité plus puissante et plus nette.
L’accordage s’effectue à l’aide d’anneaux placés sur le corps de l’instrument : plus ils sont serrés, plus la tension des cordes augmente et le son devient aigu ; lorsqu’ils sont relâchés, le son devient plus grave. Les calebasses-résonateurs situées à la base amplifient le son et permettent sa diffusion sur de longues distances, rendant le mvet parfaitement audible même en plein air.
*Traduit du turc par Wafae El Baghouani
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