Le marché tunisien renforce son attractivité auprès des industriels du textile
- Entre l’ouverture annoncée d’investissements turcs et l’ambition nationale d’accroître de 50 % les exportations du secteur textile, la Tunisie cherche à consolider sa place dans la chaîne d’approvisionnement du marché européen
Istanbul
AA / Istanbul / Mariem Njeh
Face à la hausse des coûts de production et à la concurrence mondiale, notamment chinoise, les industriels turcs du textile réorientent leur stratégie d'investissement vers l'Afrique du Nord, avec la Tunisie intégrée à cet axe régional.
Alors que l'Égypte a longtemps été le point d'ancrage des capitaux turcs dans la région, le président du Conseil d'affaires Türkiye-Égypte du Conseil des relations économiques extérieures, Mustafa Denizer, a annoncé l'imminence d'un premier investissement textile en Tunisie.
« Nous avons acheté notre bâtiment (en Tunisie), et si tout va bien, il sera opérationnel d'ici la fin de l'année », a déclaré Denizer, cité par la presse économique turque. Il a précisé que cette initiative vise à servir de modèle : « Ce sera un exemple, et d'autres investisseurs suivront. »
- Un corridor stratégique pour l'Europe
Pour les industriels turcs, l'objectif est de sécuriser les commandes européennes en s'appuyant sur la proximité géographique.
« Les pays qui vendent à l'Europe sont le Maroc, la Tunisie, l'Égypte et la Türkiye. Si nous perdons cet axe, les commandes partiront vers l'Extrême-Orient pour ne plus revenir », a averti Denizer.
Cette stratégie du « corridor d’investissement s’étendant du Maroc à la Tunisie » est corroborée par Ahmet Oksuz, président de l'Association des exportateurs de textiles d'Istanbul. Selon lui, la hausse des coûts de main-d'œuvre en Türkiye pousse les entreprises à chercher des bases de production complémentaires sans abandonner le siège turc.
« Il y a des investissements au Maroc, moins en Tunisie pour l'instant [...] mais nous devons écrire de nouvelles histoires », a souligné Oksuz, insistant sur la nécessité pour la Türkiye de devenir un « leader régional » en matière de production et d'approvisionnement, en incluant la Tunisie dans cette stratégie régionale de production et d’approvisionnement.
- Renforcement des échanges économiques entre Sfax et la Türkiye
Dans ce contexte, la ville de Sfax a accueilli en février l’ambassadeur de Türkiye en Tunisie, Ahmet Misbah Demircan, à l’occasion d’une rencontre avec des responsables économiques régionaux. Lors de cette visite, il a été question du renforcement des partenariats économiques bilatéraux, notamment dans les secteurs du textile, des services et des industries manufacturières.
Les responsables locaux ont également annoncé la création d’un « International Business Center », destiné à faciliter la coordination entre acteurs économiques et à soutenir l’accès aux marchés internationaux.
- Le textile tunisien vise une progression des exportations
Mi-janvier, le président de la Fédération tunisienne du textile et de l’habillement (FTTH), Haythem Bouajila, avait jugé, sur les antennes d’une radio locale, que la filière disposait d’un « potentiel réel » pour réaliser un saut qualitatif en matière d’exportations et d’emploi. Une ambition toutefois conditionnée, selon lui, à une amélioration du climat des affaires et à une accélération des investissements.
Pour Bouajila, l'accès aux financements internationaux reste à la portée des entreprises dotées de plans de relance crédibles. À l'horizon de cinq ans, il estime que le secteur pourrait accroître ses exportations de 50% et générer des milliers d'emplois qualifiés, en misant sur l'innovation et la durabilité.
- Le textile tunisien en chiffres
Selon la Fédération tunisienne du textile et de l’habillement (FTTH), le secteur demeure un pilier stratégique de l'économie nationale, contribuant à hauteur de 5,5 % au PIB au cours des dernières années. Fort d'un tissu industriel d'environ 1 500 entreprises (TPE, PME et grandes structures), dont 85 à 87 % sont totalement exportatrices, le secteur emploie près de 160 000 personnes. En 2024, cette dynamique s'est traduite par des exportations atteignant 3 milliards d'euros, contre 1,4 milliard de dinars d'importations industrielles.
