AA/ Antananarivo/ N'Djamena/ James Ramarosaona/ Mahamat Ramadane
L'Afrique est confrontée, ces derniers mois, à la pire vague de sécheresse depuis des décennies, entraînant des risques de famine pour des millions de personnes.
Principalement causée par le phénomène climatique El Nino, "l'un des plus importants jamais enregistrés", cette vague concerne particulièrement la Corne de l'Afrique mais également des pays de l'Afrique australe comme Madagascar.
Ainsi, l'Ethiopie subit, à titre d'exemple, "la pire sécheresse en trente ans", selon le Secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-mmon qui a récemment tiré la sonnette d'alarme.
"Un soutien immédiat" est nécessaire selon Ki-moon, s'exprimant le week-end dernier à l'occasion du 26 sommet de l'Union Africaine (UA) à Addis-Abeba.
Cette situation est aggravée par les difficultés rencontrées pour acheminer les aides envers les personnes sinistrées, dont la sécheresse a abîmé les récoltes, dans ce pays dépendant grandement de l'agriculture.
Plus de 10 millions de personnes ont besoin d'aide humanitaire en Ethiopie, l'un des pays les plus peuplés d'Afrique. Ce nombre pourrait "doubler en quelques mois" selon des prévisions de l'ONU.
Egalement frappée par la sécheresse, l'Erythrée voisine souffre d'une "insuffisance des récoltes". Souvent qualifié d'autarcique, régime du "président Isaias Afwerki a déclaré que le pays ne sera pas victime de crise en dépit d'une diminution de la production agricole", a récemment rapporté le ministère de l'information érythréen.
La sécheresse augmente, ainsi, considérablement le nombre de personnes touchées par la famine en Afrique de l'Est, mais également australe où quelque 14 millions de personnes sont confrontées à la famine, selon l'ONU.
"Avec peu ou pas de chutes de pluie dans de nombreuses zones et une période pour la plantation de céréales qui va rapidement se fermer ou est déjà close dans certains pays, les perspectives sont alarmantes", a récemment rapporté le programme alimentaire des Nations-Unies (PAM).
" La NASA avait fait ses prévisions il y a plus de trois mois de ce sécheresse qui provoquerait sûrement de la famine et informait les autorités. Mais y avait-il eu une prise de responsabilité d’éviter cela ? Malheureusement non", se désole, dans une déclaration à Anadolu, Alain Gachet, expert international des nappes aquifères auprès de nombreuses organisations internationales.
Dans un Afrique du Sud confrontée à "la pire sécheresse depuis un siècle", selon des autorités locales, des collectes de bouteilles d'eau se sont organisées dans la ville de Juhannesburg pour aider les agriculteurs en grandes difficultés. Pareils cas s'observent au Malawi ou au Zimbabwe, où les températures ont battu tous les records, selon des rapports de presse locaux et internationaux.
"En Zambie, par exemple, on rapporte que le maïs est à son niveau le plus bas, alors qu'en janvier il est habituellement à 2 mètres de hauteur. Pareil pour les autres plantations : les légumes, par exemple, n'ont pas pu être plantés", illustre le Point.fr.
Madagascar est également en proie depuis quelques mois, au même fléau. Trois régions méridionales (Androy, Anosy et Atsimo Andrefana) sont touchées par la famine, qui concerne quelque 380 000 personnes. Les organisations internationales, notamment onusiennes, s'activent à la rescousse. Devant l'ampleur de la crise alimentaire qui frappe le Sud, où 80% de la population vit d'agriculture, le Ministère de l'Education a même lancé, il y a une dizaine de jours, un Téléthon national. Les dons et aides recueillis seront destinés à renforcer la cantine scolaire des élèves en détresse, pour contrebalancer un abandon progressif qui commence à se faire enregistrer, selon aemw.org, une plateforme pour les étudiants malgaches.
Pour Gachet, par ailleurs Président de RTI Exploration (Radar Technologies International), une compagnie française spécialisée dans les explorations souterraines, Madagascar dispose de potentialités naturelles et énormes pour surpasser le problème de sécheresse, "mais, il dépend aux autorités d’agir en conséquence, de planifier un programme efficace".
Survenant tous les cinq à sept ans en moyenne, le phénomène naturel El Niño est un courant chaud équatorial du Pacifique qui provoque des pluies abondantes dans certaines parties du monde contre davantage de sécheresse dans d'autres. Même si le phénomène est "généralement situé dans le temps par les météorologues entre les trois mois (Novembre, décembre et janvier) que nous appelons les mois de « ceinture météo »", il n'est pas dit que ses conséquences ne pourraient se prolonger, selon le météorologue de l’Aéroport international de N’Djamena ,Achakir Mahamat Nanoun, dans une déclaration à Anadolu.
Pour cet expert tchadien, si la situation alarmante sévissant en Afrique est le fruit du Nino, elle n'a pu qu'être aggravé par les changements climatiques d'origine humaine.
"L'avancé de la sécheresse en Afrique de l’Est, tout comme le reste du continent, le phénomène climatique naturel du Nino y est pour quelque chose, et ses dégâts climatiques sur le sol comme l’érosion et la variation de la température sont considérables. Mais il ne faut pas exclure, minimes soient-elles, les activités humaines comme les défrichages des forêts et le surpeuplement qui devient de nos jours un sérieux problème de pollution environnementale", a-t-il poursuivi.
Dans un rapport publié en novembre dernier, la Banque Mondiale a estimé que plus de 100 millions de personnes pourraient basculer dans l’extrême pauvreté d'ici 2030 si les objectifs de réduction des gaz à effets de serre ne sont pas tenus, la plupart de ces personnes seraient en Afrique.
«Les mauvaises récoltes dues à la diminution de la pluviosité», figurent, en première ligne des causes citées par ce rapport qui précise que le continent africain sera le plus touché.
Au-delà du Nino, l'année 2015 avait été annoncée, en janvier dernier par une agence américaine spécialisée, comme la plus chaude jamais enregistrée de toute l'Histoire, depuis le début des relevées. Ainsi, quoiqu'épargné par le Nino, le Sénégal baigne depuis des semaines dans une vague de chaleur "Jamais, depuis le début des relevés météo en 1948, il n’a fait aussi chaud en janvier", rapporte Radio France International, en décrivant un phénomène imputé aux vents du Sahel et du Sahara.