Mohamed Hedi Abdellaoui
11 Janvier 2016•Mise à jour: 12 Janvier 2016
AA/ Tunis/ Mohamed Abdellaoui
Source de vie pour près de 30 millions d’humains dans le Sahel, le Lac Tchad risque de disparaître. Cet état de fait ne date pas d’aujourd’hui, mais remonte plutôt à une date plus ou moins lointaine, sauf que Boko Haram et le reste des groupes armés évoluant dans la région accentuent l'agonie de ce bien vital, en empêchant sa restauration.
L’universitaire tchadien évoluant à New Jersey (USA) et membre de l’ONG « Service juridique de New York City », Attaieb Djourab, en convient et souligne, dans un entretien avec Anadolu, que les priorités ont changé pour les pays riverains du Lac Tchad, du fait de la montée de la menace terroriste.
«Boko Haram pour qui la région du Lac Tchad est une chasse gardée, en vertu de croyances religieuses et civilisationnelles et le reste des groupes armés qui pullulent dans le Sahel ont poussé les gouvernements à reclasser leurs priorités, pour que le volet sécuritaire passe en premier », explique-t-il.
L'hydre terroriste bloque, ainsi, la manne financière pour un projet de restauration défini en 2008 mais qui ne trouve pas de bailleur de fonds. Pour le président tchadien, Idriss Deby Itno, qui s’exprimait à ce propos lors de la Cop 21 à Paris "les Africains avaient un projet qui ne trouve pas de financement: le transfert des eaux du fleuve Oubangui vers le lac Tchad. Le coût est estimé à quelque 3980 milliards de FCFA" soit 6,4 milliards USD.
Dans le même sens a abondé son homologue nigérien Mahamadou Issoufou, également présent à la Conférence internationale de Paris sur le changement climatique, « Le Lac Tchad est un bien commun, que nous pouvons même considérer comme un patrimoine de l’humanité. Je voudrais par conséquent lancer un appel à nos partenaires et amis, les inviter à écouter le cri de cœur des populations riveraines du lac Tchad, et à venir en aide à plusieurs millions d’êtres humains en détresse, en contribuant au financement de ce plan ».
Ce plan de restauration qui prévoit de préserver une source de vie précieuse est, toutefois, resté noir sur blanc. Tout bailleur de fonds s’attend à un « retour sur investissement », or, le climat d'insécurité qui prévaut dans la région sahélo-saharienne se veut amplement «dissuasif », rappelle Djourab.
De fait, bien que l’étude de faisabilité conférée à une firme internationale ait confirmé qu’il le projet demeure techniquement faisable, sa mise en oeuvre n'a pas démarré.
Bahoutou Laohote, géographe et climatologue enseignant à l’université de N’Djamena fait, pour sa part, observer que les difficultés sont liées, par ailleurs, à la complexité d’une gestion de l’eau concertée. D’épineuses questions se posent, selon lui, au niveau sectoriel, national et régional. Ces questions concernent deux risques : l’atteinte à la biodiversité et le tarissement de l’eau.
«Il y a lieu de rappeler que le projet de restauration du Lac Tchad date de l’époque de Désiré Kabila (ancien président de la RD Congo entre 1997 et 2001). S’il traîne encore, c’est en raison des voix opposées dans certains pays donateurs.
Adopté en 2008 par les pays riverains (Tchad, Niger, Nigéria et Cameroun), le projet de restauration consiste à améliorer les ressources hydriques du bassin à travers la captation et le dragage du Chari-Logone (un fleuve d'Afrique centrale qui draine une partie du grand bassin endoréique du Lac Tchad et qui traverse une partie du Cameroun et de la Centrafrique). Ou encore par le biais du transfert d’une partie des eaux de l’Oubangui, un fleuve qui fait office de frontière entre la Centrafrique, la RDC et le Congo.
Une augmentation, ainsi, de la superficie du Lac de l’ordre de 5.500 km² est prévue à travers le transfert de l’eau du bassin du fleuve Congo via l’Oubangui vers le bassin du Lac Tchad, permettant un rehaussement du niveau du Lac de l’ordre de 1 m dans la cuvette sud et 1m dans la cuvette nord, rapporte la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) sur son site officiel.
L'objectif est de palier à l’assèchement drastique du Lac et lui éviter le sort de la mer d’Aral, lac partagé par cinq pays d’Asie centrale, et dont une grande partie a disparu au cours du 20e siècle.
Depuis 1962, en effet, les eaux du Lac ont baissé de quatre mètres, réduisant sa superficie de 90%. Les évolutions climatiques, telles la sécheresse et la rareté des pluies, ainsi que la surexploitation des ressources par les riverains qui auraient détourné 75 % des eaux en amont, ont ramené sa taille de 25.000 km² à 1.350 km², selon la Banque mondiale (BM) et la CBLT.