Afrique

La Tunisie face à un dilemme bancaire pour "injecter" la liquidité dans les canaux légaux (Reportage)

- Une première décision portant amnistie générale pour les crimes financiers. - Une seconde décision qui retirerait de la circulation le billet de 50 dinars

Mona Saanouni   | 19.02.2020
La Tunisie face à un dilemme bancaire pour "injecter" la liquidité dans les canaux légaux (Reportage)

Tunisie

AA / Tunis / Ayda Ben Salem

La Banque centrale de Tunisie (BCT) envisage d’introduire des modifications sur le marché monétaire, dans le but de lui conférer davantage de souplesse et de transparence, selon ce que le gouverneur de la BCT avait récemment annoncé, au cours d’une séance plénière du Parlement.

Marouane Abassi, gouverneur de la BCT, a souligné que la Banque cherchait à décréter une amnistie pour les crimes financiers, dans le but d'accroître le niveau de l'épargne en devises étrangères et de diversifier les sources de financement du commerce extérieur.

La BCT envisage également de retirer de la circulation le billet de 50 dinars. "Chaque billet de 50 dinars (17,6 USD) qui retourne à la Banque ne sera plus, à nouveau, injecté dans le marché pour utilisation ».

Abassi n'a pas dévoilé la date d'annulation officielle de la circulation dudit billet, relevant que cette annonce sera faite en temps opportun. « Le retrait de circulation du billet en question implique l'impression de nouveaux billets pour compenser la différence. Ce processus nécessite au moins une année », a-t-il dit.

Il convient de noter que les réserves de change de la Tunisie s'élèvent à 19,8 milliards de dinars (6,95 milliards de dollars), soit l’équivalent de 114 jours d'importations.

** Une mesure tardive

S’agissant des retombées de ces mesures sur la situation économique, Ridha Chkendali, économiste a estimé que cette décision intervient « tardivement ». « L'institution d’une amnistie pour les crimes financiers aurait du être prise depuis une longue période », a-t-il dit.

Dans une déclaration faite à Anadolu, Chkendali a affirmé que « La liquidité existe dans le marché parallèle, et ce qu'il faut aujourd'hui, c'est de la restituer dans le circuit légal…La situation économique est marquée par une récession tandis que l’orientation est vers l’endettement et le besoin en devises s’accentue ».

Et l’économiste de poursuivre : « Compte tenu de cette conjoncture, le pays est ace à deux options. La première étant la sortie sur le marché mondial (emprunts), ce qui n'est pas possible durant la période actuelle avec le retard accusé dans la formation du gouvernement. La deuxième option est l'acceptation des conditions du Fonds Monétaire International avec leur lot de mesures onéreuses, particulièrement, au plan social ».

Concernant le retrait du billet de 50 dinars, Chkendali a considéré que cette mesure devrait générer un retour des liquidités qui circulent dans le marché parallèle aux cadres légaux.

Il a, dans ce contexte, relevé que « l’ensemble des acteurs du marché parallèle cachent leur argent sous forme de coupures de 50 dinars, et qu'en retirant ce billet, ces acteurs seront amenés à l'échanger, et partant, de remettre ces fonds dans le système classique ».

L’expert économique a ajouté: « Cela sera de nature à augmenter le taux d'épargne qui finance l'investissement, et par conséquent, le taux d'intérêt sera plus bas ».

Selon les experts, la taille du marché noir en Tunisie dépasse les 4 milliards de dinars (1,4 milliard de dollars), et pourrait atteindre 6 milliards de dinars (2,1 milliards de dollars).
Chkendali estime que « quel qu'en soit le nombre, cela soulèverait un problème ».

** Des mesures partielles

De son côté, le consultant en investissements, Mohamed Sadok Jebnoun, a estimé que « ces mesures sont partielles et que comme toujours, l’origine du problème est laissée sans véritable traitement ».

Dans un entretien accordé à Anadolu, Jebnoun a indiqué que « L'amnistie pour les crimes financiers se doit d’être accompagnée d'un amendement globale du Code des Changes, ce qui accroîtrait le volume des liquidités et attirerait les déposants étrangers en Tunisie ».

Le consultant a poursuivi : « Nous avons besoin aujourd'hui d'un dispositif monétaire adapté aux besoins de l’entreprise. De plus, la situation ne peut perdurer telle qu'elle est aujourd'hui dès lors que cela alimentera le secteur parallèle ... Ce qui est requis aujourd'hui, c'est une réforme radicale du système des changes ».

Jebnoun a, également, estimé que « le retrait du billet de banque est également une mesure partielle et incomplète, si la couverture bancaire et postale n’est pas généralisée ».

« Je pense que le marché parallèle anticipe et précède, toujours, d’un pas le marché réglementé et nous devons, par conséquence, travailler rapidement pour lever les restrictions imposées au système de change », a conclu le consultant.

Vendredi dernier, le gouverneur de la BCT avait souligné devant le parlement que l’amendement de la législation sur le change est lié principalement à la politique initiée par l’Etat tunisien dans ce domaine et que le gouvernement applique.

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