AA/ Tunis/ Safwene Grira
La récente récidive du virus à fièvre hémorragique Ebola, faisant cinq morts en Guinée, ne connaîtra vraisemblablement pas la même flambée tragique de la première vague, parue à la fin de 2013, et qui a fait plus de 11.300 morts dans trois pays d'Afrique de l'Ouest, a indiqué Dr. Tarek Msadek, Directeur de Recherche et Chef de Laboratoire à l'institut Pasteur de Paris, dans un entretien avec Anadolu.
Ce postulat repose sur une expérience acquise, pendant deux ans, par les pays touchés par Ebola, tant sur un plan institutionnel, infrastructurel que médical, selon la même source.
"Pendant deux ans, les trois pays en question [Guinée, Libéria et Sierra Leone] ont acquis et développé des mécanismes dans la gestion de cette épidémie. Cette gestion est institutionnelle, avec la mise en place de cellules de crise et autres leviers administratifs, infrastructurel, avec la création, en Guinée à titre d'exemple, d'un Centre de traitement d'Ebola (CTE) et puis, surtout, médicale, avec des progrès notables enregistrés en la matière", a détaillé le chercheur tuniso-américain.
Pendant l'été 2015, l'OMS annonçait un "vaccin efficace contre Ebola". La recherche sur l'élaboration de ce vaccin remontait aux années 80, selon Msadek, mais la flambée de 2014 a accéléré les recherches. Désormais, outre les vaccins préventifs, de nouveaux traitements existent et sont administrés aux malades, notamment dans la première phase, où le traitement s'avère "efficace", selon le chercheur.
La semaine dernière, la Coordination nationale de riposte contre Ebola en Guinée a fait vacciner plus de 900 sujets suspects, dans la localité de Koropara (Sud-est), où la résurgence a été enregistrée quelques semaines plus tôt.
En outre, une des raisons ayant favorisé la propagation d'Ebola, tout au long de l'année 2014, avant que la courbe n'entame sa phase descendante en 2015, a été d'ordre "comportemental" chez les populations concernées. "L'on sait, en revanche, que depuis, les pays en question ont axé leur politique de prévention sur la sensibilisation des populations. Cette politique a concerné, pratiquement, toutes les strates de la société, à commencer par les écoliers."
Après avoir fermé leurs portes pendant plusieurs mois, les écoles en Guinée avaient en effet rouvert en janvier 2015, avec des mesures d’hygiène anti-Ebola: lavage des mains, prise de température pour toute personne franchissant l’entrée des écoles et kits sanitaires. Pareilles mesures étaient observées dans les deux pays voisins.
"Vu la proximité de la résurgence, l'on ne perdra pas de temps avec une nouvelle campagne de sensibilisation", a résumé le chercheur de l'institut Pasteur.
Le Dr Msadek appelle cependant à la vigilance, dans la mesure où, si la première vague de l'épidémie a provoqué un élan de solidarité internationale, qui s'est manifesté par un octroi d'aides et d'encadrement importants, la récidive risque d'entraîner une "banalisation" du phénomène, engendrant par là-même "un essoufflement de la mobilisation internationale".
"Quoiqu'ayant fait une apparition en 1976 en Afrique centrale, la vague de 2014 d'Ebola a été perçue, par l'opinion publique internationale, y compris ONG et OIG, comme une catastrophe ponctuelle venant frapper une Afrique déjà meurtrie. La récidive risque, par un effet inverse, de faire basculer Ebola dans la case des maladies chroniques de l'Afrique, comme la famine, le Sida et les guerres, qui n'émeuvent que peu de personnes", conclut Tarek Msadek.
Depuis le 17 mars, soit moins de trois mois après son éradication officielle en Guinée, alors annoncée par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), cinq personnes sont mortes d'Ebola dans ce pays. Fin 2013, la Guinée a été l'épicentre de ce virus qui s'est principalement propagé, par la suite, au Sierra Leone et au Libéria voisins, avec quelque 28 000 cas recensés en tout selon l'OMS.
"Cette récidive rappelle qu'en matière de maladies virales, la sortie de tunnel est souvent fragile", commente Dr Msadek.
Ce chercheur rappelle, à ce titre, comment la Sierra Leone avait été déclaré exempte d'Ebola, le 14 janvier dernier par l'OMS, avant qu'elle ne connaisse une nouvelle flambée, qui n'aura été, néanmoins, que de courte durée.
"Il est vrai que le critère de la période d'incubation de 42 jours utilisé par l'OMS fonctionne comme un délai permettant d'estimer l'exemption de malades d'Ebola chez une population donnée, il n'en demeure pas moins que ce virus peut exister chez des porteurs guéris", renseigne Msadek.
"Le virus peut survire, à titre d'exemple, plusieurs mois dans le sperme d'une personne officiellement guérie, qui pourrait alors le transmettre", explique-t-il.
"Une récente investigation sur un cas a mis en évidence du matériel génétique (ARN) du virus au moyen de tests d’amplification de l’acide nucléique (comme la RT-PCR) 199 jours après l’apparition des symptômes. Cela va bien au-delà de la période de "détectabilité" du virus dans le sang des survivants et du moment de la guérison." renseigne le site de l'OMS.