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La police nigériane a fait usage de balles réelles et de gaz lacrymogène contre des manifestants à Lagos

- Des manifestants issus des bidonvilles de l'État de Lagos ont tenté de pénétrer dans le Parlement pour protester contre la démolition de leurs habitations

Kabir Adeniyi  | 28.01.2026 - Mıse À Jour : 28.01.2026
La police nigériane a fait usage de balles réelles et de gaz lacrymogène contre des manifestants à Lagos

Lagos

AA / Nigéria / Kabir Adeniyi

Mercredi, la police nigériane a fait usage de balles réelles et de gaz lacrymogène pour empêcher des manifestants d'entrer dans le Parlement à Lagos. Ils protestaient contre les expulsions et les démolitions de maisons par les autorités dans plusieurs bidonvilles. Selon des témoins, on dénombre au moins 17 blessés et plusieurs arrestations.

L'organisation de défense des droits humains Coalition Against Demolition, Forced Eviction, Land Grabbing, and Displacement (Coalition contre les démolitions, les expulsions forcées, l'accaparement des terres et les déplacements forcés) a organisé la manifestation, qui a débuté vers 7 h, heure locale, sous le pont d'Ikeja à Lagos.

Les habitants des quartiers pauvres de Makoko, Owode Onirin, Oworonshoki, Otumara, Baba-Ijora et Ajegunle, où leurs maisons ont déjà été démolies par les autorités, ont défilé, brandissant des pancartes où l'on pouvait lire notamment : « Halte aux démolitions, c'est illégal ! » et « Justice pour les commerçants d'Owode Onirin ! »

Les manifestants ont affirmé que les démolitions avaient été effectuées sans consultation, indemnisation ni relogement adéquats, déplaçant ainsi des milliers d'habitants. Les organisateurs ont insisté sur le fait que la manifestation était restée pacifique du début à la fin.

La tension est montée d'un cran lorsque les manifestants sont arrivés à l'entrée du complexe de l'Assemblée législative de l'État de Lagos, à Alausa, où la police avait bloqué le passage avec des véhicules de patrouille. Moshood Jimoh, commissaire de police de l'État de Lagos, présent sur les lieux, a déclaré que l'accès au complexe serait interdit aux manifestants afin d'empêcher des « voyous » de s'en emparer.

Hassan Soweto, figure emblématique du mouvement et militant, a contesté cette décision, rappelant que des membres du Congrès du travail du Nigeria avaient été autorisés à entrer dans le complexe lors d'une manifestation le 17 décembre 2025.

Après plusieurs minutes de discussion, trois membres de l'Assemblée législative de l'État de Lagos ont tenté de s'adresser à la foule, mais ils ont été hués par les manifestants qui insistaient pour entrer dans le bâtiment. Face à la montée des tensions, les parlementaires se sont finalement retirés.

Quelques minutes après leur départ, la police a tiré des grenades lacrymogènes sur la foule, forçant les manifestants à fuir. Malgré leur statut de journalistes, des reporters couvrant la manifestation ont également été affectés par les gaz lacrymogènes.

Tunde Okeowo, journaliste pour un média local, a déclaré à Anadolu avoir été poussé dans une zone infestée de gaz lacrymogène et avoir reçu des tirs à bout portant alors qu'il se trouvait avec d'autres journalistes.

La police aurait tiré à balles réelles en l'air et dispersé les manifestants, parmi lesquels des femmes, des enfants et des personnes âgées. Des manifestants ont été arrêtés et plusieurs autres blessés. Selon des témoins, au moins 17 personnes ont été hospitalisées.

Ces derniers mois, Lagos a connu une vague de démolitions, notamment le long du front de mer et dans les quartiers informels principalement habités par des pêcheurs.

En décembre 2025, le gouvernement de l'État a entamé la démolition de bâtiments à Makoko, une communauté située sur la lagune de Lagos. Les habitants ont accusé le gouvernement de violer un accord limitant les démolitions aux bâtiments situés dans un rayon de 30 mètres autour des lignes à haute tension.

Le 22 janvier, la coalition a signalé qu'au moins 12 personnes avaient été tuées et des milliers déplacées à la suite de démolitions à Makoko, Owode Onirin, Oworonshoki, Otumara et Baba-Ijora.

Femi Falana, avocat spécialisé dans les droits humains et membre émérite du barreau nigérian, a critiqué le gouvernement de l'État de Lagos pour avoir prétendument ignoré les décisions de justice interdisant les expulsions forcées. Il a cité un arrêt de la Haute Cour de l'État de Lagos de 2017 déclarant les expulsions forcées illégales, ainsi qu'une ordonnance de la Haute Cour fédérale d'août 2025 interdisant les démolitions dans plusieurs quartiers riverains.

De son côté, le gouvernement de l'État de Lagos a justifié ces démolitions en affirmant qu'elles étaient nécessaires pour protéger les vies humaines, les infrastructures et l'environnement, arguant que les bâtiments situés à proximité des cours d'eau et des lignes électriques représentaient un grave danger pour la sécurité.

*Traduit de l’anglais par Ayse Bashoruz

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