Esma Ben Said
11 Août 2017•Mise à jour: 12 Août 2017
AA/Zeynep Ciftci
La Centrafrique est menacée par une "prolifération de groupes armés" qui se querellent pour le contrôle des ressources naturelles, engendrant une partition de fait, révèle le think tank américain Enough Project.
Alors que l'ONU alerte sur les risques d'un "génocide" dans ce pays qui a renoué avec les violences depuis quelques mois, le groupe de réflexion qui a cartographié quatorze milices et quatre groupes politico-militaires, explique que "ces groupes ont proliféré, imposant de facto une partition (du pays) et faisant de la prédation économique un élément central de leur stratégie".
Le pays riche en or et diamants, est sujet à une lutte pour le "contrôle des ressources naturelles, des "luttes fratricides" entre groupes armées poursuit le rapport publié jeudi.
La Centrafrique a basculé dans une crise politique et sécuritaire en 2013, après le reversement du président Francois Bozizé par la coalition Séléka (à majorité musulmane), et la contre-offensive des milices anti-Balaka (milices à majorité chrétienne).
Le conflit inter-confessionnel a fait quelques milliers de morts et poussé des dizaines de milliers de musulmans (qui représentent 20% de la population estimée à 4,5 millions d'habitants) à quitter la RCA, selon les Nations unies.
D'après Nathalia Dukhan, auteur du rapport, "Depuis 10 mois, l'alliance formée par trois factions de l'ex-Séléka et un groupe anti-balaka est à l'origine de l'essentielle des flambées de violence en Centrafrique".
La coalition évoquée est composée de plusieurs groupes, regroupant notamment le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), le Mouvement patriotique centrafricain (MPC), le Rassemblement patriotique pour le renouveau de la Centrafrique (RPRC) mais aussi les anti-balaka dits "tendance Mokom", portant le nom de leur leader, Maxime Mokom.
Le rapport note également qu' "en contrôlant de larges parties du territoire, ces chefs de groupes armés ont imposé un système qui leur bénéficie ainsi qu'à leurs soutiens, au détriment de la population" alors que de nouvelles factions armées émergent "à une fréquence alarmante" et la crise "s'approfondit de jour en jour", explique la chercheuse Nathalia Dukhan.
"Ce rapport est le fruit de plus d'un an de recherche, de collecte d'information sur le terrain auprès d'acteurs centrafricains, notamment certains leaders et combattants de groupes armés et d'auto-défense, ainsi que d'acteurs internationaux", ajoute-t-elle.
"Les signes avant-coureurs de génocide sont là", a alerté lundi Stephen O'Brien, secrétaire général adjoint de l'ONU pour les Affaires humanitaires.
En effet, les tueries ont fait au moins 60 morts depuis début juillet de Bangassou et Gambo (sud-est) à Ngaoundaye (nord-ouest) en passant par Alindao (sud).