Guinée: Claude Pivi, condamné pour le massacre du stade de Conakry en 2009, est mort en détention
- Condamné à la perpétuité pour crimes contre l’humanité, le colonel Claude Pivi serait décédé des suites de complications liées à un diabète chronique ayant provoqué un coma hypoglycémique
Istanbul
AA / Istanbul / Ben Amed Azize Zougmore
Le colonel Claude Pivi, ancien chef de la sécurité présidentielle guinéenne et proche collaborateur de l’ex-chef de la junte Moussa Dadis Camara, est mort mardi 6 janvier 2026, a annoncé dans la soirée le parquet général. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour crimes contre l’humanité après le massacre du 28 septembre 2009 au stade de Conakry, il était détenu dans une prison de haute sécurité.
Par voie de communiqué, le procureur général Fallou Doumbouya a indiqué que Claude Pivi, âgé d’environ 66 ans et surnommé « Coplan », est décédé dans un hôpital militaire après y avoir été transféré en urgence. Selon le parquet, sa mort serait liée à des complications médicales, notamment un diabète chronique ayant provoqué un coma hypoglycémique. Une autopsie médico-légale a été ordonnée afin de « confirmer les causes et les circonstances du décès », a précisé le magistrat.
Ancien bras droit du capitaine Moussa Dadis Camara, qui avait dirigé la Guinée entre décembre 2008 et décembre 2009, Claude Pivi figurait parmi les principaux responsables militaires mis en cause dans le massacre du 28 septembre 2009. Ce jour-là, des milliers de partisans de l’opposition s’étaient rassemblés au principal stade de Conakry pour protester contre une éventuelle candidature du chef de la junte à l’élection présidentielle prévue en 2010.
La manifestation avait été violemment réprimée par les forces de sécurité, faisant au moins 156 morts, des centaines de blessés et plus d’une centaine de femmes victimes de viols, selon les Nations unies et plusieurs organisations internationales de défense des droits humains. Des dizaines de personnes avaient également été portées disparues. Les enquêteurs de l’ONU avaient qualifié ces violences de possibles crimes contre l’humanité.
Un procès historique, ouvert en 2022 après plus d’une décennie d’attente, s’est achevé en juillet 2024. Claude Pivi y avait été condamné par contumace à la prison à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 25 ans.
Quelques mois plus tôt, le 4 novembre 2023, il s’était évadé de la prison centrale de Conakry lors d’une opération armée spectaculaire, qui avait également permis la fuite de plusieurs autres accusés, dont Moussa Dadis Camara. Resté en cavale pendant près d’un an, Claude Pivi avait finalement été arrêté au Libéria avant d’être extradé vers la Guinée le 17 septembre 2024.
Depuis son retour, il purgeait sa peine à la prison de haute sécurité de Coyah, près de la capitale. Les autorités affirment qu’il y recevait un suivi médical pour plusieurs pathologies, dont le diabète, l’hypertension et la goutte.
Figure redoutée au sein de l’appareil sécuritaire guinéen, Claude Pivi, surnommé « Coplan », était entouré d’une réputation de violence et de mystère. En Guinée, des légendes urbaines lui attribuaient même des pouvoirs mystiques, contribuant à forger son image de personnage craint et emblématique des années de répression militaire.
Sa mort intervient alors que la justice guinéenne poursuit les procédures engagées contre d’autres responsables présumés du massacre du 28 septembre 2009. Une seconde phase du procès, visant de nouveaux accusés, s’est ouverte en décembre 2025. Les associations de victimes ont appelé à la transparence et au maintien du processus judiciaire, malgré la disparition de l’un de ses principaux protagonistes.
