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G5 Sahel : la présence française en Afrique toujours plus critiquée

« On a confié à l’armée française une mission impossible », expert.

Lassaad Ben Ahmed   | 14.01.2020
G5 Sahel : la présence française en Afrique toujours plus critiquée

France


AA / France / Fawzia Azzouz

Le sommet de Pau, ayant réuni le 13 janvier les présidents des pays du G5 Sahel (Burkina, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) à l’initiative du président français, a suscité de nombreuses réactions aussi bien en France qu’en Afrique, s’interrogeant encore et toujours sur la finalité et les vrais enjeux du déploiement français dans la bande sahélo-saharienne.

Marc-Antoine Pérouse de Montclos, directeur de recherches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) estime, comme de nombreuses autres voix, que la France devrait « annoncer un désengagement » de son armée au Sahel, dans une interview parue dans la presse africaine.

« Cela fait soixante ans que la France fait de la coopération militaire en Afrique, mais pour quel bilan ? » s’interroge-t-il sur le site d’information «Seneplus ».

Alors que le sommet du G5 Sahel a acté, lundi, la poursuite des opérations françaises dans la région et le déploiement de 220 militaires français supplémentaires, Paris peine à convaincre du bien-fondé de son action sur place.

Lors de ce sommet le président Macron, a continué d'avancer l'argument de la lute contre le terrorisme, pour justifier le maintien en position de quelques 4500 soldats français, dans un territoire aussi vaste que l'Europe.

Marc-Antoine Pérouse de Montclos, également auteur de l’ouvrage « Une guerre perdue », à paraître mercredi 15 janvier 2020, dénonce le fait que « la présence militaire française ne sert pas seulement à essayer de lutter contre le terrorisme », mais « garantit aussi aux gouvernements en place qu’il n’y aura pas de coups d’Etat contre eux ».

Selon lui, si les objectifs affichés de l’opération Serval en 2013 et devenue Barkhane en 2014 étaient d’« empêcher l’enracinement des groupes armés dans le nord du Mali » et de « restaurer la souveraineté de l’Etat malien sur l’ensemble du territoire », ces objectifs n’ont « pas été atteints ».

« On ne peut pas maintenir le Mali indéfiniment sous perfusion humanitaire, financière et militaire » et c’est le « rôle des Maliens » de « dire cela » explique-t-il.

Selon cet expert, « on a confié à l’armée française une mission impossible ».

Même son de cloche dans les rangs de l’extrême gauche française.

Le député LFI (La France Insoumise) Jean-Luc Mélenchon, a plaidé pour un « plan de retrait » de la France en zone sahélienne.

« Il est temps de planifier un plan de retrait », a-t-il affirmé dans une tribune cosignée avec le député LFI Bastien Lachaud et parue dans les colonnes du journal Marianne, lundi au moment où se tenait à Pau (sud-ouest) le sommet du G5 Sahel.

Mélenchon et Lachaud estiment dans leur écrit que la présence de la force Barkhane au Sahel est un échec et ne contribue en rien à l’amélioration de la situation dans la région.

Ils considèrent que de la même manière que « l’écrasante supériorité militaire des États-Unis n'a rien produit » en Afghanistan, « la supériorité militaire française ne fera pas mieux au Sahel ».

Ils fustigent, par ailleurs, la « façon arrogante » avec laquelle Emmanuel Macron a pris l’initiative du sommet du G5 Sahel à Pau, perçue comme une convocation.

Les initiateurs de la tribune défendent, par ailleurs, l’idée de « mobiliser la communauté internationale pour participer à la reconstruction des États, victimes des politiques d'ajustement exigées par le FMI dans les années 1990 », en réorientant de manière progressive le budget alloué à la force Barkhane (700 millions d'euros par an).

Au Mali, depuis plusieurs jours, des manifestations se répètent pour la contester.

« Ce n’est pas contre le peuple français que nous sommes en colère, mais contre la politique de son Etat », a ainsi témoigné un manifestant malien cité par le journal le Monde.

Il s’étonne « que la cinquième puissance mondiale, avec tous les moyens techniques et technologiques à sa disposition, n’arrive pas à arrêter des bandits sur des motos ».

Au burkina Faso, également, une réunion de leaders de la société civile burkinabè et africaine s'est tenue lundi à Pô (centre-sud) pour dénoncer ce qu'ils ont qualifié de «paternalisme, de la duperie et du chantage», s'agissant de la présence française au Sahel.

« Nous ne pouvons pas laisser ces questions de souveraineté et de dignité à la seule responsabilité fragile de nos chefs d’Etat », a déclaré, à cette occasion, Bernard Sanou, Colonel-Major à la retraite, président du Comité International du Mémorial Thomas Sankara.

Les participants à ce "sommet parallèle" ont, enfin, appelé les dirigeants de leurs pays à « clarifier définitivement les relations diplomatiques, les conditions et cadres d’intervention de toutes les coopérations ».

Pour rappel, lundi soir, au terme d’une demi-journée de réunion, le sommet du G5 Sahel a permis d’acter la volonté des États africains concernés, de voir poursuivies les opérations militaires françaises dans la région.

Le président Macron a également annoncé le déploiement de 220 soldats supplémentaires pour renforcer les troupes de la force Barkhane, qui comptabilise déjà 4500 éléments.



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