France-Afrique : Macron défend une « refondation » des relations postcoloniales
- Dans un documentaire diffusé par l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron revient sur la refonte engagée depuis 2017 des relations entre la France et l’Afrique, qu’il présente comme une rupture avec les logiques postcoloniales
Istanbul
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Le président français Emmanuel Macron affirme avoir voulu « reconstruire » la relation entre la France et l’Afrique depuis son arrivée à l’Élysée en 2017, dans un documentaire intitulé France-Afrique, le divorce ?, diffusé par l’Assemblée nationale. Il y défend une rupture avec les logiques héritées de la période postcoloniale et revendique une refondation des liens franco-africains.
Se présentant comme le premier président français né après la colonisation, Emmanuel Macron souligne que « les trois quarts » de la population africaine n’ont, selon lui, pas connu cette période. Il explique vouloir sortir d’une relation fondée sur le passé, tout en appelant à en reconnaître les réalités historiques, sans s’inscrire dans une démarche de repentance.
Le chef de l’État rappelle avoir progressivement mis un terme aux systèmes qualifiés de postcoloniaux, affirmant assumer ce choix malgré des incompréhensions. Il rejette l’idée d’un recul de la France en Afrique, estimant que certaines critiques traduisent une attente d’ingérences ou de rapports de force que Paris n’entend plus exercer.
Dans le documentaire, Emmanuel Macron affirme que le retrait français de plusieurs pays africains, en particulier au Sahel, s’est accompagné d’un rapprochement de certains régimes militaires avec la Russie. Il cite notamment le Mali, où les autorités issues du coup d’État ont, selon lui, fait appel à Moscou pour combler un « vide sécuritaire » après la rupture de la coopération avec la France.
Selon Emmanuel Macron, cette orientation est le symptôme de systèmes politiques nationaux « défaillants », incapables d’apporter eux-mêmes des réponses durables aux enjeux de sécurité. Il estime que ce choix fait peser des risques sur les populations civiles, qu’il désigne comme les premières victimes de cette situation.
Le président français qualifie par ailleurs la stratégie russe de « néocolonialisme », affirmant que l’aide sécuritaire fournie, notamment par le biais du groupe Wagner, ne s’inscrit pas dans une logique de coopération ou de développement. Il soutient que ces dispositifs visent avant tout à garantir la protection des dirigeants en place, en contrepartie d’un accès à des ressources minières, d’un contrôle de systèmes d’information et d’une influence durable sur les États concernés.
Emmanuel Macron oppose cette approche à celle de la France, affirmant que Paris n’entend plus intervenir pour soutenir ou renverser des régimes, ni s’engager dans des rapports de force hérités du passé colonial. Il indique que lorsque les cadres de coopération sont rompus par les autorités locales, la France en « prend acte » et se retire.
Dans le documentaire, il cite le Bénin comme un exemple de relation bilatérale « stabilisée » entre la France et un pays africain, qu’il présente comme emblématique de la politique de refondation qu’il dit vouloir mener depuis 2017.
Il souligne que les relations entre Paris et Cotonou se sont maintenues dans un cadre de coopération institutionnelle, contrairement à ce qui a été observé dans plusieurs pays de la région sahélienne. Selon le chef de l’État, ce partenariat repose sur un dialogue politique continu et sur une coopération assumée, notamment en matière de sécurité, dans un contexte régional marqué par la progression des groupes armés.
Emmanuel Macron revient également sur certaines polémiques liées à ses déclarations passées, évoquant des propos tenus dans un cadre qu’il décrit comme informel et « fraternels » avec le président béninois. Il affirme que ces échanges n’ont pas affecté la relation bilatérale et n’ont pas donné lieu, selon lui, à des tensions diplomatiques avec les autorités de Cotonou.
Le président français distingue ainsi le Bénin des pays ayant rompu leur coopération avec la France à la suite de coups d’État militaires. Il explique que, lorsque le cadre de coopération est maintenu par les autorités locales, la France poursuit son engagement, tandis qu’elle se retire lorsque ce cadre est remis en cause.
À travers cet exemple, Emmanuel Macron présente le Bénin comme une illustration de la relation que Paris entend privilégier avec les États africains volontaires : une coopération fondée sur la reconnaissance du passé, sans interventionnisme, et orientée vers des partenariats qu’il qualifie de décomplexés et tournés vers l’avenir.
