Afrique

Franc CFA: les propos de Patrice Talon suscitent des réactions

« L’injustice a trop duré, il est temps que le dialogue commence avec la France pour clarifier les choses, pour nous permettre à nous d’avoir notre souveraineté monétaire. On ne l’a pas aujourd’hui », a réagi le président tchadien, Idriss Déby Into.

Lassaad Ben Ahmed   | 12.11.2019
Franc CFA: les propos de Patrice Talon suscitent des réactions

Tunisie

AA / Tunis / Lassaad Ben Ahmed

Les propos du président béninois, Patrice Talon, sur le retrait du franc CFA ont suscité plusieurs réactions dont notamment celles de l’opposante ivoirienne Nathalie Yamb et du président tchadien Idriss Déby Into.

Entre le pour et le contre, l’annonce a également ébranlé les réseaux sociaux, s’agissant du franc CFA (Franc de la Communauté financière en Afrique).

L’annonce de Patrice Talon a eu lieu jeudi dernier à l’occasion d’une interview, conjointement accordée à deux médias français.

Patrice Talon avait alors déclaré que tout le monde était d’accord, y compris la France, de mettre fin au mécanisme régissant le franc CFA, par le biais duquel 15 pays africains déposent la moitié de leurs réserves en devises dans le trésor français. En contre partie, la France assure le paiement, sans limites, en euros ou en dollars, des importations de ces pays.

Talon avait affirmé que même si les pays ne sont pas encore prêts pour basculer dès 2020, vers la nouvelle monnaie unique de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cedeao), baptisée « eco », la décision de mettre fin au franc CFA est déjà prise. « C’est déjà acté(…) ça va se faire », a-t-il affirmé.

Le président béninois a, par ailleurs, nuancé son propos en expliquant que sur le plan technique le franc CFA ne constituait pas un problème. Le problème était plutôt, selon lui, d’ordre psychologique et lié à la souveraineté des pays franc.

Sur ce point précis, le président béninois a été accroché, le lendemain, par Nathalie Yamb, conseillère économique du président du parti ivoirien Liberté et démocratie pour la République (LDR) qui lui a reproché de défendre encore le franc CFA.

« On est prié de croire que lui et ses copains chefs d’Etat francophones ont la volonté de sortir du CFA, alors que lui-même continue de faire l’apologie de cette monnaie dans cette même interview », a-t-elle écrit sur sa page Facebook.

Et les réactions des internautes ne se sont pas fait attendre pour rappeler que le franc CFA était la principale cause de la précarité qui perdure dans les anciennes colonies françaises en Afrique.

Lundi, le président béninois a été rejoint par son homologue tchadien Idriss Déby Into qui a déclaré aux médias : « L’injustice a trop duré, il est temps que le dialogue commence avec la France pour clarifier les choses, pour nous permettre à nous d’avoir notre souveraineté monétaire. On ne l’a pas aujourd’hui ».

S’exprimant sur « Béninwebtv », Idriss Déby a expliqué que : « Ce qui nous lie à la France aujourd’hui, ce sont les accords monétaires qui ont été façonnés dans les années 1960 (…) Que cette monnaie devienne notre monnaie à nous, en détruisant les accords. On se pose la question aujourd’hui si c’est notre monnaie ou la monnaie de la France ».

Pour rappel, les pays de la Cedeao, dont 8 appartiennent à la zone franc, avaient décidé, lors d’un sommet ordinaire tenu à Abuja en juin dernier, le lancement dès 2020, d’une monnaie unique, l’eco.

Selon le calendrier établi lors de ce sommet, l’introduction de cette nouvelle monnaie se fera sur des étapes, à commencer par la conversion des monnaies locales dans les pays hors zone franc, avant d’être rejoints par les autres Etats utilisant encore le franc CFA.

Par cette décision, les pays franc envisagent de changer de monnaie, mais aussi de s'approprier la gestion de leurs réserves en devises déposées dans le trésor français.

Selon Patrice Talon, le dépôt de ces réserves doit se faire dans les banques africaines, asiatiques, américaines et européennes et leur gestion doit se faire à partir des banques centrales africaines. "La présence d'observateurs, français, américains ou Canadiens pour s'assurer de la transparence et de la bonne gestion de ces fonds ne nous dérange pas", a-t-il par ailleurs indiqué.

L'idée de l'introduction d'une monnaie unique avait émergé au début des années 2000. Les 15 pays d’Afrique de l’ouest s'étaient alors accordés sur un projet prévoyant la création, en deux phases, d’une monnaie unique.

Dans la première phase, les pays qui disposent de leurs propres monnaies (Gambie, Ghana, Guinée, Nigeria et Sierra Leone) devaient lancer « l'eco », puis dans une deuxième phase les 8 pays membres de l'Uemoa qui ont en commun le franc CFA (Côte d'Ivoire, Sénégal, Burkina Faso, Mali, Togo, Niger, Bénin et guinée-Bissau) devraient s’y greffer, de sorte à ce qu'en 2020, tous les pays membres de la Cedeao utilisent une même et seule monnaie.

En août 2017, le président français Emmanuel Macron avait annoncé qu'«une réflexion commune et constructive », sur l’avenir de la monnaie du franc CFA sera initiée, proposant une modernisation de la « zone franc », dans une déclaration conjointe avec son homologue ivoirien Alassane Ouattara à l’Elysée.

A noter, en fin, que la nouvelle monnaie "eco" ne concerne pas les 6 pays CFA de l'Afrique centrale, à savoir, le Cameroun, la République du Congo, la République centrafricaine, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad.

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