Fatma Bendhaou
20 Mars 2021•Mise à jour: 20 Mars 2021
AA/ Khartoum/ Adel Abderrahim
Le récent round des discussions égypto-soudanaises a débouché sur un certain nombre de concordances quant à la position des deux pays sur bon nombre de points et de problématiques d’intérêt commun.
Cette toute dernière étape de discussions a été entamée par le président égyptien Abdel Fatah al-Sissi avec une visite à Khartoum le 6 mars courant, la première depuis la formation du gouvernement transitoire soudanais en août 2019. Ces discussions ont été clôturées, par le Premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, les 11 et 12 mars au Caire.
Les questions d’ordre économique rythmant la relation entre les deux pays ont été à l’ordre du jour de ces discussions. Parmi ces questions, celle relative au barrage éthiopien de la Renaissance. L’Egypte et le Soudan ont, ainsi, exprimé leur vision commune sur ce dossier. Une position des deux pays qui fait suite à la rigidité d’Addis-Abeba exprimée à maintes reprises lors des négociations qui se poursuivent depuis 10 ans.
Sur un autre plan, les observateurs internationaux s’accordent à dire que l’Egypte et le Soudan avaient convenu au cours de ces discussions d’accélérer la mise en œuvre de projets économiques favorisant le partenariat entre eux.
A son retour du Caire, le secrétaire général du Congrès soudanais, Khalid Omar Youssef, avait qualifié lors d’une conférence de presse, cette visite d’historique. Une visite au cours de laquelle les deux Etats s’étaient mis d’accord sur un projet de raccordement électrique ainsi que sur la mise en place d’une ligne de chemins de fer reliant la ville égyptienne d'Assouan du sud du pays et la ville soudanaise de Halfa. Le Soudan disposera, ainsi, dans le cadre de ce projet, de 240 mégawatts d’électricité fournis par l’Egypte.
En ce qui concerne la visite du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi à Khartoum, les discussions tenues avec le général Abdel Fattah al-Burhan et Abdallah Hamdok, se sont articulées autour de la question du barrage éthiopien de la Renaissance. Addis-Abeba insistant sur un second recours au barrage, body_abstraction faite de la finalisation ou non d’un accord sur ce point avec ses deux voisins arabes. Le Caire et Khartoum campent, de leur côté, sur leur position consistant à la nécessité de la mise en place d’un accord tripartite sur la question.
Des tensions internes
Le rapprochement observé entre les deux pays coïnciderait avec des tensions internes auxquelles l’Egypte et le Soudan sont confrontés actuellement. En effet, le dossier des droits de l’homme n’est toujours pas résolu en Egypte alors que le Soudan fait face à une succession de crises économiques persistantes. Le vendredi 12 mars, 31 pays dont les Etats-Unis, ont, en ce sens, appelé Le Caire à libérer les opposants politiques emprisonnés en vertu de la Loi sur le terrorisme. L’Egypte a toujours rejeté ces accusations, ces opposants seraient, d’après le Caire, concernés par des accusations de crimes de droit commun.
Ce rapprochement avec le Soudan, permettrait à l’Egypte de bénéficier de l’énorme potentiel agricole soudanais. Dans une déclaration à AA, Abdel Munaam Abu Idriss, expert soudanais dans les affaires africaines avait déclaré qu’historiquement les rapprochements entre les deux pays avaient toujours été des rapprochements de circonstances dénués de tout aspect stratégique, en dépit des relations profondes entre les deux nations. Le Caire viserait, selon lui, à ouvrir de nouveaux marchés pour les produits égyptiens en Afrique de l’Est et à bénéficier, ainsi, de l’éventuel projet de ligne de chemins de fer dans la région.
« L’Egypte n’est pas contre une collaboration agricole avec le Soudan qui serait bénéfique pour son peuple, d’autant que le Soudan vise à optimiser l’exploitation de ses territoires agricoles », a-t-il ajouté en excluant le fait que le dossier du barrage éthiopien de la Renaissance soit un axe de rapprochement entre les deux pays arabes. « Un deuxième recours au barrage n’aurait pas d’impact sur l’Egypte qui est concernée par la convention du recours permanent au barrage lors des années de sécheresse, alors que le Soudan est sérieusement menacé par ce barrage, une problématique qui s’additionne à celle relative à l’échange d’informations avec l’Ethiopie », a-t-il précisé. En effet, Khartoum estime qu’un second recours au barrage de la part de l’Ethiopie, sans accord sur l’échange d’informations, menacerait 20 millions de Soudanais.
Le Triangle de Hala’ib et Chalatine
Lors de sa visite au Caire, Hamdok avait déclaré, d’après les observateurs internationaux, que les dirigeants des deux pays sont appelés à participer activement à la résolution des dossiers difficiles entachant la coopération bilatérale. L’Egypte serait ainsi contrainte à instaurer une coopération avec les pouvoirs civils au Soudan à l’instar de ce qui a été mis en place avec les pouvoirs militaires. Hamdok avait lancé, au cours de cette visite, un appel aux média égyptiens, les incitant à s’intéresser aux dossiers tabous dans les relations égypto-soudanaises dont le Triangle de Hala’ib et Chalatine.
Un appui occidental
Les observateurs internationaux s’accordent à dire que l’Egypte serait favorable à une collaboration avec les pouvoirs civils soudanais menés par Hamdok en raison de l’appui occidental dont dispose ce dernier dans le cadre de la transition au Soudan. Une transition supposée déboucher sur des élections en 2024. Amir Babakr, écrivain et expert politique soudanais estime, à ce propos, que la multiplication des visites des responsables des deux pays témoignerait d’un mécontentement égyptien quant à la récente ouverture soudanaise à l’international. Ce mécontentement serait accentué par l’intérêt américain pour le développement des relations politiques et économiques avec Khartoum ainsi que par les récentes visites de hauts cadres occidentaux au Soudan. Il s’agit, selon Babakr, de signaux positifs américains renforçant l’autorité civile soudanaise et facilitant la mise en place des élections prévues en 2024. Le Caire considère que cela ne pourra se faire sans prendre en compte la position égyptienne. Le Caire se considère, en effet, toujours d’après Babakr, comme étant un intermédiaire incontournable dans la politique étrangère de Khartoum.
*Traduit de l'arabe par Mohamed Maher Ben Romdhane