AA/Tunis/ Nadia Chahed
Dix-sept principales situations de violence ont accompagné les processus électoraux dans des pays du continent africain durant les dix dernières années, selon un recensement effectué par Anadolu.
Le dernier des affrontements violents est celui que connaît le Gabon,depuis l'annonce, mercredi dernier, de la réélection du président sortant Ali Bongo Ondimba à la présidentielle du 27 août dernier.
La victoire d'Ali Bongo,au pouvoir depuis qu'il a succédé à son père, Omar Bongo en 2009, se trouve contestée par son principal rival, Jean Ping, dont le camp demande un recomptage des voix en alléguant des fraudes massives dans la province du Haut-Ogooué (Est), fief de Bongo.
Les émeutes ont provoqué la dégradation ou la destruction de nombreux bâtiments publics. Une demi-douzaine de personnes sont mortes, quelques dizaines de blessés ont été enregistrés, de même que des centaines d'arrestations, principalement à Libreville et dans la capitale économique Port-Gentil, où la situation reste toujours sous haute tension.
Les violences actuellement en cours rappellent aux observateurs celles qui ont marqué le pays après la victoire contestée d'Ali Bongo, en 2009, qui avaient fait trois morts selon les autorités et pas moins d'une quinzaine selon l'opposition. Des bâtiments ont également été détruits ou incendiés à port-Gentil, la capitale économique du pays où les heurts se sont concentrés.
Ali Bongo avait été élu avec 41,73% des suffrages, devant André Mba Obame (25,88%) et Pierre Mamboundou (25,22%). Tous deux avaient contesté les résultats de l'élection dont ils s'estimaient vainqueurs.
2-Tchad:
L'opposition tchadienne n'a cessé depuis la proclamation des résultats de la présidentielle du 10 avril 2016, remportée dès le premier tour par le Président sortant, Idriss Deby Itno avec environ 60% des suffrages, de contester un scrutin erroné et marqué de "fraudes grossières".
Les contestations se sont ranimées de nouveau quelques jours seulement avant la prestation de serment d'Idriss Déby le 08 août dernier. Des manifestations organisées la veille de la cérémonie officielle se sont soldées par la mort d'un manifestant et la blessure de plusieurs autres.
Des violences avaient déjà éclaté au lendemain de la proclamation des résultats de la Présidentielle. Des bâtiments publics et des locaux relevant du parti au pouvoir avaient été saccagés notamment à Lere dans le sud-ouest du pays.
Arrivé en seconde position avec près de 13% des voix, Kebzabo, principal opposant de Déby, a dans une récente interview à Anadolu (juin 2016), annoncé "une lutte de long terme" qui fera usage "des instruments légaux, notamment des actions "républicaines".
3- Congo-Brazzaville
Dans ce pays où le président Denis Sassou-Nguesso cumule plus de 32 ans au pouvoir, l'opposition a choisi de multiplier les opérations ville-mortes, en contestation de sa réélection, dès le premier tour, à la présidentielle du 20 mars dernier.
La contestation s'est transformée en violences post-électorale avec l'attaque début avril, par des inconnus d'un poste militaire dans le sud de Brazzaville, qui a fait au moins 17 morts alors que plusieurs édifices publics ont été incendiés.
Le gouvernement congolais avait accusé la milice Ninga dirigée par le Pasteur Ntumi (ancien chef rebelle- désormais proche de l'opposition), d'être à l'origine des violences.
5-Ouganda:
Au pouvoir depuis trente ans, Yoweri Museveni a été réélu président de l’Ouganda le 18 février 2016 avec 60,75 % des voix, contre 35,37% pour son principal challenger, Kizza Besigye.
Jugeant ces résultats faussées, les sympathisants de l'opposition ont entamé un mouvement de contestation ponctué de violences qui a duré presque un mois faisant pas moins de 28 morts, des centaines de sans abris, essentiellement dans l'ouest du pays.
6-Burkina-Faso :
L'installation des nouveaux maires, élus à l'issue des élections municipales du 22 mai 2016 s'est accompagné d'une vaque de violences dans plusieurs localités du pays. Les affrontements enregistrés aussi bien entre militants de même parti que de partis adverses, ont fait au moins trois morts et plusieurs blessés.
Des mairies ont également été saccagées et incendiées dans plusieurs régions du pays. Cette crise post électorale a, par ailleurs, poussé au moins 700 personnes à se déplacer.
7-Bénin:
Au lendemain de l'annonce des résultats des Législatives tenue en avril 2015, confirmant la victoire du parti de Boni Yayi, président de l'époque, des émeutes ont éclaté à Cotonou sur fond d'arrestation d’un député de l’opposition par les autorités.
Alors que les forces de l'ordre s'étaient déplacées au domicile du député Candide Azannaï, président du parti "Restaurer l’espoir"(opposition) en vue de son arrestation pour "injures" contre le président, des sympathisants et des leaders de l'opposition s'étaient rassemblés près de son domicile pour contester cette arrestation.
La contestation a vite gagné d'autres quartiers de la capitale, des heurts avaient ensuite éclatés entre manifestants et forces de l'ordre, faisant plusieurs blessés selon des témoins oculaires. Des voitures de police ont, également, été incendiées par les manifestants.
8-Burundi :
Le président burundais Pierre Nkurunziza a été réélu vendredi 24 juillet 2015 dès le premier tour, avec plus de 69 % des voix, lors de la présidentielle tenue le 21 juillet.
Au Burundi les contestations et les violences ont démarré bien avant la tenue effective du scrutin et se sont poursuivies après. Le pays continue, à ce jour, à connaître des scènes isolées de violences, notamment des meurtres ciblés.
Dès l'annonce, le 25 avril 2015, de la candidature officielle de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, jugé "inconstitutionnel" par l'opposition et la société civile, une vague de contestations réprimées dans la violence a éclaté dans le pays. Le bilan de ces violences a atteint 700 morts, selon le dernier rapport du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) datant de juillet 2016. Le nombre des déplacés en dehors du pays a été, lui, de 288 734 personnes, selon le même rapport.
9-Guinée:
L’annonce des résultats du scrutin consacrant la victoire, dès le premier tour, à la présidentielle d'octobre 2015, d'Alpha Condé, avec 57.85% des voix, contre 31,44 % pour son principal challenger, Cellou Dalein Diallo, a déclenché une vague de contestations souvent ponctuées de violences.
Selon un rapport publié par l'ONG, Amnesty International, dix jours après la Présidentielle,"13 personnes ont été tuées dans des violences liées à la Présidentielle guinéenne".
Selon le même rapport, "ces homicides ont été commis entre le 08 et le 13 octobre, soit durant la période pré et post-électorale de la Présidentielle",
tenue le 11 octobre, avait précisé Amnesty.
L'ONG avait déjà mentionné dans un rapport précédent (septembre 2015) la recrudescence des violences électorales dans ce pays, indiquant que "plus de 350 personnes ont trouvé la mort dans des circonstances liées à des élections au cours des 10 dernières années en Guinée".
10- En novembre 2010 déjà la Guinée avait connu des violences post électorales avec un bilan allant de 7 à 14 morts selon les sources.Le deuxième tour de la présidentielle s'était soldé par la victoire d'Alpha Condé, candidat de l'opposition, avec 52, 52% des suffrages contre 47,48% pour l'ancien premier ministre, Cellou D. Diallo.
11-Zambie:
Deux jours après la Présidentielle, tenue le 20 septembre 2011, deux manifestants ont tués dans des émeutes post-électorales alors que les résultats n'étaient pas encore publiés.
Le scrutin a été remporté par Michael Sata face au président sortant, Rupiah Banda.
Contestant la lenteur de la proclamation des résultats, les partisans de Sata ont manifesté dans deux localités du centre-nord du pays, Kitwe et Ndola. Ils ont également saccagé des bus, des commerces, des voitures et des bâtiments de l'administration.
Après l'annonce des résultats donnant Sata vainqueur, le calme s'est rétabli
12-Nigeria:
Dès l'annonce de la victoire du président sortant Goodluck Jonathan, à la Présidentielle d'avril 2011, sur son rival, Muhammadu Buhari. Des émeutes ont éclaté, principalement dans le Nord d'où Buhari est originaire.
Selon l'ONG, HRW, au moins 165 personnes ont été tuées dans des violences pendant la campagne électorale ce qui a déclenché des émeutes et des tueries interconfessionnelles dans le nord du Nigéria, ayant fait plus de 800 morts.
13-République démocratique du Congo:
Fin 2011, les élections présidentielle et législatives, jugées entachées d'irrégularités par les observateurs internationaux, ont été précédées et suivies de violences.
Accusant les forces de défense et de sécurité de la RDC de "graves violations" des droits de l'Homme, un rapport de l'ONU, avait fait état d'une trentaine de morts. Le chef de l'Etat sortant Joseph Kabila a été officiellement réélu, mais l'opposant Etienne Tshisekedi, classé deuxième de la présidentielle, avait rejeté ces résultats.
14-Côte d'Ivoire:
Le pays a connu une grave crise née du refus de Laurent Gbagbo de reconnaître les résultats de la Présidentielle de fin 2010 donnant Alassane Ouattara vainqueur. Arrêté en avril 2011, après deux semaines de guerre et quatre mois de crise, Gbagbo a été incarcéré à La Haye où il est jugé par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité. La crise post-électorale a fait quelque 3.000 morts selon HRW.
15-Togo:
Après la victoire de Faure Gnassingbé à la présidentielle de mars 2010 avec 60,9% des voix, son principal challenger Jean-Pierre Fabre, a appelé ses partisans à rejeter cette "fausse victoire".
"Nous allons multiplier les manifestations. Je n'ai jamais eu l'idée de faire de la violence mais si on me vole je ne baisserais pas les bras", avait déclaré le candidat de l'opposition avant de descendre dans la rue accompagné de quelques 400 manifestants.
La manifestation a vite été dispersée par les forces de l'ordre, selon l'opposition, il y aurait eu plusieurs blessés.
16-Zimbabwe:
Après la victoire de l'opposition aux élections générales de 2008, les partisans de Morgan Tsvangirai, ont été la cible d'une vague de violences ayant fait 180 morts, selon Amnesty International.
Tsvangirai s'est retiré avant le second tour de la présidentielle et son rival, Robert Mugabe, a été réélu lors d'un scrutin qualifié de "farce".
En mars 2002, la présidentielle, remportée par Mugabe, avait elle aussi été marquée par des violences.
17-Kenya:
Les résultats des élections du 27 décembre 2007, donnant le président sortant, Mwai Kibaki, pour vainqueur ont été fortement contestées par les sympathisants de Raila Odinga, son principal challenger.
Les violences qui ont éclaté dans plusieurs quartiers de la capitale Nairobi et dans l'Ouest, ont fait quelque 1300 morts et plus de 600 000 déplacés, selon la Cour pénale internationale.
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