AA/ Tunis/ Mohamed Abdellaoui
Certains pays africains ont réussi à éviter le chaos en 2015, témoignant de la capacité du continent africain à se frayer un chemin sur la voie de la démocratie et de la stabilité.
Ceci étant, ces pays ont réussi l’organisation d’élections présidentielles pacifiques. Une avancée que le géopoliticien et africaniste Lucien Pambou, membre du comité de rédaction de la revue Géopolitique africaine, rattache à « un début de démocratisation des institutions en Afrique », dans un entretien avec Anadolu.
L’exemple le plus en vue ne serait autre que le Burkina Faso qui vient d’élire son président, après une période transitoire d’un peu plus d’un an. Laquelle période transitoire fut déclenchée suite au renversement de l’ancien président Blaise Compaoré par un mouvement de la rue, le 31 octobre 2014.
La route vers le salut au pays des hommes intègres était pourtant parsemée d’embûches. Le général Gilbert Diendéré du Régiment de la sécurité présidentielle (ex-garde de Blaise Compaoré) était aux commandes d’un putsch raté le 17 septembre, en vue de préserver tous les avantages de l’ex-garde présidentielle.
Mais il a fini par obtenir le résultat inverse de celui recherché, puisque le président de la période transitoire Michel Kafando et le Premier ministre Yacoba Isaac Zida arrêtés lors de la tentative de putsch par les hommes de Diendéré, ont finalement été libérés et l’ordre normal a été rétablit, sous pression de la communauté internationale. Ce putsch raté a, toutefois, engendré le report du scrutin présidentiel et les élections législatives du 11 octobre au 29 novembre.
Sacre de l’activisme de son peuple assoiffé de démocratie et de la sagesse d’une large partie de la classe politique : le Burkina est parvenu, le 29 novembre, à élire son nouveau président conformément aux règles et lois requises. Le candidat du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), Roch March Christian Kaboré a été élu dès le premier tour de l’élection présidentielle du 29 novembre, avec 53.46 % des voix, selon les résultats officiels.
Le nouvel homme fort du pays a promis de se remettre aussitôt au travail pour satisfaire les besoins des Burkinabé et jeter les fondements du progrès de son pays. Le peuple y a largement adhéré.
Quoiqu’il soit l’exemple le plus en vue, le Burkina Faso ne détient toutefois pas le monopole de la réussite. La Côte d’Ivoire a également fait sa marche. Alors que les pronostics faisaient allusion à une nouvelle crise électorale après celle de 2010-2001 qui avait opposé Alassane Ouattara au président sortant Laurent Gbagbo, faisant 3000 morts selon l’ONU, le scrutin du 25 octobre s’est déroulé pacifiquement et Pascal Affi Nguessan, candidat du Front populaire ivoirien et concurrent principal d’Alassane Ouattara a félicité ce dernier, qui a remporté les élections avec 83,66% des voix.
L’heureux élu a promis de consolider davantage le processus de réconciliation nationale et de poursuivre la relance économique de son pays, pour confirmer son statut de locomotive de l’Afrique de l’ouest.
L’éclosion des fleurs de la démocratie a, de surcroît, été perçue au Togo, où le chef de l'État sortant, Faure Gnassingbé, a remporté l'élection présidentielle au avec 58,75 % des suffrages exprimés contre 34,95 % des voix obtenues par son principal adversaire Jean-Pierre Fabre, selon la commission électorale. Un scrutin qui n’a enregistré aucun acte de violence notoire, malgré les tractations politiques qui l’avaient précédé.
Toujours en Afrique francophone, c’est le Bénin, qui en rajoute à l’euphorie. Les résultats des législatives du 27 avril, donnant le parti du président Boni Yayi, les Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE), vainqueur avec uniquement 33 sièges sur 83 contre 13 sièges pour le premier parti d’opposition, l’Union fait la Nation (UN), 10 places pour le deuxième, le Parti du renouveau démocratique (PRD) et 7 députés pour l’Alliance RB-RP (Les 20 députés restant proviennent de sept autres partis politiques), illustrent la transparence de l’opération électorale qui s’est déroulée dans de bonnes conditions. Plus, le président Boni Yayi ne se présentera pas à l'élection de 2016.
En Afrique anglophone, les expériences nigériane et tanzanienne sont aussi des exemples de réussite. Au Nigéria l’opposant Muhammadu Bouhari a en effet remporté les élections face au président sortant Goodluck Jonathan, avec 53,9 % de voix contre 44,96 %. Des résultats acceptés par toutes les parties prenantes.
En Tanzanie, le candidat du parti au pouvoir, John Magufuli, a été proclamé président de la République, le 29 octobre, à l'issue du vote du 25 du même mois, avec 58 % des voix. Une victoire confirmée par l’instance électorale malgré une certaine opposition, au départ, mais vite dissipée, de son concurrent principal, le candidat d'opposition et ex-Premier ministre tanzanien, Edward Lowassa.
Ce réveil démocratique perçu dans divers Etats africains ne peut être étudié en dehors de tout un contexte politique et socioculturel qui se veut le couronnement de toute une histoire riche en péripéties et soubresauts.
«Dans les Etats que vous citez, les leaders ont bien compris, après tant d’expériences vécues, que l’alternance vaut beaucoup mieux que la répression et la violence. Ils ont, ce faisant, admis que l’alternance est un moyen de construction politique, sociale et économique», analyse M.Pambou.
Si plusieurs pays sont parvenues à une alternance de pouvoir réussie, certains pays trébuchent encore.
Ainsi, au Burundi, les manifestations contre un troisième mandat "non-constitutionnel" de Pierre Nkurunziza déclenchées depuis avril dernier, ont fait des centaines de morts et engendré l'exode de plus de 200 mille Burundais vers les pays voisins.
En République démocratique du Congo, des difficultés persistent également en relation avec la présidentielle de 2016, vu qu’une large partie de la classe politique et de la population refuse la modification de la Constitution par le président Joseph Kabila pour se maintenir au pouvoir.
De même, au Congo Brazzaville, une certaine grogne se fait entendre du côté de l’opposition qui s’est opposée au référendum constitutionnel d’octobre pourtant approuvé à hauteur de 92,96% des voix.
Mais désormais, tous les regards sont tournés vers la Centrafrique, où des élections générales, maintes fois reportées, se tiendront mercredi et devront permettre au pays, qui a plongé dans le chaos depuis décembre 2013, de mettre fin à une période de transition de plus de deux ans, et envisager une reconstruction.
Seule l'année 2016 confirmera, "le réveil démocratique africain, malgré le trébuchement de certaines nations", présage l'analyste.