AA/ Ouagadougou/ Tunis/ Olympia de Maismont/ Safwene Grira
Le 31 octobre 2014, une insurrection populaire emportait le régime de Blaise Compaoré qui a régné pendant 27 ans sur ce pays enclavé d'Afrique de l'Ouest. Alors que l'alternance politique au Burkina n'était souvent que le résultat d'un nouveau coup d'Etat, "l'espoir de la démocratie" prend forme, aujourd'hui, après des élections générales (fin 2015) saluées par la communauté internationale et la mise en échec d'un putsch militaire en septembre 2015.
"Le pays des hommes intègres" doit pour autant savoir relever les défis sociaux et juguler le péril terroriste qui ont produit une certaine lassitude chez une partie de la population, et nourri une nostalgie de l'époque de Blaise Compaoré.
La menace sécuritaire:
"L’an deux de l’insurrection populaire se tient dans un climat de perception d’insécurité marquée par la résurgence d’éléments de l’ex-RSP [Régiment de sécurité présidentielle] et la succession d’opérations policières de « recherche active de recruteurs de personnes projetant de perpétrer des actes terroristes »", résume dans un communiqué diffusé lundi, le mouvement Balai Citoyen qui a pris une part active à l'insurrection du 31 octobre 2014.
Le 15 janvier dernier, à peine quelques semaines après l’investiture du nouveau président Marc Christian Kaboré, le Burkina est frappé par un attentat terroriste sans précédent qui fait 30 morts.
L’attentat de Ouagadougou revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) met la question de la sécurité au devant de la scène. D'autant plus que, depuis 2015, les frontières burkinabè font fréquemment l’objet d’attaques et d'incursions.
Si la plupart des attaques qui ont visé des postes de douane, de police ou de gendarmerie sont perpétrés par des hommes non identifiés, les deux dernières attaques (en septembre dernier et en octobre) ont été revendiquées par Daech.
Chassé du pouvoir en octobre 2014 après une insurrection populaire, l'ancien président burkinabè était connu pour être l'homme des médiations régionales. "Son départ a donc prêté le flanc du Burkina aux attaques de diverses groupes armés, qui avaient épargné jusque-là, le pays de Compaoré" a déclaré à Anadolu, Arona Ndiaye, enseignant de droit public à l'Université de Dakar.
Ndiaye rappelle que "tout au long de son règne, Compaoré a proposé ses bons offices à maintes reprises pour résoudre des crises politiques, ou même libérer des otages. Il a, à cette occasion, pu nouer des contacts avec ces groupes armés. Aujourd'hui, le Burkina est exposé, puisque les groupes armés n'ont plus de raisons de l'épargner"
"Parent pauvre" de la menace terroriste, et pourtant non moins dangereuses; les menaces de déstabilisation politique qui vise les institutions démocratiquement élues. Si le Burkina a fait échouer, en septembre 2015, grâce à l'action conjuguée de sa population et de ses forces de sécurité, un coup d'Etat mené par la garde prétorienne de Blaise Compaoré, le RSP, il n'est pas, pour autant, à l'abri de nouvelles menaces.
«Les enquêteurs de la police judiciaire ont découvert la préparation en cours d’un vaste complot qui visait la déstabilisation des institutions de la république et de la prise du pouvoir par la force des armes » a déclaré Simon Compaoré, Ministre de la sécurité intérieure lors d’une conférence de presse tenue il y a une dizaine de jours.
Selon Compaoré, une trentaine d’hommes "composés essentiellement de sous-officiers et de militaires de rang de l’ex RSP" prévoyaient d’attaquer la caserne de gendarmerie de Ouagadougou, la maison d’arrêt et de correction des Armées (MACA) pour libérer des détenus, de séquestrer certaines autorités et finalement de « s’attaquer à la Présidence Kossyam pour prendre le pouvoir par les armes».
Les défis sociaux:
Sur le plan économique et social, le «réel changement» promis en campagne électoral et tant attendu par la population tarde à se faire sentir. «Il n’y a plus de marché», « l’argent ne circule plus comme avant » sont des phrases qui deviennent de plus en plus récurrentes.
Une nostalgie de l'ère Compaoré se fait de plus en plus sentir dans ce pays dépourvu de ressources naturelles et où le PIB par habitant dépasse à peine 630 USD, selon le dernier classement du Fonds monétaire internationale (FMI). Dans ce rapport publié en octobre 2015, le Burkina Faso occupait la 16ème place des pays les plus pauvres de la planète.
Dans un pays où tous les secteurs (éducation, santé, accès à l’eau, à l’électricité, relance de la machine économique, sécurité, etc.) sont prioritaires, le pouvoir est de plus en plus critiqué pour son "inactivité".
Adama Tapsoba, secrétaire général de l'association des blessés de l'insurrection populaire(ABIP) témoigne, à travers le combat que mène sa structure, de ce climat social tendu.
"Nous demandons au gouvernement que les blessés de la révolution [au nombre de 250] en attente de soins soient pris en charge. Après l'insurrection d'octobre, les blessés n’ont pas eu les soins appropriés. Nous demandons au gouvernement de faire en sorte que ceux qui ont perdu leur emploi suite à l'insurrection d'octobre puissent retrouver un travail", a-t-il déclaré à Anadolu.