Lassaad Ben Ahmed
02 Décembre 2019•Mise à jour: 03 Décembre 2019
AA / Dakar / Alioune Ndiaye
Les chefs d'Etat ouest-africains présents à la conférence internationale sur la dette et le développement durable, ouverte lundi à Diamniadio (Dakar), ont porté un regard critique sur les taux d'investissement et de dettes imposés à l'Afrique.
"Lorsqu'il s'agit d'investir en Afrique, la perception du risque est toujours exagérée, les notations sont exagérées, ce qui a pour conséquence immédiate le renchérissement de l'investissement", a souligné le président sénégalais Macky Sall.
"Nous devons travailler à déconstruire cette perception largement répandue en matière d'investissement et d'endettement", a expliqué le président sénégalais, considérant que cette perception demeure infondée.
"La dette publique (africaine) est passée de 35% au début des années 2000 à 55% du PIB en 2016. Sur la même séquence temporelle, la tendance foncière a été confirmée au niveau global. L'endettement public et privé global a atteint en 2018 un niveau record de 84 mille milliards de dollars, soit 225% du PIB mondial", a-t-il ainsi justifié.
C’est la raison pour laquelle les bailleurs de fonds appliquent un taux d’intérêt exagéré, a regretté, de son côté, Patrice Talon, président du Bénin, déplorant le refus des débiteurs de procéder à un crédit long terme pour l'Afrique.
Sur cette même idée, il a été rejoint par le président ivoirien, Alassane Ouattara, qui a regretté, l'absence de crédit sur le long terme pour les Etats africains.
"Il y a une mauvaise perception de l'Afrique. On ne nous fait pas de crédit long", a soutenu le président ivoirien, d'avis que l'Afrique doit bénéficier "d'emprunts concessionnels".
Pour le président togolais, Faure Gnassimbé, la tenue de la conférence est un pas important dans ce combat.
"Avoir le courage et l'audace de mettre ces points sur la table des partenaires est important, car il faut que cela change", a-t-il dit, considérant la dette comme un impératif pour porter le développement de l'Afrique vers le haut.
Marc Kaboré président du Burkina Faso et son homologue nigérien, Mahamadou Issoufou, ont porté le même regard sur la dette.
Kristalina Georgieva, la nouvelle directrice générale du FMI qui fait son premier voyage en Afrique avec cette rencontre, a encouragé l’investissement dans les infrastructures et les populations.
"Il est important d'investir dans des projets qui peuvent booster l'économie et aider à atteindre les objectifs de développement", a-t-elle précisé, tout en affirmant un nouveau départ entre l’Afrique et le FMI suite à la rencontre.
"Développement durable et dette soutenable : trouver le juste équilibre" est le thème de la conférence.
Des débats autour de thèmes sur "la soutenabilité de la dette", "l'accroissement des investissements privés et étrangers", "le renforcement des efforts des partenaires au développement", "comment rendre le financement privé réellement transformateur", "comment peut-on mieux dépenser et mieux financer l'investissement", se poursuivent lors de la rencontre d'un jour dans la capitale sénégalaise.