Afrique

Déploiements français en Afrique : plus qu'une présence, des implantations permanentes

- A travers des bases permanentes ou temporaires, la présence française est justifiée par des conventions bilatérales de défense ou à travers les missions onusiennes ou de l'Union européenne

Lassaad Ben Ahmed   | 23.07.2019
Déploiements français en Afrique : plus qu'une présence, des implantations permanentes

Congo, The Democratic Republic of the


AA / Pascal Mulegwa

Malgré l’existence de textes universels reconnaissant le droit des peuples à l’émancipation et à l’autodétermination, en l’occurrence la Charte des Nations Unies de 1945, les puissances coloniales ont maintenu une présence militaire dans plusieurs pays après l’octroi de leurs indépendances.

Cette présence armée est souvent justifiée par l’existence de menaces sécuritaires ou terroristes pesant sur la stabilité nationale et régionale des pays d’accueil. Un pays comme la France ne dissimule pas, pour autant, l'existence d'intérêts qu'elle défend, non seulement en Afrique, mais un peu partout dans le monde.

Sur le plan légal, les différentes interventions militaires sont adossées à des conventions bilatérales autorisant le déploiement de troupes, que ce soit de façon temporaire ou permanente.

En Afrique, les troupes françaises couvrent d’importantes étendues territoriales, allant de l’océan Indien jusqu’à l’Atlantique et ce, soit dans un cadre bilatéral à travers des accords de défense, soit dans un cadre multilatéral, à travers les missions onusiennes ou de l’Union européenne.

De Djibouti au Sénégal en passant par le Tchad, le Mali et le Gabon, la France quadrille le continent du Sahel à la Corne de l’Afrique.

Malgré une présence conséquente, quelques régions lui échappent à l’instar de l'Afrique australe ou l'Afrique du Nord, où l’armée française ne s’est pas rendue depuis la fin de l’ère coloniale.

Selon les informations communiquées sur le site du ministère français de la Défense, seules 4 bases sont permanentes en Afrique.

Cependant, des bases temporaires sont créées à l’occasion d’opérations ponctuelles, mais qui s’inscrivent parfois dans la durée à l’instar de l’opération Barkhane dans le Sahel africain, qui perdure depuis 2014, et dont la mission consiste à lutter contre le terrorisme et le crime organisé.
[Infographie] Déploiements militaires français en Afrique

-Les bases permanentes 


Les bases permanentes sont implantées dans la Corne de l'Afrique et sur la côte occidentale du continent avec un accès direct sur l'océan Atlantique.

Au nombre de 4, au total, elles comptent plus de 3 000 soldats français.

1- La base de Djibouti, disposant d’une logistique imposante, allant jusqu'à un détachement aérien, la FFDJ, est la plus importante base militaire française sur le continent.

Déployée en 2010, elle n'a été formalisée que par un accord de coopération conclu fin 2011 entre le Djibouti et la France.

Avec 1450 soldats, cette base, située au port militaire français de la capitale djiboutienne, constitue un point d'appui à tous les navires de guerre selon l'Etat-major général français.

Cette base est hautement stratégique. Essentiellement navale, elle couvre la région et procure un accès garanti sur l'océan Indien.

2- La deuxième base militaire la plus importante de l'armée française en Afrique se trouve en Côte d'Ivoire et compte 900 soldats.

La base française de Côte d'Ivoire constitue une plateforme stratégique, "opérationnelle et logistique" majeure sur la façade ouest-africaine, indique l'ambassade française d'Abidjan sur son site.

L’ambassade précise que les troupes déployées "sont en mesure d’intervenir sur un très court préavis sur toute l’Afrique de l’Ouest".

3- La troisième base permanente de la France en Afrique se situe au Gabon, avec un détachement de 350 soldats.
Les troupes françaises sont principalement logées au Camp De Gaulle près de l'aéroport de Libreville et constituent un réservoir de forces pré-positionnées en Afrique.


4- Au Sénégal, enfin, les troupes françaises, totalisant 350 hommes également, sont implantées au quartier à Ouakam et au port militaire de Dakar.

Elles disposent également d’une escale aérienne à l’aéroport militaire de Dakar-Senghor.

"À ce titre, elles maintiennent en alerte des moyens pour soutenir les opérations menées en Afrique de l'ouest et en Afrique centrale", explique la défense française sur son portail.


-Les opérations extérieures (OPEX)

Si dans son déploiement permanent la France couvre les régions côtières, elle n'ignore pas moins le Sahel par un arsenal aussi important, notamment à travers Barkhane.

C'est l'une des régions où « l’Europe rencontre l’Afrique, et là où l’Afrique rencontre le Moyen-Orient », affirme Comfort Ero, de l’International Crisis Group (ICG) pour l'Afrique.

C'est par là que passent hommes et femmes qui traversent le Sahara puis la Méditerranée pour rejoindre l’Europe.

C'est surtout une zone d’instabilité, où al Qaida, Daesh (El) et Boko Haram trouvent un terrain propice à leurs manœuvres, profitant d'un vide administratif et sécuritaire.

La force Barkhane, érigée par la France au Sahel depuis 2014, compte 4.500 soldats qui mènent des opérations en soutien aux forces des cinq pays de la région, à savoir, le Burkina Faso, le Mali, le Niger, la Mauritanie et le Tchad.

Officiellement, la spécificité de Barkhane consiste à venir en aide aux pays concernés, en attendant l’opérationnalisation complète de la force G5 Sahel qu’ils ont créée.

L’envergure et les missions des effectifs déployés dans cette zone diffèrent, tout comme les implantations.

Au Mali, par exemple, les forces françaises sont engagées dans la lutte contre le terrorisme et les groupes armés qui sévissent dans le nord et le centre depuis 2014.
La grande partie de cette région échappe au contrôle de Bamako.

Mercredi 10 juillet 2019, lorsque le ministère français des Armées a annoncé l'inauguration d'une base militaire temporaire à Gossi sur l’axe Bamako-Gao, il a annoncé un objectif bien précis : couper les pistes de ravitaillement et de communication des groupes terroristes entre le Mali et le Burkina Faso.

Carrefour économique important du centre du Mali, cet axe constitue le nœud de ravitaillement pour les groupes terroristes.

Alors que la France a établi en août 2014 à N’Djamena (Tchad) l'état-major de l’opération Barkhane, la capitale burkinabé, Ouagadougou, « reste le cœur du réacteur nucléaire du dispositif français dans la zone », affirme au quotidien français, Libération, Jean-Christophe Notin, spécialiste des questions militaires.

Parmi les interventions les plus importantes de la force Barkhane, figurent des raids menés par l’aviation française basée à N’Djamena, début février 2019 au nord du Tchad, contre une incursion rebelle composée de plus de 40 pick-up, qui avaient l’intention de renverser le président Idriss Déby Itno.

Une autre opération d’envergure a été conjointement menée par Barkhane et les forces armées maliennes, mi-juin à Menaka dans le centre du Mali, permettant la neutralisation d’une vingtaine de terroristes et la récupération de plusieurs armes et munitions.

D'autres opérations éclair, sont menées en fonction de l'évolution de la situation sur le terrain à l'instar de l'intervention commando, conjointement menée par les forces françaises et burkinabè pour sauver des otages au Burkina Faso, mi juin dernier.


L'armée française est habituée au contexte africain. Elle a déjà pris part à de nombreuses autres interventions dans plusieurs pays notamment en Afrique centrale et dans la zone sahélo-saharienne.

Grace à leurs bases permanentes, les forces françaises ont pu intervenir en République démocratique du Congo (RDC) sous la bannière de l'Opération « Artemis » décrétée par l'UE durant la deuxième guerre du Congo (1998 - 2003).

La France commandait l'opération pour mettre fin à la guerre civile en Ituri dans le nord-est congolais après que des affrontements entre bandes armées ont fait plus de 60 000 morts.

Les troupes françaises sont intervenues dans les Comores d’où ils ont chassé Bob Denard, un mercenaire français impliqué dans de nombreux coups d'État en Afrique.

Elles avaient débarqué en Somalie, en Libye et en Côte d'Ivoire en 2009, mais également au Mali dans le cadre de l'opération « Serval » contre l'assaut des terroristes sur Bamako.

Parmi les pays dans lesquels les forces françaises ont achevé une mission, figure la République centrafricaine, un territoire qui a déjà connu de multiples interventions françaises.

La France y avait lancé d'urgence une opération dénommée « Sangaris » en 2013 pour stopper la spirale de tueries intercommunautaires dans ce pays.

Mais trois ans après, en 2016, cette opération a officiellement pris fin avec un bilan mitigé.

Cependant, la France a maintenu « une force de réserve tactique de 350 soldats » au sein de la mission des Nations Unies en Centrafrique ( Minusca) pour accompagner le processus de paix dans cette ancienne colonie, riche, où l'on exploite le diamant et l'uranium.

Quels enjeux ?
« Les enjeux sont surtout économiques », éclaire Thierry Mwepu, professeur et géopoliticien à l'université de Kinshasa.

« La majorité des pays où sont déployés des soldats français sont des pays qui regorgent d’intérêts économiques ou démographiques de la France », ajoute-t-il, affirmant que « les plus importants » investissements français en Afrique sont logés dans les pays du Sahel.

La présence militaire française « est aussi l'héritage d’un passé colonial, la France joue encore le rôle de puissance militaire en Afrique. Et les accords de défense ne font que justifier, au plan juridique, l’ingérence militaire dans ses anciennes colonies », analyse -t-il.

Paris affirmait avoir réduit le nombre de ses troupes sur le sol africain depuis la moitié du XXe siècle, mais cette réduction s’est, en réalité, accompagnée d’un « dispositif privilégiant des moyens de projection importants depuis la métropole, des implantations plus légères sur place et le renforcement des forces spéciales », selon le professeur congolais, soutenant la théorie de l'auteur français Raphael Granvaud.

Cette stratégie consistait à « diminuer nos effectifs tout en augmentant notre présence », déclarait Jean-Yves Le Drian, alors ministre français de la Défense sous François Hollande.

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