Afrique

Congo: De l’ancien port d'embarquement des esclaves de Loango, il ne reste que des vestiges

Le royaume de Loango (à 20 km de Pointe-Noire) était, au XVIIIème siècle, un centre important de la traite des Noirs, commencée dès le XVIème siècle en Afrique

Slim Jerbia   | 22.06.2017
Congo: De l’ancien port d'embarquement des esclaves de Loango, il ne reste que des vestiges

Brazzaville

AA/Pointe-Noire/Rosie Tshanda

Au port de Loango, localité située dans la sous-préfecture de Hinda, dans le sud-est du Congo, à quelques 20 km de Pointe-Noire, il règne une étrange atmosphère. Le temps semble s’être figé, tandis que les rares vagues se baladent au rythme de la monotonie.

Pourtant, au XVIIIe siècle, le royaume de Loango était un centre important de la traite des Noirs, commencée dès le XVIème siècle en Afrique.

C'est d'ailleurs par ce port de Loango qu’ont embarqué plus de 2 millions d’esclaves venus d’une partie du golfe de Guinée (qui constituent aujourd’hui le Tchad, l’Angola, le sud du Gabon et la République Démocratique du Congo et l’actuel République du Congo, en partance pour les Amériques.

De cette terrible page de l’histoire, il ne reste aujourd’hui que des vestiges. Le site historique tombé en désuétude, ne semble intéresser que peu de monde.

Sur les lieux, le conservateur du Musée de Laongo, qui sert aussi de guide aux rares âmes qui s’y aventurent, raconte, au fil des pas, l’histoire de ce lieu désormais habité par la végétation sauvage.

A l’entrée du musée, une photographie ancienne illustre le funeste passé. «Ici, l’on peut voir trois manguiers qui servaient de comptoir avant le rituel autour de l’arbre de l’oubli et l’arbre de retour, symbole d’un éventuel retour de l’esprit du défunt à Loango une fois mort aux Amériques », raconte à Anadolu Kimfoko Madoungou, conservateur du musée.

« Ce comptoir n’a pu résister aux temps et multiples caprices de dame nature. En ce lieu, une stèle fut érigée en 1897 par l’explorateur français Pierre Savorgnan de Brazza, comme pour matérialiser l’existence du comptoir », poursuit-il.

« L’explorateur fit construire une stèle de près de 7 mètres que voici, ou du moins ce qui reste d’elle. Elle s’est effondré toute seule en février 2002. A l'époque, les esclaves étaient sommés de faire 9 tours avant d’emprunter la piste qui menait à l’embarcadère », montre encore le guide.

Une piste désormais habitée par les herbes, et qui mène à une étendue calme de la baie de Loango, aujourd’hui menacée par la montée des eaux de la mer et des érosions.

Sur le rivage, quelques cabanes isolées, symbolisent encore un peu de vie.

« Je suis choqué de voir l’état dans lequel se trouve ce site. Il est regrettable de ne pas le voir valorisé comme celui de l’île de Gorée au Sénégal, alors que ce port a vu bien plus d’esclaves passer là », commente avec émotion, Roger Henri Ndombo, visiteur du site.

Ce constat établit par plus d’un visiteur, sonne comme un cri d’alarme à l’endroit des autorités congolaises. « Il faudrait vraiment prendre en compte ce site historique et sa valorisation comme lieu touristique », insiste Ndombo.

Interrogé à ce sujet, Samuel Mabandza, Directeur Départemental du Patrimoine dans le département du Kouilou (sud-est) assure à Anadolu que « l’Etat congolais n’est pas insensible à cette situation ».

« Il est d’ailleurs prévu la construction d’une cité africaine des arts entourée de musées en plein air, afin de valoriser l’ancien port d’embarquement des esclaves. Une action bénéficiera également aux communautés locales », confie-t-il, sans fournir de détails quant à la date du démarrage du projet.

Un espoir, pour les communautés locales qui se plaignent régulièrement du manque d’intérêt des populations ponténégrines pour ce lieu historique, qui, vit l’engloutissement de millions d’âmes au fil des ans.

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