Afrique

Centrafrique: Qui sont les "3 R" qui terrorisent les populations du Nord-ouest

Nadia Chahed   | 04.10.2017
Centrafrique: Qui sont les "3 R" qui terrorisent les populations du Nord-ouest

Bangui

AA/Bangui/Sylvestre Krock 

Dix-huit mois après l’accession de Faustin Touadéra au pouvoir, la situation sécuritaire en République centrafricaine n’est toujours pas reluisante, avec des regains de tensions fréquents et des déplacements massifs de la population.

Parmi les groupes qui font de plus en plus parler d'eux durant les derniers temps, celui des 3R (Retour-réclamation- réhabilitation), dirigé par le général auto-proclamé camerounais Abass Sidiki, et sévissant dans la préfecture de l’Ouham-Pendé dans le Nord-ouest de la RCA (frontalier avec le Cameroun).

Ce mouvement 3R qui se définit comme étant le défenseur de la communauté Peul, arrive au deuxième rang en termes d’atteintes aux droits humains dans le fichier de la Mission onusienne en RCA (Minusca), a indiqué dans une récente déclaration à la presse Vladimir Monteiro, porte-parole de cette mission.

Il a vu le jour à la fin de 2015 pour protéger la communauté Peul, minoritaire dans la région, contre les attaques des milices anti-Balaka, l’un des deux principaux groupes armés ans le pays ces dernières années, précise, de son côté l’organisation Human Right Watch dans un rapport publié en 2016.

Opposant au régime de Yaoundé, Abass Sidiki a buté contre la résistance farouche de la Brigade d’intervention rapide (BIR) du Cameroun, avant de se retrancher avec ses hommes dans l’Ouest de la RCA dans l’intention d’y faire une base arrière, précisent d’autres sources locales.

Le Commandant Armel Mingatoloum Sayo, fondateur du mouvement de résistance préfectoral « Révolution-justice »(RJ), établi dans l’Ouham-Pendé confirme dans une déclaration à Anadolu, l’arrivé des 3R dans cette localité « vers la fin de l’année 2015, en pleine période électorale en Centrafrique ».

"Après s’être installé dans les Sous-préfectures de Koui et Ngaoundaye (Ouest), il occupe, aujourd’hui, la Sous-préfecture de Bocaranga, où il a établi son quartier général dans le village Ngaoui, étendant sa zone d’influence jusqu’à Niem-Yéléwa dans la préfecture de la Nana Mambéré", précise Sayo.

Brandissant la cause des peuls comme sa raison d’être le mouvement de Sidiki déplore, notamment, les déplacements massifs de cette communauté, principalement des éleveurs, vers les pays voisins, le Cameroun, le Tchad et en RDC.

Le mouvement de Abass Sidiki viserait, donc, le retour des peuls avec leurs troupeaux et leurs familles, et le rétablissement de leurs droits et de leurs propriétés, poursuit Sayo.

D'ailleurs la composition du mouvement de Sidiki correspond à l’objectif qu’il s’est fixé, à savoir la cause des peulhs. Car, précise la même source le mouvement est composé des peulhs du Cameroun, du Niger et de la RCA.

Pour justifier les nombreuses exactions perpétrés par ses hommes, Abass Sidiki évoque les attaques des Anti-balaka et autres voleurs de bétails contre les campements des éleveurs peuls, ont indiqué à Anadolu des parlementaires qui l’ont rencontré lors d’une mission Bocaranga.

Des arguments rejetés et dénoncés par la classe politique centrafricaine. Anicet Georges Dologuélé, candidat malheureux au 2ème tour de la présidentielle indique à ce propos qu’en mars dernier, les députés de l’Ouham-Pendé ainsi que ceux d’une partie de la Nana Mambéré concernés, ont diligenté une mission parlementaire dans les circonscriptions électorales occupées par ces mouvements où ils ont rencontré tous les protagonistes.

La délégation a notamment exhorté Sidiki, à tenir les autorités informées en cas de tels incidents ou de vols afin qu'ils trouvent des solutions pacifiques à tous ces problèmes. Des efforts qui sont restés vains, déplore encore Dologuélé, notant que les tueries et les massacres contre les populations ( enfants, femmes, et civils) se poursuivent.

Un avis partagé par le député de Bocaranga 3, Martin Ziguélé qui s’étonne que des mouvements qui ont signé l’accord de paix continuent à occuper des villes et à terroriser la population civile.

Le mouvement 3R fait, en effet, partie des treize (13) groupes armés ayant adhéré au processus de Désarmement, démobilisation, réinsertion et rapatriement (DDRR).

Fait qui ne l’a pas empêché d’attaquer, vers la fin du mois de septembre dernier la ville de Bocaranga, provoquant un nouveau déplacement massif de populations civiles vers Bozoum, chef-lieu de la préfecture de l’Ouham-Pendé où hommes, femmes, enfants, et personnes âgées continuent d’affluer dans la paroisse Saint Michel.

Selon la Minusca ces attaques ont poussé 23 000 personnes à se déplacer dont 15 000 de Bocaranga et 8 000 de Koui.
Sur place à Bocaranga, c’est la désolation, les populations sont livrées à elles-mêmes en l’absence d’humanitaires.

Seule la Caritas, une ONG catholique humanitaire, continue à assister les populations et accueillir un petit nombre de déplacés, a déclaré à Anadolu, le père Luc Deelft, secrétaire exécutif de la Caritas.





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