Mohamed Hedi Abidellaoui
02 Février 2017•Mise à jour: 03 Février 2017
AA/ Rutshuru (RDC)/ Joseph Tsongo
Pour réconcilier les ethnies dans l’est congolais, rien de tel que de suivre ensemble un match de football, en soutenant une seule et même équipe.
A Kiwanja, importante agglomération du territoire de Rutshuru, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), les habitants pour qui la priorité est de suivre et gagner le match, l’expérimentent ces derniers temps, surtout que la RDC a bien démarré la Coupe d’Afrique des Nations (CAN2017) au Gabon (14 janvier-05 février). Plus besoin de discuter pour s’entendre. Dans le feu de l’action, chacun oublie qui est Nande ou Hutu (ethnies congolaises), l’essentiel étant que la victoire revienne aux Léopards (l’équipe nationale de la RD Congo).
En cas de victoire, l’ambiance est bien différente des temps passés où les suspicions perduraient. Du coup, on se retrouve entre amis et complices indépendamment de l’origine ethnique.
Après les pires moments vécus dans cette partie de la RDC, en raison de tensions interethniques, le seul endroit où l’on se sent encore en sécurité abrite une petite lucarne et des supporters en parfaite communion avec les défenseurs des couleurs nationales.
Pour cette fois-ci, Hutus et Nandes se côtoient à longueur de journée sans heurts, en attendant le coup d’envoi du match, surtout lors qu’il s’agit d’une rencontre des Léopards de la RDC. Des maisons de particuliers équipées d’un téléviseur avec une antenne parabolique, des salons de coiffure ou encore des bistrots grouillent souvent de monde.
Ici, chacun doit se débrouiller pour regarder le match, peu importe l’endroit ou la condition : « On ne se souvient plus parfois qu’on est allé regarder le match chez un Nande. Et lorsque c’est notre équipe qui gagne, on a le temps de partager ensemble un verre d’eau oubliant qui est Hutu et qui est Nande ! », témoigne Maniraguha Kwendera, un vieux de la communauté Hutu, disant que l’essentiel n'est autre que la victoire des Léopards.
* Un vent d’optimisme souffle déjà
Mardi, peu avant le match contre le Togo, les supporters tatoués aux couleurs du drapeau national, annonçaient la couleur. « Tu vois, les connotations Hutu ou Nande ont disparu. Pour l’instant, nous avons compris que nous sommes tous Congolais et rien d’autre. L’ambiance de la CAN a vraiment aplanie nos divergences et nous croyons que cela va continuer ainsi même après la coupe d’Afrique des Nations», augure la fan Kavira Philomène de la communauté Nande. Son slogan étant assez révélateur : « Une CAN-une nation(RDC)-une victoire ».
« Des gens de la communauté Hutu viennent chez moi pour regarder les matchs à la télévision. Pendant ce temps, nous discutons ensemble et livrons des pronostics, nous fêtons tous la victoire de nos Léopards et regrettons ensemble toute défaite. Autrefois, nous nous regardions en chiens de faïence à cause des préjugés et stéréotypes», raconte Manase Kakule, un notable Nande, la cinquantaine.
La CAN semble, au demeurant, faire des miracles dans cette région embrasée de la République démocratique du Congo, une région en proie à des conflits interethniques. Les ennemis et belligérants d’hier se rapprochent aujourd’hui, défendent les mêmes couleurs et oublient les velléités de divisions ethniques et régionales.
« Je suis avec un groupe de 3 Hutu et 2 Nande, pendant les préparatifs de la CAN, nous avons mobilisé un capital de 300 dollars USD pour ouvrir une petite salle de projection. Des supporters de tous bords viennent ici regarder les matchs, nous nous entendons parfaitement», témoigne Jérémie.
Et le supporter Benito de confirmer : « Les débats politiques n’épanouissent que ceux qui ont été à l’école, notre épanouissement à nous dépend toutefois du petit ballon rond».
L'aventure des Léoprads de la RDC à la CAN s'est achevée par une défaite face à l'équipe du Ghana (1-2) pour le compte des quarts de finale.