Afrique

Côte d'Ivoire : La filière anacarde est-elle en danger?

- Avec en moyenne 700 mille tonnes par an, la Côte d'Ivoire fournit aujourd'hui 22% de la production mondiale et 50% de la production de l'Afrique de l'ouest.

Nadia Chahed   | 15.05.2018
Côte d'Ivoire : La filière anacarde est-elle en danger?  ( Cyrille Bah - Anadolu Ajansı )

Abidjan

AA / Abidjan / Henri Demarie

L'anacardier introduit en Côte d'ivoire pour lutter contre la déforestation est devenue un véritable produit de spéculation ces dernières années.

L’anacardier est un arbre tropical de 6 à 12 mètres de haut.

Son fruit prend naissance à la fin de la saison sèche. C’est une sorte de coque âcre et toxique qui abrite une amande blanche, comestible, appelée noix de cajou.

La campagne 2018 de la filière anacarde qui s'est ouverte le 15 février 2018 en Côte d'Ivoire, avec un prix à la production fixé à 500 francs CFA (0,9 dollar) le kilogramme reste grippée, trois mois après son lancement.

Et les producteurs de dénoncer une mévente de leur production sur le territoire ivoirien.

En effet, selon ces derniers chiffres, à peine 40% des stocks d'anacarde ont été vendus en un trimestre pour le compte de la campagne 2018, contre 80% à 90% à la même période en 2017.

Un problème lié surtout au prix «bord champ» de 500 FCFA/KG (0.9 usd), jugé trop bas par les producteurs.

"Le prix bord champ dans d'autres pays de la sous-région est le double de celui de la Côte d'Ivoire", a déclaré à Anadolu Adama Bamba, président de la Fédération nationale des producteurs de l'anacarde de Côte d'Ivoire.

Par exemple, a-t-il précisé, "au Burkina Faso il est à 900 francs CFA/kg (1,6 dollar), au Ghana et en Guinée Bissau l'anacarde est à 1000 francs CFA/kg (1,8 dollar). Et c'est vraiment déplorable".

Cette situation favorise la fuite de la production ivoirienne d'anacarde vers certains pays de la sous-région ouest-africaine.

En effet, 200 mille tonnes ont déjà été vendues illégalement au Ghana, dans ce sens, de février à avril 2018, d'après les statistiques de la Fédération nationale des producteurs de l'anacarde de Côte d'Ivoire.

Or la Côte d'Ivoire vise une production de 750 mille tonnes en 2018.

"Cet objectif sera difficilement réalisable si les gouvernants ne prennent pas des mesures concrètes dès maintenant. Car si la situation perdure, la Côte d'Ivoire bien que premier producteur mondial, pourrait perdre sa place au profit d'autres pays limitrophes et cela causera un manque à gagner à notre économie", a confié à Anadolu, l'économiste Moussa Diomandé.

Pour apporter des solutions adéquates aux défis de la filière anacarde, les 450 mille producteurs d'anacarde que compte la Côte d'Ivoire ont mis en place une interprofession le 21 avril 2018.

Elle sera le vis-à-vis des producteurs auprès des autorités.

Elle aura pour rôle de former les producteurs à une production de qualité et de surveiller d'éventuelles fuites des produits vers les pays voisins.

L'interprofession cherchera, également, à donner une valeur ajoutée à l'anacarde par la transformation en plusieurs produits dérivés.

"L'avenir de la filière anacarde nous inquiète c'est pourquoi tous les acteurs doivent désormais parler d'une seule voix. La naissance de l'interprofession est vraiment la bienvenue", a affirmé à Anadolu Adama Bamba, président de la Fédération nationale des producteurs de l'anacarde de Côte d'Ivoire.

"Nous devons, donc, travailler à ce que la filière anacarde ne tombe pas en lambeau comme celle du café, dans un passé récent", a-t-il prévenu.

Premier producteur mondial d'anacarde depuis 2015, avec en moyenne 700 mille tonnes par an, la Côte d'Ivoire fournit aujourd'hui 22% de la production mondiale et 50% de la production de l'Afrique de l'ouest, selon les autorités ivoiriennes.

Le pays a même bénéficié le 10 avril 2018 d'un prêt de 200 millions de dollars (100 milliards de francs CFA) de la Banque mondiale pour une meilleure promotion de la filière anacarde.

"Nous visons une transformation de 30% de noix de cajou d'ici à 2020, même si aujourd'hui c'est à dire en 2018 cette transformation est de 6%", a confié à Anadolu Adama Coulibaly, directeur général du Conseil coton-anacarde.

Il a expliqué que ce type de financement permettra d'installer en 2018 une capacité de transformation de 200 mille tonnes de noix de cajou. "Nous sommes sur le bon chemin et restons confiants que la filière anacarde connaîtra un dynamisme nouveau très bientôt", a-t-il affirmé.

Pour rappel, l'anacarde est le troisième produit d'exportation de la Côte d'Ivoire après le cacao et l'hévéa. Une proportion de 90% de la production d'anacarde du pays est exportée à l'état brut vers l'Inde, le Brésil et le Vietnam.

C'est un secteur qui emploie environ 2 millions de personnes dont 83% d'hommes et 17% de femmes.

Les recettes d'exportations avoisinent 200 milliards de francs CFA, soit 400 millions de dollars d'après le Conseil coton-anacarde.


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