Côte d’Ivoire : La filière café veut retrouver des couleurs
Cote d'Ivoire
AA/Abidjan/Henri de Marie
L’Afrique et le café, c’est une longue histoire de goût et de culture à tel point que l’organisation interafricaine (OIAC) du café a prévu de mettre bientôt sur pied un fonds spécial dédié à la relance de la production caféière sur le Continent.
Appelé «Facilité du café africain» et doté d'une enveloppe de 150 millions de dollars (environ 75 milliards de Fcfa), le fonds sera appuyé par la Banque africaine de développement, avait annoncé l’instance en février dernier, lors de la 57e Assemblée annuelle du café africain, tenue les 5 et 6 février à Grand-Bassam en Côte d'Ivoire.
Si quelque 25 pays africains produisent actuellement du café, (à hauteur de 12% de la production mondiale, estimée à 9.1 millions de tonnes), en Côte d’Ivoire, 3e producteur africain de café derrière l’Ethiopie et l’Ouganda- la filière souffre.
Selon les dernières statistiques, sa production a en effet considérablement chuté passant de 380 mille tonnes en 2000 à environ 100 mille tonnes en 2017. Une chute qui inquiète d’ailleurs les Ivoiriens.
« Le café est un héritage colonial en Côte d'Ivoire comme dans plusieurs pays africains mais il connaît des difficultés dues aux mauvaises conditions climatiques, la baisse des cours mondiaux et une faible industrialisation locale de la filière », a confié à Anadolu Yves Brahima Koné, président du conseil café-cacao.
La campagne caféière 2017-2018 débutée en décembre 2017 en Côte d'Ivoire avec un prix bord champ du café fixé à 750 FCFA soit 1,40 dollars, connait déjà un blocage dans la commercialisation un trimestre plus tard. 400 véhicules seraient en effet bloqués au port depuis deux mois faute de destination d'exportation, confirme le président.
Une situation qui a poussé le Syndicat national agricole pour le progrès de la Côte d'Ivoire a rentré en grève depuis le lundi 12 mars.
Une centaine de producteurs se réclamant dudit syndicat ont également manifesté dans l'ouest du pays surtout à Duékoué. En effet, 17 mille tonnes de café seraient stockées dans les magasins de cette région caféière du pays selon les producteurs.
« Nous attirons l'attention des pouvoirs publics sur les conséquences néfastes de la non commercialisation du café dans notre zone. C'est pourquoi nous appelons le président de la République à faire quelque chose car les producteurs mourront à cette allure sans bénéficier des fruits de leurs travaux agricoles », a déclaré à Anadolu Youssouf Traoré, coordonnateur régional du Synap-Ci ( Syndicat national agricole pour le progrès de la Côte d'Ivoire).
Les responsables de la filière sont montés au créneau pour clarifier la situation. Selon le conseil café-cacao, la Côte d'Ivoire dispose chaque mois de 3 bateaux pour acheminer sa production caféière vers les pays d'exportation. L'Algérie reste la première destination car elle apprécie la tonicité du café ivoirien.
« On a toujours écoulé la production caféière de notre pays et je vous garantis que pour cette campagne l'objectif sera encore atteint. Des dispositions sont en train d'être prises pour acheminer toute la production vers nos partenaires d'exportations », a affirmé à Anadolu Yves Brahima Koné, président du conseil café-cacao.
Malgré toutes ces difficultés, les autorités ivoiriennes restent optimistes sur l'avenir de la filière café. En 2014, elles se sont fixées pour objectif de produire 400 mille tonnes à l'horizon 2020.
Autre ambition : celle de transformer davantage le café sur le sol ivoirien. En effet, 20 à 25% de la production ivoirienne est actuellement transformée localement et réexportée en poudre de café. Et certains spécialistes préconisent aussi des campagnes de promotion pour attirer plus de consommateurs locaux et mieux tirer profit du café dans l'économie.
« Il faut une vaste campagne du consommons local car il ne suffit pas seulement de transformer nos produits. S'approprier la consommation permet d’avoir des débouchés pour nos produits locaux peu importe les imprévus du marché mondial : c'est l'une des meilleures stratégies de relance de la filière », souligne Moussa Diomandé, économiste ivoirien.
