Lassaad Ben Ahmed
27 Novembre 2017•Mise à jour: 28 Novembre 2017
AA/Bujumbura/Jean Bosco
La quatrième session du dialogue inter-burundais a repris, lundi, à Arusha dans le Nord de la Tanzanie, a appris Anadolu du bureau de la Facilitation dirigée par l’ancien président tanzanien Benjamin Mkapa.
Selon un participant contacté par Anadolu, la journée du lundi est consacrée à «l’accueil et l’enregistrement des participants ainsi que la distribution de documents de travail», a-t-il déclaré.
L’ouverture officielle est prévue mardi. Le gouvernement de Bujumbura y a dépêché une délégation conduite par Thérence Ntahiraja, assistant du ministre de l’Intérieur et de la Formation patriotique.
Cette session connaît aussi la participation d’une trentaine de leaders de partis politiques, dont celui au pouvoir, représenté par son président Evariste Ndayishimiye.
Les autres participants sont issus de quelques organisations de la société civile jugées plutôt «pro-régime», ainsi que des leaders religieux. Trois anciens présidents du Burundi, à savoir Sylvestre Ntibantunganya, Pierre Buyoya et Domitien Ndayizeye prendront part aussi à ces discussions.
L’opposition radicale coalisée au sein du Conseil national pour le respect de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi et de l’Etat de droit (Cnared), principale plateforme de l’opposition en exil, a déjà boycotté ce rendez-vous.
Dans un communiqué de presse publié le 15 novembre, Charles Nditije, président du Cnared, a fustigé cette session qui va «consacrer la mort définitive de l’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi, socle de la cohabitation pacifique et de la réconciliation».
Mais elle n’a pas été invitée en tant que telle. Seuls quelques-uns de ses membres ont reçu l’invitation an tant qu'«acteurs politiques».
Certains leaders des organisations de la société civile, ainsi que d’autres responsables des médias indépendants, dont une bonne frange vit en exil, ont aussi boudé la session, évoquant notamment le manque de transparence et d’inclusivité.
«La société civile indépendante, les médias indépendants, les organisations de la diaspora burundaise, ont pris la décision de ne pas participer à cette session d’Arusha pour des raisons comme le manque d'inclusivité, d’impartialité et de transparence», a déclaré sur son compte twitter maître Armel Niyongere, une des figures de la société civile burundaise en exil.
A la veille de cette réunion, une mise en garde a été émise par le mouvement rebelle dénommé «Les Forces populaires du Burundi, (FPB), à l’intention de la Tanzanie après la disparition «forcée» de ses quatre leaders sur son sol en octobre dernier.
«La disparition de ces leaders rebelles sur le sol tanzanien risque de disqualifier votre pays dans son rôle de pays hôte du dialogue inter-burundais en cours à Arusha», a déclaré le colonel Adolphe Manirakiza, porte-parole du mouvement dans une correspondance rendue publique, dimanche soir.
Ce quatrième round du dialogue inter-burundais s’étendra jusqu’au 8 décembre prochain.
Depuis plusieurs mois, le dialogue inter-burundais était au point mort face au refus de Bujumbura de se mettre à la même table que l'opposition radicale qu'elle accuse d'être derrière la tentative du coup d'Etat de mai 2015 contre le régime en place.
Nommé en mars 2016 par les chefs d’état membres de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), le Facilitateur dans la crise burundaise, Benjamin Mkapa n’a jamais pu rassembler autour d’une même table les représentants du gouvernement burundais et ceux de l’opposition radicale.
La dernière session avait été organisée du 16 au 18 février à Arusha. Lors de sa dernière visite à Bujumbura en décembre dernier, Benjamin Mkapa avait promis de conclure ces pourparlers à la fin du mois de juin 2017, ce qui n'a pas été possible.
Depuis fin avril 2015, le Burundi est secoué par une grave crise politique et sécuritaire née de la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un 3ème mandat présidentiel jugé illégal par l’opposition et la société civile.
Les violences consécutives à cette crise ont déjà fait plus d'un millier de morts et poussé plus de 400.000 personnes à fuir le pays, selon un rapport de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR) publié le 16 novembre 2017.