Lassaad Ben Ahmed
04 Décembre 2017•Mise à jour: 04 Décembre 2017
AA/Bujumbura/Yvan Rukundo
Les opposants présents à Arusha, dans le cadre du 4ème round du dialogue inter-Burundais ont révélé qu’ils ne soutiennent pas la révision de la constitution de la République, tant voulue par Bujumbura et ses acolytes, lit-on dans une proposition de sortie de crise fuitée, lundi, et dont Anadolu a pu consulter.
«La constitution traduit la lettre et l’esprit de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi. Elle ne peut donc être révisée sans altérer cet esprit», ont-ils indiqué via ce document de 20 pages, signés par 17 partis politiques.
Il est "illogique", ajoute la même source, de réviser cette Constitution sans d’abord évaluer l’accord dont elle est issue.
Signé en 2000, l'Accord d'Arusha a mis fin à environ une dizaine d’années de guerre civile, qui avait éclaté après l’assassinat du président Melchior Ndadaye dans le coup d’Etat du 20-21 octobre 1993, trois mois après son accès au pouvoir.
Cet Accord a abouti, entre autres, au partage de postes entre les deux ethnies : 60% pour les Hutu (majoritaires) et 40% pour la minorité Tutsi et à l’intégration des anciens rebelles dans l’armée.
Ces opposants notent, en outre, que le Burundi traverse une crise et une tension politique non-maîtrisées qui ne permettent en aucun cas la révision de la Loi fondamentale.
«Des centaines de réfugiés concernés par cette opération sont encore en exil», ont-ils rappelé notant, d’ailleurs, que l’article 299 de l’actuelle constitution est clair.
Cet article dispose qu’’’aucune procédure de révision ne peut être retenue si elle porte atteinte à l’unité nationale, à la cohésion du peuple burundais, à la laïcité de l’Etat, à la réconciliation, à la démocratie, à l’intégrité du territoire de la République, précisent ces opposants.
Tous présents à Arusha, dans le 4ème round de dialogue inter-burundais, qui a débuté le 27 novembre jusqu’au 8 décembre, les partis signataires de ce document sont, entre autres, les Forces Nationales de libérations (FNL), aile non reconnue par Bujumbura et dirigée par Agathon Rwasa, l'Union pour le progrès national (Uprona aile non officielle), le Front pour la démocratie au Burundi (Frodebu), le Conseil national pour la défense de la démocratie (Cndd) de l’opposant Léonard Nyangoma en exil, le Parti pour la réhabilitation nationale (PARENA) de feu ancien président Jean-Baptiste Bagaza, etc.
A Arusha, après le report, vendredi, des sources sur place disent que la plénière est prévue, lundi, pour échanger sur les résultats du travail en groupes.
La délégation gouvernementale à ces assises est dirigée par Térence Ntahiraja, secrétaire permanente au ministère de l’Intérieur et de la formation patriotique.
La plateforme de l’opposition radicale regroupant 14 partis, Cnared, a décidé de boycotter ce round, tant qu’elle n’est pas invitée comme une entité.
Un Accord est attendu le 8 décembre, en présence des chefs d’Etat de la communauté est-africaine, selon la Facilitation de ce dialogue.
Il est à rappeler que la Facilitation est une équipe dirigée par l'ancien président tanzanien Benjamin William Mkapa et le médiateur principal est Yoweri Kaguta Museveni, le président ougandais.
Depuis plus de deux ans, le Burundi est en situation de grave crise politique et sécuritaire née de la décision du Président Pierre Nkurunziza de briguer un 3ème mandat présidentiel jugé illégal par l’opposition et la société civile.
Les violences ayant suivi cette crise ont déjà fait plus d'un millier de morts et poussé plus de 432.000 personnes à fuir le pays, selon un nouveau rapport du HCR présenté le 31 juillet 2017.