Lassaad Ben Ahmed
15 Octobre 2018•Mise à jour: 15 Octobre 2018
AA / Ouagadougou / Wendyam Valentin Compaoré
Le Burkina Faso commémore, le lundi 15 octobre, le 31e anniversaire de l’assassinat de son ancien président Thomas Sankara et attend toujours que justice soit faite suite au massacre qui a également coûté la vie, le même jour, à 12 personnes de ses compagnons.
A cette occasion, sa veuve, Mariam Sankara a émis un communiqué dans lequel elle appelle les Burkinabè à l’unité et à ne pas s’entretuer.
Un appel qui coïncide avec un contexte tendu, marqué par des attaques terroristes de plus en plus fréquentes, visant aussi bien les civils que les militaires et une volonté ferme de l’exécutif d’anéantir les terroristes qui sévissent dans le nord et l’est du pays.
Mariam Sankara rappelle, par ailleurs, qu’il est nécessaire « la manifestation de la vérité » sur le dossier Thomas Sankara assassiné le 15 octobre 1987.
Sankara, ce jeune officier qui allait devenir plus tard président du Burkina Faso, naquit dans le septentrion d’un pays d’Afrique de l’ouest, autrefois connu sous le nom de la Haute Volta. Ce fut un 21 décembre 1949.
Né d’un père ancien combattant qui a servi sous les couleurs de la France sur trois continents, il s'abreuve les discours communistes dès son jeune âge.
Après avoir obtenu son baccalauréat au Lycée Ouezzin Coulibaly à Bobo Dioulasso, il intègre le Prytanée militaire du Kadiogo.
Il rencontre dans cette école, Adama Touré, un militant communiste. De cette rencontre, commença son penchant pour la politique.
Avec Blaise Compaoré, il suit une formation d'officier à l'École militaire inter-armes (Emia) de Yaoundé au Cameroun puis à l'Académie militaire d'Antsirabe à Madagascar.
A son retour au pays, il devient en 1976 commandant du le Centre national d'entraînement commando de Pô (Cnec), puis secrétaire d’Etat en 1981 à la faveur d’un coup d’Etat qui porte au pouvoir le colonel Saye Zerbo.
Il démissionnera en réaction à la suppression du droit de grève, déclarant le 21 avril 1982, en direct à la télévision : « Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ». Il est alors dégradé et chassé de la capitale.
Saye Zerbo sera, à son tour, renversé par Jean Baptiste Ouedraogo, le 7 novembre 1982. Le 4 août 1983 un groupe d’officiers de l’armée voltaïque prend le pouvoir.
A leur tête, un jeune officier sulfureux qui vient de sortir de prison. Thomas Sankara, jusqu’ici premier ministre de Jean Baptiste Ouédraogo depuis Janvier 1983 devient le chef de l’Etat.
Ces officiers accusent le pouvoir de gabegie et de trahison.
C’est du moins ce qui ressort de la première déclaration de ces révolutionnaires :
« Aujourd’hui, 4 août 1983, les soldats, sous-officiers et officiers de toutes les armées et de toutes les unités, dans un élan patriotique, ont décidé de balayer le régime impopulaire, le régime de soumission et d’aplatissement, mis en place depuis le 17 mai 1983 par le médecin commandant Jean-Baptiste Ouédraogo sous la houlette du colonel Gabriel Somé Yoryan et de ses hommes de main ».
Dès le premier anniversaire de son arrivée au pouvoir, soit le 4 août 1984, la Haute Volta change de nom pour devenir le Burkina faso, qui signifie « pays des hommes intègres ».
Il travaillera à « rendre dignité, autonomie et indépendance économique à son pays », en supprimant, par exemple, l’impôt par tête pour les paysans.
Il impose également le lotissement des parcelles en ville avec pour directives, la gratuité des logements pour l’année 1985.
Des politique d’assainissement des finances publiques, de l'amélioration de la situation sanitaire, de l’accès à l'éducation ou encore le développement de l’agriculture sont mises en œuvre.
Sous la révolution, les comités de défense de la révolution CDR ainsi que des tribunaux populaires de la révolution sont instaurés.
Il n'hésite pas à donner l'exemple en abandonnant les véhicules de luxe au profit des voitures moins coûteuses. Il promeut également le port du « Faso Dan Fani », un tissu en coton burkinabè.
De toute l’Afrique, sa gouvernance est bien appréciée. Il conseille par exemple le non-paiement de la dette qui pèse sur les pays en voie de développement.
Lors d’un discours prononcé le 29 juillet 1987 à Addis-Abeba à l’occasion d'un sommet de l'OUA, il y déclare que son pays ne remboursera pas ses créanciers, et argumente notamment ainsi :
«La dette ne peut pas être remboursée parce que si nous ne payons pas, nos bailleurs de fond ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c'est nous qui allons mourir. Soyons en sûrs également. ».
Mais à l'intérieur, des dissensions se font de plus en plus entendre. Le 4 Août 1987 lors de l’anniversaire de la révolution, Thomas Sankara déclarait que ‘’La révolution est une réussite entachée d’erreurs et de tâtonnements. Le peuple l’a suivie, mais il sent bien qu’il faut faire une pause. Il vaut mieux faire un pas avec le peuple que cent pas sans le peuple’’
Le jeudi 15 octobre 1987 dans l’après-midi, au Conseil de l’entente, il est tué avec douze de ses compagnons par un commando. Son fidèle ami Blaise Compaoré, prend alors le pouvoir.
Depuis 31 ans, la famille burkinabè attend toujours que justice soit faite.