Esma Ben Said
03 Mai 2018•Mise à jour: 03 Mai 2018
AA/Bujumbura/Jean Bosco
Le gouvernement burundais a dénoncé jeudi, l’ingérence des Etats-Unis qui, mardi, ont fustigé la révision de la Constitution en vue au Burundi, estimant le processus «non transparent».
«Le Burundi ou le peuple burundais ne se sont jamais prononcés sur la révision de la Constitution aux Etats-Unis, cela devrait être pareil pour eux», a déclaré, jeudi, Térence Ntahiraja Assistant du Ministre burundais de l’Intérieur sur la radio indépendante Isanganiro.
Le Burundi chemine vers un référendum constitutionnel fixé au 17 mai courant. Le président Pierre Nkurunziza a officiellement lancé la campagne relative à ce référendum. Elle devra s'étaler sur deux semaines (du 1er au 14 mai courant).
Washington s’est dit particulièrement préoccupé par le fait que «les amendements de la constitution seront interprétés comme une révision des limites du mandat présidentiel et iront à l'encontre de l'Accord d'Arusha». Mais Bujumbura dément, arguant que les mandats passeront de 5 à 7 ans. «La nouvelle constitution prévoit seulement deux mandats consécutifs de 7 ans chacun » a encore ajouté Térence Ntahiraja.
«Comme vous le voyez sur terrain, la campagne se déroule normalement, y compris pour les opposants qui appellent à voter non», a ajouté l’Assistant du Ministre burundais de l’Intérieur et de la formation patriotique.
Pour rappelle, la nouvelle Constitution à soumettre au vote référendaire le 17 mai apporte, notamment, deux changements majeurs : le mandat présidentiel passe de 5 à 7 ans et il est «renouvelable». Toute référence à l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi est gommée. Signé en août 2000 à Arusha au nord de la Tanzanie, cet Accord avait pourtant mis fin à une décennie de guerre civile au Burundi.
L’actuelle constitution en est l’émanation. Elle limite à deux les mandats présidentiels consécutifs de 5 ans chacun.
Cette réforme constitutionnelle est contestée par l’opposition qui demande la poursuite du dialogue inclusif initié à Arusha (Tanzanie) par la Communauté des Etats d’Afrique de l’est (CAE) pour résoudre la crise burundaise.
Le Burundi a plongé, depuis avril 2015, dans une grave crise, émaillée de violences, suite au dépôt de la candidature du président Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat consécutif, en violation de la Constitution et de l'accord d'Arusha qui a mis fin à la guerre civile de 1993-2006, selon l'opposition, la société civile et une partie de son propre camp.
Ces violences ont fait plus d'un millier de morts et poussé plus 427.500 personnes à fuir le pays, selon le rapport de l’agence de l’ONU pour les réfugiés publié le 31 mars 2018.