Ambassadeur de France à Alger: « Les relations étaient en quasi-rupture depuis 18 mois entre Alger et Paris »
- Selon le diplomate français « le maintien en détention du journaliste Christophe Gleizes et le projet de loi algérien sur la criminalisation de la colonisation, sont des obstacles » au retour à la normale
Ankara
AA/Alger/Aksil Ouali
L'ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, qui n'a toujours pas regagné son poste, s'est exprimé sur l'état des relations entre les deux pays et la crise qui dure depuis 18 mois.
Dans un entretien accordé, ce mardi, à Radio France internationale (RFI), le diplomate français a décrit une « quasi-rupture des relations entre Alger et Paris ».
Selon lui, « des canaux de communication ont été rétablis », ces dernières semaines, mais il a fait savoir que la crise n’est pas encore passée.
« Des contacts ont été initiés depuis maintenant plusieurs semaines, des réunions de travail ont eu lieu entre spécialistes français et algériens », a dit l’ambassadeur, affirmant que la France est dans l’attente que les Algériens « prennent les premières mesures qui permettent de marquer la reprise de cette coopération consulaire ».
L'ambassadeur a affirmé, dans ce sens, que son pays a deux priorités d'une «nécessité absolue et impérative ». Il s'agit, selon lui, de la reprise de la coopération sécuritaire et de la coopération migratoire avec la réadmission des personnes sous OQTF.
« Nous avons des exigences, la reprise de la coopération sécuritaire, la reprise de la coopération migratoire. Elle est essentielle. Il faut absolument que nous dépassions ce qui s’est passé depuis maintenant 18 mois, c’est-à-dire la quasi-rupture des relations entre la France et l’Algérie », a-t-il indiqué.
Évoquant la visite de la secrétaire générale du Quai d’Orsay Anne-Marie Descôtes en novembre dernier à Alger, il a soutenu qu'elle a marqué « le rétablissement pour la première fois depuis juillet 2024 d’un canal diplomatique, notamment pour traiter le sujet de la crise au Sahel.
«On aurait pu aussi évoquer la question du Sahara occidental après le vote de la résolution 2797 du conseil de sécurité de l’ONU », a rappelé l’ambassadeur.
Concernant la visite annoncée du ministre de l’Intérieur Laurent Nunez en Algérie, Stéphane Romatet, il a confirmé qu'il a été invité et que « ça fait partie effectivement des gestes que nous avons constatés de la part des autorités algériennes ».
Selon Romatet, cette visite doit être préparée et « c’est ce qui se passe en ce moment » pour faire en sorte « que cette visite puisse avoir lieu, que les conditions de succès de cette visite puissent être réunies, notamment sur les gestes qui sont attendus de la part des autorités algériennes ».
Le ministre français de l’Intérieur doit se rendre à Alger avec la garantie que sur les deux préoccupations, la coopération sécuritaire et migratoire, « il puisse y avoir des résultats à la hauteur de nos attentes».
S’agissant de son retour à son poste à Alger après son rappel en avril 2025, Romatet a expliqué que cela relève d’une décision du Président de la République français Emmanuel Macron «dès qu’il jugera que les conditions politiques » pour ce retour sont réunies.
Mais, a-t-il noté, il y a, en ce moment, un «double obstacle » : «le maintien en détention du journaliste Christophe Gleizes et le projet de loi algérien sur la criminalisation de la colonisation ». « Ces deux événements rendent aujourd’hui plus compliquée cette voie de volonté de retrouver un chemin d’apaisement avec l’Algérie », estime-t-il.
L'ambassadeur a affirmé également que l'Algérie a utilisé dans cette crise « l’arme économique », faisant état de « témoignages concordants de mesures de quasi-boycott économique prises à l’égard des entreprises françaises».
« Il est évident qu’on ne peut pas aujourd’hui renégocier cet accord d’association (avec l’Union européenne) tant que ces mesures de discrimination et d’obstacles aux échanges demeurent en vigueur en Algérie », a-t-il fait savoir.
En novembre dernier, le ministre algérien des affaires, Ahmed Attaf, avait évoqué aussi l'existence de contacts entre Alger et Paris. Les autorités algériennes ont accusé «des acteurs de la droite et de l'extrême droite en France d'être à l'origine de l'exacerbation de la crise diplomatique entre les deux pays ».
Elles ont également qualifié « d'illégales l'expulsion vers l’Algérie de certaines personnes concernées par les OQTF ».
Les relations entre l’Algérie et la France sont également minées par le contentieux historique. Alger réclame toujours «la reconnaissance des crimes coloniaux et l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français dans le sud algérien ».
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