Mounir Bennour
07 Février 2021•Mise à jour: 08 Février 2021
AA / Algérie / Hossam El-Din Islam
Les parlementaires algériens ont lancé une campagne populaire pour recueillir un million de signatures, afin de faire pression pour la promulgation d'une loi nationale criminalisant la colonisation française.
Dans un entretien accordé à l'Agence Anadolu, Belarbi Kamal, membre de l'Assemblée populaire nationale (la première chambre du parlement), a déclaré qu'il avait lancé l'initiative en coordination avec un certain nombre de députés.
La campagne a été lancée après quelques jours de la parution d'un rapport sur la colonisation française de l'Algérie (1830-1962), qui a suscité de nombreuses critiques de la part des Algériens, pour avoir ignoré les « crimes coloniaux ».
Le rapport en question est paru le 20 janvier suite aux recherches de l'historien français Benjamin Stora, qui l'a remis au président Emmanuel Macron.
Parallèlement, à la réception du rapport, les médias français ont rapporté les déclarations de l’Élysée faisant savoir que ce rapport ne signifie pas, pour autant, qu'il s'agissait d'un pas vers « des excuses à l'Algérie ».
Le député Belarbi Kamal a déclaré que lui-même, ainsi qu'un groupe de députés avaient présenté un projet de loi visant à criminaliser la colonisation française depuis le 28 janvier 2020, à l'Assemblée populaire nationale algérienne.
Et d'ajouter : « Le projet est resté dans les tiroirs durant une année entière, et il n'a pas été examiné pour des raisons qui demeurent inconnues ».
Il a poursuivi en disant : « Au bout d'un an, à la date du 28 janvier 2021, nous avons lancé une campagne populaire pour recueillir des signatures afin d'exiger que les deux chambres du parlement, promulguent une loi criminalisant les actes coloniaux de la France ».
Selon Belarbi, « l'initiative a été envisagée en raison du retard qui a plombé le projet et pénalisé les droits des martyrs et des moudjahidines (vétérans de la guerre) ».
Il a souligné que « l'initiative s'est également basée sur les déclarations du conseiller présidentiel, Abdelmajid Chikhi, en charge du dossier de la mémoire (le dossier de la colonisation) », qui avait déclaré, il y a quelques semaines, que les Algériens avaient criminalisé la colonisation il y a des décennies en leurs cœurs et que cela ne nécessitait pas de texte légal.
Le parlementaire a aussi précisé que « la question de la reconnaissance par la France de ses crimes, demeure son affaire nationale, mais ce qui nous préoccupe, c'est de récupérer les droits perdus des Algériens, tels que les archives et les compensations financières ».
« La campagne a été lancée dans les différentes wilayas du pays, et elle prendra le temps qu'il faudra pour collecter les signatures, via un formulaire papier et non pas électronique », a affirmé le député.
Selon Belarbi, « il suffirait de recueillir un million de signatures pour transmettre le message du peuple au gouvernement et à l'autorité législative ».
Il n'y a pas eu de commentaire officiel en Algérie concernant le rapport français. La question s'est limitée aux commentaires sur les plateformes médias et ceux de certaines personnalités non-officielles.
Les présidents français Emmanuel Macron et l'Algérien Abdelmadjid Tebboune avaient précédemment convenu de nommer deux historiens, représentant chacun des deux pays, pour faire des recherches sur le dossier de la mémoire. L'historien Benjamin Stora a été nommé, côté français, l'historien Abdelmajid Chikhi représente, pour sa part, l'Algérie.
La colonisation française de l'Algérie a duré entre 1830 et 1962, les autorités et les historiens algériens affirment que cette période a été marquée par des meurtres de près de cinq millions de personnes, ainsi que des campagnes de déplacement et de pillage des richesses, et du vol de milliers de documents et de pièces archéologiques, dont certaines dateraient de l'époque ottomane (1515-1830).
Les responsables français ont répété à plusieurs reprises la nécessité pour l'Algérie de tourner la page de son passé colonial, mais l'Algérie n'a cessé de réclamer à plusieurs occasions la reconnaissance officielle de Paris de ses crimes coloniaux.
*Traduit de l'arabe par Mounir Bennour.