Analyse, Afrique

Algérie/Elections : La « majorité silencieuse » de nouveau en tête (Analyse)

- Le corps électoral algérien est composé de 24 millions 425 mille et 174 votants, dont 902 mille et 865 établis à l’étranger

1 23   | 17.06.2021
Algérie/Elections : La « majorité silencieuse » de nouveau en tête (Analyse)

Algeria

AA / Alger / Abbas Mimouni

Il se dégage des chiffres officiels rendus publics au terme du vote aux élections législatives anticipées en Algérie une baisse notoire du taux de participation, ce qui a soulevé une série d’interrogations quant à l’échec des nombreux candidats en lice pour ce scrutin à faire changer la position de ce qui est communément appelé « la majorité silencieuse » et au rôle des appels au boycott lancés par les opposants et les activistes du Hirak populaire.
Quelque 24 millions 425 mille et 174 votants sont en mesure de voter aux élections législatives, dont 902 mille et 865 votants établis à l’étranger.
Selon les chiffres annoncés par l’Autorité électorale indépendante, la majorité écrasante parmi les électeurs ont opté pour l'astention.
Mohamed Chorfi, président de l’Autorité indépendante pour les élections en Algérie, a déclaré que le taux de participation au vote a atteint les 23,03%. Selon les chiffres officiels, 5 millions 525 mille et 234 votants ont versé leurs bulletins dans les urnes sur un total de 24 millions 424 mille et 171 électeurs.


Le taux importerait peu?
Il se dégage des chiffres officiels rendus publics, qu’encore une fois, la majorité des électeurs algériens ont préféré boycotter les urnes.
Le taux définitif de participation aux élections parlementaires de l’année 2017 n’a pas dépassé les 37%, ce qui a incité les observateurs à qualifier ceux qui ont boudé les urnes de « majorité silencieuse », les considérant comme étant la première force politique du pays.
En dépit du grand nombre (23 mille) des candidats issus des partis politiques et des listes indépendantes, il n’en demeure pas moins qu’ils ont tous échoué à élever le taux de participation.
De son côté, le Président algérien, Abdelmajid Tebboune, a déclaré, après avoir versé son bulletin dans l’urne, que « le taux de participation ne l’intéresse pas autant que ne l’intéresse la légitimité des personnes qui seront issus des urnes et qui disposeront du pouvoir législatif ».
Ce n’est pas la première fois que le Chef de l’Etat algérien fait part de ne pas se soucier du taux de participation. Il avait déjà déclaré aux médias locaux : « Celui qui veut voter, bien à lui et celui qui veut boycotter, il est libre à condition de ne pas contraindre les autres au boycott ».
Selon les observateurs, l’approche du Président Tebboune diffère des anciens responsables à l’époque de Bouteflika, qui considéraient un taux de participation élevé comme étant un « critère de réussite des élections ».
Tebboune estime que le critère de succès est lié à la réussite du processus électoral d’un point de vue organisationnel et juridique. Il avait affirmé, la veille du scrutin, à l’Autorité électorale que « chaque votre a sa valeur et que l’époque des quotas aux élections est révolue ».
Au moment où certaines lectures vont dans le sens de considérer le taux de participation comme étant un critère de l'adhésion de la Rue au processus électoral tracé par le pouvoir pour la récupération de la confiance entre les deux parties, le Président algérien estime, pour sa part, que la récupération de la confiance est tributaire de la garantie de la transparence des élections, en affirmant que la pratique d'instrumentalisation des voix est révolue à jamais.


Les significations de la désaffection
Le militant politique Hassan Néjib établit des liens entre la désaffection électorale et la confiance ainsi que le rendement politique de certains candidats et chefs de partis.
Dans une déclaration faite à AA, il a relevé qu'il est désormais clair que la confiance était inexistante entre les citoyens d’une part, et les candidats, qu'ils soient indépendants ou dans le cadre de partis, d’autre part.
Il a poursuivi : « Les déclarations faites par certains candidats considérés comme proches de l'ancien régime ont impacté négativement sur les électeurs et donné l'impression que le changement est encore loin ».
Sans pour autant mettre en doute l'intention du Président Tebboune à réaliser le « véritable changement institutionnel », Hassan a indiqué « qu'attirer les électeurs aux urnes est lié à l'éradication d'anciennes pratiques, d'anciens partis, et d'anciennes personnalités considérées comme faisant partie du régime déchu ».
Il a, aussi, souligné que la mise en place d'une nouvelle carte politique, qui sera adaptée au programme du Président Tebboune, est intimement liée à la disparition du paysage politique des personnalités considérées comme proches de l'Ancien régime, et ce de manière définitive ».


Autres significations
L'activiste politique Chekib Kouidri présente d'autres raisons pour expliquer la baisse du taux de participation aux élections.
Il a indiqué, à ce propos, que la désaffection « relève de la nonchalance et du désespoir mais le boycott représente une position ».
Il a relevé que la désaffection est « un état psychologique est un phénomène social qui s'ancre dans notre pays depuis trois décennies, renforcé par la perte d'espoir quant au changement ».
Il a ajouté « qu'il s'agit d'un phénomène mondial qui s'étend également dans les démocraties occidentales en tant que résultat d'accumulations et de déceptions générées par l'illusion démocratique ».
Kouidri a relevé que la « désaffection enregistrée, au cours des dernières élections, n'est pas là résultante de la situation actuelle mais est plutôt le produit d'un comportement qui n'a cessé de caractériser l'ensemble des scrutins législatifs qui ont eu lieu dans le pays depuis l'instauration du multipartisme politique en 1989 ».
Il a tenu à rappeler que « même lors des élections de décembre 1991, on a vu le taux de désaffection dépasser les 40%, de même que ceux qui ont boycotté d'une autre façon en versant un bulletin blanc dans les urnes ont représenté 8% des suffrages exprimés ».
L'impact et l'influence du Hirak populaire sur le taux définitif de participation aux élections demeure inconnu, dans la mesure où ce mouvement populaire est composé de courants et de tendances divers. Il y a les extrémistes rejetant tout ce qui vient de la part du pouvoir de même qu'il existe ceux qui ont adhéré au processus électoral en se portant candidats, en tant qu'indépendants ou sur des listes partisanes.
Le Président Tebboune avait déclaré au cours d'un entretien accordé au magazine français « Le Point » que « ce qui reste du Hirak n'est pas cohérent et le nombre des activités de ce Mouvement est évalué à quelques centaines, dont certains appellent à l'instauration d'un Etat islamique, tandis que d'autres disent non à l'islam ».
Certains parmi les activistes du Hirak, qui sont toujours attachés aux marches pacifiques, estiment que la tenue de toute élection en Algérie n'est que la continuité du même régime politique en place.
Il convient de noter que le taux de participation aux élections parlementaires en Algérie de 2017 s’était élevé à 37,7%, tandis que celui de 2012 a été arrêté à 44,38% et le taux du scrutin de 2007 s'élevait à 36,95%.
L'opposition a, longtemps, mis en doute les chiffres relatifs aux taux de participation à ces élections, qui étaient organisés par le ministère de l'Intérieur, les considérant comme étant exagérés.
L’Autorité électorale pour les élections a supervisé, pour la première fois, des élections législatives dans l'histoire du pays, estimant que la falsification et la fraude, qu'il s'agisse du vote des électeurs ou du taux de participation, sont désormais impossibles.

*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou

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