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Afrique du Sud : le trafic maritime explose, mais des ports fragiles menacent l’opportunité stratégique

Les autorités lancent des réformes pour moderniser les ports et renforcer leur compétitivité

Murat Özgür Güvendik  | 25.03.2026 - Mıse À Jour : 26.03.2026
Afrique du Sud : le trafic maritime explose, mais des ports fragiles menacent l’opportunité stratégique

Cape Town

AA/Le Cap/ Murat Ozgur Guvendik

L’augmentation du trafic maritime autour du cap de Bonne-Espérance offre à l’Afrique du Sud une opportunité stratégique rare pour reprendre son rôle dans le commerce maritime mondial, mais des analystes préviennent que les faiblesses structurelles de ses ports risquent de limiter sa capacité à tirer parti de cette hausse.

Le détournement des navires, après la fermeture effective du détroit d’Hormuz suite aux attaques conjointes des États-Unis et d’Israël contre l’Iran le 28 février et à la riposte de Téhéran, a forcé le trafic maritime à s’éloigner des routes traditionnelles pour se diriger vers l’Afrique australe.

Certaines des plus grandes compagnies maritimes mondiales, dont Maersk, Hapag-Lloyd et CMA CGM, ont choisi de contourner le cap plutôt que de passer par le canal de Suez pour des raisons de sécurité, transformant cette route en un axe vital du commerce international.

Selon la Chambre de commerce et d’industrie de Cape Town, le cap de Bonne-Espérance a enregistré une augmentation de 112 % des détournements de navires au cours de la première semaine de mars.

Si cette hausse offre la possibilité de remodeler les routes maritimes mondiales au-delà du conflit actuel, la performance des ports sud-africains s’est détériorée ces dernières années, compliquant les efforts visant à positionner le pays comme un hub maritime fiable.

Une opportunité confrontée à la réalité

Francois Vrey, professeur émérite à l’université de Stellenbosch, explique qu’environ 70 à 80 navires transitent quotidiennement par le cap, en plus du trafic détourné, mais avertit que le pays peine à tirer pleinement parti de cette augmentation.

De nombreux navires contournent actuellement les ports sud-africains en raison de la perception d’un service de qualité médiocre, mais Vrey souligne que le pays peut se repositionner comme escale sûre et efficace pour le commerce maritime mondial.

Les ports sud-africains de Cape Town, Durban et Ngqura figurent parmi les moins performants au monde, se classant 391e, 398e et 404e sur 405 dans l’Indice de performance des ports à conteneurs de la Banque mondiale.

Historiquement principal hub africain pour l’approvisionnement en carburant, l’Afrique du Sud a vu son volume mensuel moyen chuter de 130 000 tonnes en 2023 à environ 80 000 tonnes en 2024, selon le cabinet PwC.

Les temps d’attente prolongés dans les ports et des conditions météorologiques difficiles ont également poussé certains navires à privilégier des hubs alternatifs comme Walvis Bay en Namibie ou Port Louis à l’Île Maurice ces dernières années.

Vrey note que certains ports sud-africains ne peuvent pas fonctionner à pleine capacité en raison d’une mauvaise gestion et d’infrastructures obsolètes. Les conditions climatiques, telles que vents forts et mers agitées, rendent également la route du cap particulièrement vulnérable.

Pourtant, il estime que la crise actuelle au Moyen-Orient, perturbant le commerce maritime, devrait être transformée en opportunité pour que les ports sud-africains et africains deviennent des hubs fiables en périodes de stabilité comme de crise.

L’action gouvernementale

L’Afrique du Sud travaille sur des plans d’urgence pour inverser cette tendance, tandis que le parlement avance sur une législation visant à réformer les infrastructures portuaires et à accorder plus d’autonomie à Transnet National Ports Authority.

Ces réformes devraient ouvrir la voie à des partenariats avec le secteur privé dans les terminaux portuaires.

Transnet National Ports Authority a déclaré à Anadolu que six navires détournés depuis le 28 février ont été ravitaillés et réapprovisionnés dans trois ports.

L’autorité ajoute que les navires détournés sont étroitement surveillés et que des efforts sont déployés pour utiliser efficacement la capacité portuaire existante afin de répondre à la demande.

Elle précise également qu’elle exploite un système portuaire complémentaire permettant de redéployer les ressources maritimes et la capacité de la flotte selon les besoins lors de périodes de forte demande.

*Traduit de l'anglais par Sanaa Amir

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