Afrique

Philomène Tia Glao, celle qui visait la lune s'est faite une place au soleil (Success Story)

Commerçante, transporteur, éleveur de bovins, hôtelière, planteur de café-cacao et d’hévéa, de vivriers et présidente d’une coopérative de plus de 1000 femmes,... Philomène veut décrocher les étoiles.

Esma Ben Said  | 24.02.2016 - Mıse À Jour : 26.02.2016
 Philomène Tia Glao, celle qui visait la lune s'est faite une place au soleil (Success Story)

Man

AA/Man (Côte d’Ivoire) / Issiaka N’guessan

Philomène (en grec, "qui aime la lune"), a toute l'ambition et la volonté de ceux qui veulent toucher les astres.

Aujourd’hui femme d’affaires de renommée en Côte d’Ivoire, Philomène Tia Glao intègre le podium de ceux qui, partie de rien, sont parvenus à se tailler une place de choix au soleil.

Commerçante, transporteur, éleveur de bovins, hôtelière, planteur de café-cacao et d’hévéa, de vivriers et présidente d’une coopérative de plus de 1000 femmes, Philomène aide aussi les communautés musulmanes et chrétiennes dont elle est très proche.

« Mon histoire, comme pour beaucoup d’africains, commence dans une famille très nombreuse, 42 enfants, et très pauvre », raconte-t-elle à Anadolu.

Âgée de 47 ans, mère de 6 enfants, elle relate que très jeune, son père l'a forcée à épouser un octogénaire. Mais loin de se morfondre, elle a su "tirer profit de la situation". Envoyée pour les activités champêtres, elle se mit, rapidement à faire des économies, qu'elle cachait sous son lit (30 USD au total).

«J’ai ensuite acheté un petit champ d’arachide qui m’a donné à la récolte 75 sacs que j’ai vendu à 10 dollars le sac (soit 750 usd au total) et, j’ai continué à cacher l’argent sous mon lit… », se remémore-t-elle, le sourire aux lèvres.

« Puis au fil du temps, chaque somme gagné que je réinvestissais me rapportait bien plus. J’ai construit un petit commerce où je vendais du poisson près de la frontière avec la Guinée. J’étais rapidement devenue le point de ravitaillement des ivoiriens et des guinéens dans la région… Puis j’ai initié un nouveau projet d’élevage bovin, en dépit du refus de mon mari, et j’ai démarré avec 26 têtes de bœuf grâce à un prêt de la BAD (banque africaine de développement), à hauteur de 700 dollars, remboursable sur 10 ans… », rapporte-t-elle encore.

Ensuite, tout est allé très vite pour Philomène. Le 19 septembre 2002, survint la rébellion du Nord durant laquelle on lui vole 300 têtes de bœufs. La jeune femme est alors contrainte à l’exil en Guinée où elle va se refaire une santé financière.

Après la distribution de poisson durant quelques années, elle met le pied en 2007, dans l’hôtellerie et crée une compagnie de transport « Maindeba transport » (« c’est à moi », Yacouba, langue locale ivoirienne Ndlr). « J’ai aujourd’hui 47 autocars ! » dit-elle, non sans fierté.

Elle a aussi repris l’élevage de bœuf, et compte 3170 têtes.

Selon son « inventaire », Philomène possède aujourd’hui 12 ha d’hévéa, 7 ha de cacao, 40 ha de riz et est promotrice immobilière à Man où elle possède de nombreuses maisons en location.

Si la jeune femme est de nature ambitieuse, elle est aussi particulièrement altruiste et généreuse, et fait l’admiration de ses pairs.

Glao, a ainsi affiché, à de multiples reprises, son soutien à la communauté aussi bien musulmane que chrétienne du Man.

Elle avoue, avec modestie, avoir apporté « son petit soutien» à la construction de sept mosquées, de même qu’elle apporte sa contribution à la réalisation d’églises à travers l’achat de ciment par exemple. Des actes qui lui semblent « naturels », à celle dont le grand cœur est apprécié par tous.

Présidente de la société coopérative simplifiée des productrices agricoles et vivrières du Tonpki (Scoop-pavit), c’est avec des chants qu’elle est accueillie au grand marché de Man, et « elle le mérite », lancent les femmes présentent.

Au millier de femmes de la coopérative, Philomène a offert deux camions remorques d’une valeur de 120 mille dollars.

Diomandé Mabanti, Potey Sory Jeanne Chantal, Sadia Henriette ou encore Gba Viviane, toutes commerçantes et membres de la coopérative disent « leur admiration sans limite » pour cette femme aimée de tous.

« Elle nous offre des financements, elle nous soutient, c’est une battante, elle connaît la pauvreté de ces camarades mais distribue aussi de l’espoir. Elle est pour nous une référence à tous les niveaux, y compris dans l’éducation de nos filles » soutient pour sa part Madeleine Douan, vendeuse de banane.

Aujourd’hui, celle que ses amies surnomment « Dieudonné », n’a pas fini de surprendre, car, loin de s’arrêter, elle ambitionne de construire un plus grand hôtel et rien, ne semble l’arrêter.

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