Berlin
AA / Berlin / Bahattin Gonultas
La forte hausse des prix de l’énergie, sur fond de tensions militaires persistantes au Moyen-Orient, aggravées par les attaques conjointes des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, les représailles de Téhéran et la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, a plongé l’Europe dans une grave crise économique.
Alors que les expéditions sont à l’arrêt et que les flux énergétiques mondiaux sont perturbés, les pays européens s’efforcent de mettre en place des mesures globales pour subventionner les coûts de l’énergie et préserver la stabilité économique.
La contraction de l’approvisionnement énergétique a poussé les prix des carburants au-delà de 2 euros (2,32 dollars) dans certains pays européens, accentuant les pressions sur les coûts dans tous les secteurs.
Depuis le début des frappes aériennes américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février, le baril de Brent est monté jusqu’à 119 dollars, faisant de l’énergie la priorité absolue de l’Europe.
Les représailles de Téhéran contre des installations au Qatar, l’un des plus grands exportateurs mondiaux de gaz naturel liquéfié, ont accentué les inquiétudes sur l’approvisionnement.
Le resserrement de l’offre énergétique a affecté les prix des carburants à la pompe, alors que le coût économique de la guerre contre l’Iran pèse sur les consommateurs européens.
En particulier en Allemagne et dans certains autres pays européens, des prix des carburants dépassant 2,32 dollars par litre ont alimenté des tensions sociales, tandis que les secteurs à forte intensité énergétique peinent à fonctionner sous cette pression.
La Commission européenne travaille sur de nouvelles incitations et sur des mécanismes de surveillance des prix dans le cadre du paquet énergétique pour les citoyens.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré lors du sommet des dirigeants de l’UE du 19 mars à Bruxelles que le secteur énergétique européen subissait de plein fouet les effets directs de la guerre, appelant les États membres à agir.
Elle a affirmé que les mesures prises dans l’UE concernant les prix de l’énergie devaient être temporaires, ciblées et adaptées à la situation.
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a indiqué que la hausse des prix du carburant devait être atténuée par des mesures urgentes, ajoutant que la Commission européenne était prête à préparer des dispositifs ciblés et temporaires spécialement adaptés aux besoins différents de chaque État membre.
De son côté, l’Agence internationale de l’énergie a estimé que le monde faisait face à l’une des crises énergétiques les plus profondes jamais connues, appelant le grand public à adopter des mesures radicales d’économie d’énergie, comme le télétravail ou une conduite plus lente pour réduire la consommation de pétrole.
Partout en Europe, les gouvernements prennent des décisions cruciales les unes après les autres pour garantir la sécurité de l’approvisionnement énergétique, l’Allemagne gérant ce processus par la surveillance du marché et la transparence.
Berlin a décidé d’autoriser les stations-service à modifier leurs prix une seule fois par jour, à minuit heure locale, afin de permettre aux automobilistes de mieux suivre l’évolution des tarifs, tandis que les inspections contre les cartels ont été renforcées et que les autorités de la concurrence se sont vu attribuer de larges pouvoirs pour garantir la compétition sur le marché.
L’Italie a décidé d’accorder une réduction fiscale de 0,25 euro (0,29 dollar) par litre de carburant. La Première ministre Giorgia Meloni a, par ailleurs, mis en place un mécanisme reliant les prix à la pompe au prix du baril de pétrole brut, tandis que le médiateur financier italien, surnommé « M. Prezzi » (« M. Prix »), a lancé des inspections pour lutter contre la spéculation sur les prix.
La France a, quant à elle, choisi de privilégier des aides directes au cas par cas pour des secteurs critiques comme les transports et la pêche, plutôt qu’une baisse générale, le pays disposant de marges de manœuvre limitées avec une dette publique atteignant 117 % de son économie.
Au Royaume-Uni, le régulateur de l’énergie Ofgem devrait relever en juillet le plafond annuel des prix de 2 200 à 2 882 dollars, tandis que la ministre britannique des Finances, Rachel Reeves, travaille sur des modèles d’aides ciblées visant à réduire la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et les taxes environnementales pour les ménages les plus vulnérables.
L’une des initiatives les plus complètes est venue d’Espagne, où le gouvernement de coalition de gauche à Madrid est parvenu à un accord sur un plan de soutien de 5,8 milliards de dollars pour atténuer l’impact économique de la guerre, réduisant la TVA sur l’essence, le diesel, le gaz naturel et l’électricité de 21 % à 10 %.
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a annoncé une subvention directe de 0,23 dollar par litre de carburant pour les entreprises de transport, les agriculteurs et les pêcheurs.
Le plan espagnol comprend un total de 80 mesures distinctes couvrant également l’encadrement des loyers parallèlement à l’énergie.
Ces mesures comprennent notamment la prolongation des baux expirés pour les familles à faible revenu et des dispositifs de protection pour les ménages incapables de régler leurs factures d’énergie, afin de garantir que leurs services d’électricité et de gaz ne soient pas interrompus.
En Espagne, les prix des carburants, avec l’essence à 1,98 dollar le litre et le diesel à 2,13 dollars, restent inférieurs à ceux de pays comme l’Allemagne, et malgré ces niveaux plus bas, Madrid attend encore la mise en œuvre de la réduction fiscale.
Parallèlement, les pays d’Europe orientale et du sud-est cherchent eux aussi à mettre en place des mesures directes pour freiner la flambée des prix.
Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a indiqué que son pays avait plafonné le prix de l’essence à 1,77 dollar par litre et celui du diesel à 1,83 dollar.
En Croatie, en Albanie et au Kosovo, les prix de détail ont été plafonnés et les marges bénéficiaires des compagnies pétrolières placées sous contrôle, tandis que la Grèce a décidé de plafonner pendant trois mois les marges bénéficiaires sur les carburants et les produits alimentaires de base.
*Traduit de l'anglais par Wafae El Baghouani
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