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Energie : Ruée vers l’or noir brésilien

- Maintenant que le pays s’ouvre sans restriction, les multinationales se précipitent pour acquérir des concessions dans le solaire, l’éolien, les transmissions, l’exploitation de mines, l’exploration de pétrole, du gaz.

Esma Ben Said   | 25.12.2017
Energie : Ruée vers l’or noir brésilien

Afghanistan

AA/Rio de Janeiro/Kakie Roubaud

Les gisements du pétrole brésilien sont désormais ouverts aux sociétés étrangères. Pendant 50 ans, la société nationale Petrobras en a eu la propriété exclusive. Mais la compagnie brésilienne est au centre d’un énorme scandale...

Les Brésiliens pensaient récolter 2,3 milliards de dollars. Ils s’en sont contentés de 1,9. Fin 2017, d’importants gisements de pétrole «en eaux profondes» appelés «pré-sel» ont été cédés à l’exploration et à l’exploitation, à l’issue d’un appel d’offres international.

Seize compagnies parmi lesquelles BP, Exxon Mobil, Total, Shell, Repsol, Cnodc se sont portées acquéreuses, dont deux nationales. Le volume de l’appel d’offre divisé en 8 blocs a été estimé par le gouvernement brésilien à 4,4 milliards de barils.

Le jour de l'ouverture des plis, la justice de l’État d’Amazonas a suspendu deux de ces ventes au motif que ces gisements avaient été bradés à moitié-prix, ce qui porte préjudice au patrimoine de la nation. C’est la première fois que le pétrole national est cédé sans que le Brésil n’ait la garantie d’en avoir le contrôle.

Les premières découvertes de pétrole au Brésil datent de 1938, à Bahia. Mais la saga du pétrole brésilien commence vraiment dix ans plus tard, suite au déclenchement d’une polémique dans le pays.

D’un côté les libéraux, dits «les vendus», de l’autre les nationalistes qui refusent que le Brésil confie son sous-sol aux puissances étrangères.

A partir de l’Automobile Club de Rio, un écrivain célèbre, des généraux et l’Union nationale des Etudiants organisent des campagnes de mobilisation en faveur du pétrole, avec le jour national du pétrole, l’élection de miss Pétrole et des manifestations dans toutes les villes.

En 2 ans, la production passe de 33 000 barils à 100 000. Le pays se développe. Il a besoin de son pétrole. Aux cris de : «Le Pétrole est à nous», avec 1 million de Brésiliens dans les rues, les nationalistes ont eu gain de cause. Et en 1953, le Brésil crée la compagnie nationale Petrobras.

Mais 60 ans plus tard, l’entreprise modèle, Petrobras, est au centre d’un scandale majeur. La première compagnie nationale où toute mère de classe moyenne souhaite voir son fils travailler, a été sous Lula (2002-2010), le bras financier du «Programme faim zéro».

Elle est aussi devenue une multinationale convoitée, cotée à la bourse de New York et Sao Paulo, mais dont l’État brésilien reste le principal actionnaire. Pourtant, elle ne résiste pas à la corruption qui mine le pays. Pire, elle en a été la cheville ouvrière.

En mars 2014, la 7ème phase de l’Opération Karsher lancée par la police fédérale, révèle que tous les investissements lancés depuis 15 ans par Petrobras en direction d’un cartel de 4 entreprises majeures du bâtiment, étaient surfacturés.

Les faits sont antérieurs à la gestion des présidents Lula et Dilma. Mais ils ont arrosé les 3 partis de la coalition, dont le Parti des Travailleurs et le parti PMDB, principal organisateur et bénéficiaire.

En mai 2017, nouveau coup de tonnerre. Le conservateur et actuel président Michel Temer, membre du PMDB qui, lui-même a évincé Dilma, est accusé d’avoir versé des pots de vins pour acheter le silence d’un délateur dans le scandale de Petrobras.

La justice tient compte de l’immunité du Président et le nouvel Impeachment tourne court. Mais l’image de Petrobras est souillée. Sa cotation à la Bourse s’effondre. L’entreprise et ses filiales licencient 170 000 salariés. Les opérateurs étrangers accourent en masse.

Où les Américains, les Norvégiens, les Britanniques, les Français, les Espagnols et les Chinois trouveront-ils du pétrole à explorer? D’abord sur terre, indique la nouvelle carte on-line du site Brasil-Rounds qui a été mise en place par l’ANP (Agence Nationale du Pétrole). Ensuite dans les eaux rases. Enfin et surtout, à 6000 mètres sous les mers.

En 2007, la découverte du polygone du «pré-sel» a fait passer le Brésil dans la catégorie des gros «players» du pétrole mondial. Au total 287 blocs dans huit bassins sédimentaires font partie du Polygone du Pré-Sel sur les 8000 Km de côtes brésiliennes, de la ville de Santos, au delta du Parnaïba, en passant par le Sergipe et l’Alagoas.

Tout le littoral atlantique du Brésil est concerné. «Le pré-sel brésilien, déclare le patron de Shell au quotidien brésilien Estadao, c’est là où tout le monde veut être».

Géologiquement parlant, le «pré-sel» est une séquence de roches sédimentaires créées au moment de la séparation de l’ancien continent Gondwana. De grandes dépressions se sont formées entre les continents créant d’immenses lacs où d’épaisses couches de sel se sont accumulées.

La caractéristique du pré-sel brésilien, c’est la très grosse épaisseur de ces couches de sel, en particulier dans la baie de Santos où on peut parler de véritables murailles qui offrent d’excellentes conditions thermiques à la préservation des hydro -carbures liquides.

Ces dernières ont un tel degré de pureté qu’il est à peine nécessaire de les raffiner. Les concessionnaires ont une chance sur deux de trouver du pétrole pré-sel lors d’un forage.
Actuellement, le pré-sel correspond à 47% de la production brésilienne et le volume exploité dépasse les 110 milliards de barils.

C’est «un pays tropical béni par les Dieux» chante le compositeur de samba Martinho da Vila. Les opérateurs internationaux l’ont compris. Maintenant que le pays s’ouvre sans restriction, ils se précipitent pour acquérir des concessions dans le solaire, l’éolien, les transmissions, l’exploitation de mines, l’exploration de pétrole, du gaz.

Jusqu’à présent, les multinationales agissaient comme prestataires de services pour Petrobras. Il a fallu que Petrobras s’écroule – certains disent même «qu’on démonte» Petrobras – pour que les «gringos» s’emparent des gisements.

De nouveaux appels d'offres concernant l’exploitation d'autres champs de pétrole sont prévues en 2018 et 2019.

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