Mariem Njeh
12 Août 2026•Mise à jour: 12 Août 2026
Le président de l'Eurogroupe, Kyriakos Pierrakakis, a plaidé pour un marché bancaire davantage intégré en Europe, dans un entretien accordé à la lettre d'information sur la supervision de la Banque centrale européenne (BCE).
Dans cet entretien, il a exposé sa vision de la manière dont le système financier peut devenir un moteur de la compétitivité et de la croissance européennes.
"Notre compétitivité dépend de notre capacité à investir. Nous avons besoin de banques capables d'opérer à une véritable échelle européenne, de soutenir les entreprises où qu'elles se trouvent dans le marché unique, et d'allouer le capital de manière efficace vers les priorités stratégiques de l'Europe", a-t-il déclaré.
Selon le président de l'Eurogroupe, cela suppose que les banques puissent opérer plus facilement au-delà des frontières, afin de permettre aux capitaux et à la liquidité de se diriger vers les opportunités d'investissement les plus productives à travers l'Europe. Cela suppose également un cadre réglementaire qui reste robuste tout en devenant plus simple, plus cohérent et plus prévisible.
Pierrakakis décrit l'Union bancaire comme étant complémentaire à l'Union de l'épargne et des investissements (UEI). Selon lui, l'UEI joue un rôle essentiel dans la mobilisation de l'épargne abondante de l'Europe et dans son orientation vers l'investissement productif. Mais les banques assurent environ 70% du financement de l'économie européenne et resteront, selon lui, la principale source de financement des entreprises, en particulier des PME, dans un avenir prévisible.
Tout en soulignant l'importance de l'Union bancaire pour la stabilité financière, le président de l'Eurogroupe propose de développer un marché bancaire européen plus intégré en tant que projet de compétitivité. "L'objectif global est de construire un secteur bancaire résilient, compétitif et véritablement européen, qui complète l'Union de l'épargne et des investissements et contribue à financer la croissance et la compétitivité à long terme de l'Europe", a-t-il affirmé.
Le président de l'Eurogroupe défend par ailleurs un cadre réglementaire plus simple, plus cohérent et plus prévisible. Selon lui, la réduction de la complexité inutile peut rendre le système bancaire plus transparent, renforcer la supervision et rendre son fonctionnement moins coûteux.
Sur la question des risques opérationnels et cyber liés aux outils d'intelligence artificielle puissants, Pierrakakis souligne que la consolidation transfrontalière dans le secteur bancaire peut donner aux banques l'échelle et une plus grande capacité à investir dans l'innovation et à renforcer leur résilience opérationnelle, deux éléments jugés essentiels face aux défis et opportunités posés par les développements de l'IA.
Contexte
L'Union bancaire constitue une étape essentielle vers la réalisation de l'union économique et monétaire de l'UE. Elle repose sur un ensemble de règles, de procédures et d'outils visant à renforcer la résilience et la supervision des banques de la zone euro et leur capacité à résister aux crises financières.
Ses principaux objectifs sont de renforcer la sécurité et la solidité des banques, de permettre la résolution des établissements non viables sans recourir à l'argent des contribuables et avec un impact minimal sur l'économie réelle, et de réduire la fragmentation du marché en harmonisant les règles et la supervision bancaires.
L'Union bancaire regroupe automatiquement les États membres de la zone euro ; avec l'adhésion de la Bulgarie et de la Croatie le 1er octobre 2020, elle compte actuellement 21 États membres.
Les États membres n'appartenant pas à la zone euro peuvent également la rejoindre en instaurant une coopération rapprochée avec la Banque centrale européenne (BCE), ce qui leur permet de participer aux mécanismes de supervision et de résolution sans adopter l'euro.