AA - Istanbul - Bilal Muftuoglu
La police a mis en garde dimanche le rédacteur en chef du quotidien Zaman Ekrem Dumanli avec 26 autres personnes détenues dans l'ensemble de la Turquie dans le cadre d'une opération contre ''l'organisation parallèle''.
Toutes les personnes détenues seraient affiliées au mouvement Gülen mené par la personnalité religieuse turque Fethullah Gülen, en exil volontaire aux Etats-Unis.
Dumanli a rejeté toutes les allégations retenues contre lui affirmant avant son arrestation dans le siège du quotidien: ''Nous n'avons aucune crainte car nous n'avons commis aucune faute''.
Le procureur de la République accuse Dumanli et 30 autres personnes, entre autres, de falsification des documents officiels, fabrication de preuves, formation d'une présumée organisation criminelle par la force et d'atteinte à la souveraineté de l'Etat.
Hidayet Karaca, président-directeur général du groupe Samanyolu Media, Salih Aslan et Engin Koc, le producteur et réalisateur de la série télévisée Sungurlar pour la chaîne Samanyolu TV et Makbule Cam Alemdag, la scénariste pour une autre série sur Samanyolu figurent parmi les personnes mises en garde à vue dimanche par la police.
Les créateurs de Sungurlar sont accusés d'avoir manipulé l'audience par leur série dans le cadre d'une présumée opération du mouvement Gulen en 2010 contre un groupe religieux ''les annotateurs'' (Tahsiyeciler en turc). Le groupe dérivant de la même idéologie religieuse que le mouvement Gulen s'opposait à ce dernier et son dirigeant, Mehmet Dogan, avait purgé 17 mois en prison, accusé de terrorisme.
Selon le procureur d'Istanbul, les journalistes de Zaman et de Samanyolu ainsi que les créateurs des séries télévisées sur Samanyolu auraient contribué à l'arrestation de Dogan par fabrication de preuves et manipulation des téléspectateurs et des lecteurs.
L'ancien chef de la section anti-terroriste de la police d'Istanbul, Tufan Erduger, l'ancien chef de police adjoint d'Istanbul, Mutlu Ekizoglu et Erhan Ercikti, ancien chef de son département de sécurité publique d'Istanbul sont aussi parmi les détenus dans le cadre de la même opération contre les ''annotateurs''.
L'organisation parallèle, selon le gouvernement turc, est un réseau de bureaucrates et de hauts responsables étatiques turcs proches de la personnalité religieuse Fethullah Gülen, ''ancré'' de manière méthodique dans les arcanes de l’Etat, tout particulièrement, au sein des institutions de la justice et de la sécurité, qui œuvrerait à saper le gouvernement.
Le ministre de l'Economie, Zafer Caglayan, le ministre de l'Intérieur Muammer Guler et le ministre de l'Environnement et du Développement urbain, Erdogan Bayraktar, avaient démissionné de leurs postes après une affaire de corruption révélée le 17 décembre 2013. Le ministre des Affaires de l'Union Européenne Egemen Bagis a, lui, perdu son poste lors du remaniement ministériel du 25 décembre 2013.
Des représentants du gouvernement turc accusent certains procureurs et employés de la police qui avaient mené l'enquête dans l'affaire de corruption du 17 et du 25 décembre, d'être en relation avec l'organisation parallèle pour des buts d'espionnage. Quatre ministres avaient alors été accusés de corruption et contraints de démissionner.