AA - Ankara - Nur Gülsoy
L'Islam et l'Afrique ne sont pas représentés au Conseil de sécurité des Nations Unies (ONU), a rappelé le président turc Recep Tayyip Erdogan.
Le chef d'Etat turc a visité, lundi, l'Académie de justice de Turquie créée pour former les procureurs et juges judiciaires et administratifs du pays.
"Le monde est plus grand que cinq Etats, a-t-il déclaré. Nous parlons des injustices et des inégalités qu'engendrent les cinq pays disposant du droit de veto au sein du Conseil de sécurité. On ne peut pas soumettre 196 pays à cinq autres. Et même pas cinq. On ne peut pas soumettre le monde entier à l'un d'eux seulment. Mais malheureusement, c'est le cas. Personne n'a ce droit. Alors on ne peut pas parler de justice dans ce monde. De plus, seuls trois continents y sont représentés. En terme de religion, toutes sont représentées à part l'Islam. Il y a l'Europe, l'Asie, l'Amérique. Et pourquoi pas l'Afrique?"
Rappelant que le Conseil de sécurité des Nations Unies compte cinq membres permanents et dix non-permanents dans son système actuel, Erdogan a critiqué: "ces dix derniers sont élus [au Conseil] pour rien. Ont-ils une compétence? Non. Il faut changer cette situation. Mais il y a un pays qui ne le permettra pas. Pourquoi? Car il ne veut pas perdre son règne. En Syrie, 350 000 personnes ont été tuées, outre 7 millions qui ont été déplacées. Mais deux pays bloquent la solution. La Chine et la Russie. La question n'a pas été résolue malgré maintes discussions. Où est-elle la justice? 350 000 personnes sont mortes, et vous n'intervenez toujours pas."
Estimant que le texte de la Déclaration universelle des droits de l'Homme n'est pas non plus appliqué, Erdogan a aussi insisté sur les réfugiés accueillis par la Turquie et le Liban, soit 1 700 000 dans chacun des deux pays, et un million d'autres en Jordanie.
Le président turc a par la suite abordé l'actualité dans son pays, notamment la question de l'organisation parallèle et son infiltration dans le système judiciaire.
"Le paysage auquel nous assistons lorsque des personnes censées garantir la justice se soumettent à certains centres de pouvoir, devient inquiétant, a-t-il dit. Comme vous le savez, notre pays a vu une telle catastrophe les 17 et 25 décembre 2013. Un 'gang' qui s'est niché dans la police et l'organe judiciaire a tenté un coup d'Etat en usant des moyens qui leur avaient été pourtant confiés pour la sécurité et la justice dans le pays. (...) Nous avons alors compris qu'il est impossible que des procureurs et des juges sous le contrôle d'autres puissances que de leur consicence, assurent la justice dans le pays."
Des représentants du gouvernement turc accusent certains procureurs, employés de la police et bureaucrates d'être en relation avec l'organisation parallèle, soit le "gang" cité, pour des buts d'espionnage. Cette organisation dirigée par le mouvement de Fethullah Gülen - personnalité religieuse en exil volontaire aux Etats-Unis - aurait infiltré l'Etat turc afin de renverser le gouvernement. Elle aurait aussi pris pour cible le gouvernement avec l'affaire de corruption du 17 décembre, dont quatre anciens ministres font l'objet.
En conclusion, Erdogan a estimé que les candidats formés dans l'Académie de justice de Turquie assumeront leur fonction avec cet esprit, adéquatement à la Constitution et aux lois.
"L'homme politique doit faire sa politique, et le procureur et le juge doit faire son propre travail, a-t-il insisté. Comme chaque institution qui gagne un caractère politique, notre système judiciaire perdra de son prestige, dans ce cas-là, aux yeux de notre peuple."