AA - Ankara - Tuncay Çakmak
Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a déclaré, lundi, que l’attentat d’Ankara ne ferait pas de la Turquie une nouvelle Syrie.
Le chef du gouvernement a répondu aux questions des journalistes lors d’une interview en direct sur la chaîne privée turque NTV.
«L’attaque terroriste perpétrée à Ankara ne fera pas de la Turquie une Syrie, a-t-il affirmé. Comme les attentats du 11 septembre, de Londres, de Paris ou de Madrid, il s’agit d’une attaque faite contre un pays démocratique. La menace terroriste existe dans toutes les sociétés développées. Notre lutte contre le terrorisme n’est pas nouvelle. Notre politique étrangère ne peut pas être montrée du doigt comme si elle était responsable de ces attentats. Le PKK avait déjà réalisé de tels attentats bien avant le printemps arabe et les conflits au Moyen-Orient.»
Ahmet Davutoglu a une nouvelle fois tenu à présenter toutes ses condoléances aux familles et aux proches des victimes des explosions.
«Nous vivons une douleur très profonde, a-t-il dit. Ce que nous vivons depuis deux jours nous a montré une nouvelle fois combien la menace pèse sur notre pays, combien la région dans laquelle nous vivons est dangereuse. Je le répète, cette attaque est faite contre l’ensemble de la Turquie. Pas à une partie de notre population. C’est une attaque contre notre démocratie. Je me suis entretenu avec toutes les organisations qui avaient planifiées cette manifestation pour la paix. J’ai exprimé ma compassion et affirmé que l’ensemble des 78 millions de citoyens de notre pays partage les mêmes sentiments.»
Davutoglu a affirmé que le fait que l’attentat ait eu lieu en plein centre de la capitale Ankara démontre l’objectif des auteurs qui cherchent à déstabiliser le pays et à saboter la démocratie turque à moins de 20 jours des élections.
D’autre part, le Premier ministre a voulu répondre aux polémiques autour des mesures de sécurité.
«Tout de suite après l’attentat, le processus d’urgence a été activé, a-t-il affirmé. Les ambulances sont très vite arrivées sur place. Je tiens à rassurer notre population, nous mettons tout en œuvre pour élucider cette affaire et étudier les éventuels manquements au niveau de la sécurité. Les enquêteurs travaillent et cherchent à définir les moindres détails. Selon les rapports qui vont nous être fournis, nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour que ce genre de drames n'arrivent plus.»
Ahmet Davutoglu a indiqué que des pistes sérieuses sont étudiées au sujet des auteurs des explosions kamikazes, refusant de donner plus de détails pour le moment.
«La place désignée par les organisateurs [de la manifestation] est celle de Sihhiye, a-t-il expliqué. Mais en même temps ils se sont regroupés devant la gare à quelques km de là. Les services de sécurité n’en ont pas été informés. Si ça avait été le cas, des mesures supplémentaires auraient été prises. La place de Sihhiye avait été totalement encadrée et sécurisée. Il n’y a pas eu de manquements dans la sécurité.»
Le chef du gouvernement a indiqué que les services de renseignement et de police suivent à chaque instant les différentes organisations terroristes actives en Turquie, comme si une attaque pouvait être menée à tout moment.
«Il y a 3 ou 4 jours de cela, nous avons interpellé un candidat à la bombe humaine à Istanbul, a-t-il dévoilé. Personne ne le savait. De même, quelques jours auparavant nous avons intercepté un terroriste qui faisait des préparatifs à Ankara. Nous n’avons pas voulu semer la panique dans la population. Ce genre d’opérations est sans cesse réalisé par nos forces de sécurité. Daesh semble être le suspect principal, mais n’oublions pas que dans le passé, le PKK a mené ce genre d’attentats. Nous avons quasiment identifié l’un des kamikazes. Nous nous rapprochons des auteurs. Nous avons identifié de quelle manière ils ont pu arriver jusque là avec leurs bombes. Je ne peux pas en dire plus pour le moment.»
Davutoglu a mis l’accent sur les obligations d’un pays démocratique lors de ses opérations contre les terroristes.
«Nous ne pouvons pas mettre en prison toutes les personnes que nous suspectons, a-t-il dit. Nous devons avoir des preuves concrètes pour cela. Malgré cela, nous menons une lutte efficace contre le PKK dans l’Est et le Sud-est. De la même manière, nous luttons contre Daesh et nous avons neutralisé nombreuses de leurs équipes. Il n’y a pas de pays qui lutte aussi efficacement contre Daesh que la Turquie.»
Le Premier ministre a estimé que cet attentat vise à perturber les élections législatives du 1er novembre.
«Il est évident qu’un attentat qui arrive 21 jours avant le scrutin cherche à le viser, a-t-il expliqué. Cette attaque cherche à toucher la psychologie des citoyens avant les élections. Nous prendrons toutes les décisions nécessaires pour que le scrutin se réalise dans les meilleures conditions de sécurité. Nous allons au plus vite déterminer qui sont les auteurs de cet attentat, comme nous l’avons fait pour Suruc et Diyarbakir, et les remettre à la justice.»
Ahmet Davutoglu a également tenu à répondre aux accusations et aux polémiques qui ont suivi l’attentat.
«Alors que nous vivons tous une profonde tristesse, certains nous accusent, le Président de la République, le gouvernement ou moi même d’être les auteurs de cette attaque, a-t-il dit. Comment je peux vouloir rencontrer ces personnes. Monsieur Devlet Bahceli l’a repoussé. Monsieur Kilicdaroglu a accepté mon invitation et je l’en remercie. Cependant, certaines informations que je lui ai données ne devaient pas être partagées avec le public, pas maintenant, comme celle affirmant que deux hommes étaient suspectés. Je lui ai également proposé de faire une déclaration conjointe entre les différents partis, il a refusé. Je regrette surtout qu’après notre rencontre, il ait fait des déclarations politiciennes, qui ne sont pas à la hauteur de la douleur que nous vivons.»
Davutoglu a rappelé que ni le Parti Républicain du Peuple (CHP), ni le Parti d’Action Nationaliste (MHP) n’ont accepté de prendre part au gouvernement provisoire électoral, rappelant que le seul devoir de ce gouvernement est d’assurer la continuité de l’Etat jusqu’aux élections du 1er novembre.
Selon le Premier ministre, ces partis ne sont pas en droit d’accuser ceux qui ont pris la responsabilité de servir ce pays.
«Ils ne sont pas venus, ils n’ont pas pris cette responsabilité, a-t-il poursuivi. S'ils avaient pris part à ce gouvernement, ils n’auraient pas fait ces critiques. Le ministre de l’Intérieur est un de nos hauts fonctionnaires les plus expérimentés dans la lutte contre le terrorisme.»
D’autre part, Ahmet Davutoglu est revenu sur le scandale survenu après que des policiers aient trainé le corps d’un terroriste mort attaché à un véhicule.
«Nous avons lancé une enquête, a-t-il rappelé. Selon les premières conclusions, nous avons décidé de démettre de leur fonction deux policiers. L’enquête se poursuit. Nous avons des informations qui montreraient que c’est un acte organisé. Que ce soit pour l'attentat d'Ankara, ou pour n’importe quelle autre enquête, nous ferons ce qu’il se doit sur la base des conclusions.»