AA - Ankara - Bilal Muftuoglu
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a dirigé pour la première fois, en sa qualité de chef d'Etat, une réunion du Conseil des ministres, tenue lundi au palais présidentiel à Ankara.
Le vice-Premier ministre et porte-parole du gouvernement turc, Bulent Arinc s'est exprimé lors d'un point de presse à l'issue de la réunion. ''La sécurité et l'ordre public figuraient comme premier point à l'ordre du jour'', a-t-il fait savoir.
Le Conseil des ministres a notamment mis l'accent sur l'affaire des camions du service de renseignement turc (MIT) et son lien avec le réseau de ''l'organisation parallèle''.
En janvier 2014, sept camions du MIT avaient été arrêtés par les gendarmes à deux reprises dans les villes d'Adana et de Hatay (sud), alors que la loi turque sur la sécurité nationale interdit un tel acte. Dans l’un des cas, les véhicules avaient été arrêtés par une dénonciation selon laquelle ils transportaient du matériel suspect en Syrie, une allégation que le gouvernement turc rejette catégoriquement.
Au total, cinq procureurs de la République, impliqués dans l'arrestation et la fouille des camions du service de renseignement turc (MIT), ont été suspendus la semaine dernière de leurs fonctions par le Haut conseil de la magistrature (HSYK) jusqu'à l'achèvement de l'enquête judicaire les concernant.
Des représentants du gouvernement turc accusent certains procureurs et employés de la police impliqués dans l'arrêt des camions mais aussi dans l'affaire de corruption du 17 et du 25 décembre, d'être en relation avec ''l'organisation parallèle'' pour des buts d'espionnage.
Le gouvernement actuel qualifie un réseau de bureaucrates et de hauts responsables étatiques turcs, proches de la personnalité religieuse Fethullah Gülen, de ''l'organisation parallèle'', qui œuvrerait à saper le gouvernement en s'ancrant de manière méthodique dans les arcanes de l’Etat.
Interrogé sur la présentation d'un rapport relatif à l'affaire des camions devant le parlement néerlandais par un parti de l'opposition, Arinc a rejeté toute allégation insistant sur le fait que les camions livraient du matériel humanitaire à la communauté turkmène en Syrie.
''Ils ne transportaient pas de munitions et d'armes comme prétendent les allégations et n'avaient aucun lien avec al-Qaïda ou des organisations similaires'', a-t-il insisté.
Selon le vice-Premier ministre turc, l'entraide prétendue entre la Turquie et les organisations terroristes, ''que les médias occidentaux qualifient de 'djihadistes''', a été lancée à plusieurs reprises pour entâcher l'image de la Turquie.
''Ces allégations d'entraide ont été toujours démenties, a-t-il poursuivi. L'organisation parallèle, qui les ranime en présentant des faux documents à l'étranger, ne détient aucune preuve''.
L’Appel démocrate-chrétien (CDA), parti d'opposition néerlandais, avait affirmé la semaine dernière posséder des documents confidentiels démontrant l'acheminement d'armes vers al-Qaïda à travers la Turquie au vu et au su du gouvernement turc.
D'autre part, Arinc a rejeté les affirmations dans les médias selon lesquelles la Turquie basculerait vers un régime présidentiel en raison de la réunion du Conseil des ministres présidée par Erdogan.
''Le système parlementaire est toujours en fonction en Turquie. Nous avons un président et un Premier ministre qui travaillent tous les deux conformément à leurs compétences prévues par la loi'', a noté Arinc.
Le vice-Premier ministre a ajouté qu'en président la réunion, Erdogan a exercé une prérogative qui est accordée par la constitution turque aux présidents de la République depuis 40 ans.
Arinc a fait savoir que la prochaine réunion du Conseil des ministres lundi sera présidée par le Premier ministre Ahmet Davutoglu comme toujours, poursuivant qu'aucune réunion ''périodique'' du Conseil n'est prévue sous la direction d'Erdogan.
La réunion de lundi a marqué le 18e Conseil des ministres dirigé par un président de la République en Turquie. Les anciens présidents Cemal Gursel, Fahri Koruturk, Kenan Evren, Turgut Ozal et Suleyman Demirel avaient réuni les conseils de ministres sous leur présidence. Erdogan est ainsi le sixième président à diriger une réunion du Conseil des ministres.
Le Conseil des ministres s'est réuni sept fois sous la présidence d'Ozal, quatre fois sous la présidence d'Evren et deux fois sous les présidences de Gursel, Koruturk et Demirel.
La dernière réunion interministérielle sous la direction du président de la République avait eu lieu le 12 mai 2000, à l'époque de Demirel, quatre jours avant la fin du mandat du Premier ministre Bulent Ecevit.